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Les fragrances les plus douces se révèlent
parfois aussi nocives que la fumée de cigarett es
ou les composés chimiques d'un détergent. Sacrilège
au pays des parfums, cette vérité doit pourtant
être dite. Se croyant parfois - à tort - " allergiques
aux odeurs ", de plus en plus d'Occidentaux sont victimes
du syndrome " d'hypersensibilité chimique multiple
" (MCS : dénomination anglaise), phénomène
identifié dès les années cinquante mais qui
semble avoir pris de l'ampleur au cours de la dernière
décennie.
Pour ces malades, la vie de tous les jours se
transforme en un cauchemar. Tout contact avec des particules chimiques,
notamment celles qui composent les odeurs (encre de journal ou
parfum d'ambiance, par exemple), engendre des symptômes
de gravité variable, aussi incongrus qu'inexpliqués
: affections de la sphère ORL (rhinites, maux de gorge
),
troubles digestifs, respiratoires, cutanés, ophtalmologiques,
mais également neurologiques (céphalées,
fatigue chronique, irritabilité
).
Ni allergie, ni intoxication
En 1999, une conférence internationale de consensus a arrêté
un certain nombre de critères permettant d'identifier le
MCS. Celui-ci se déclare après un premier contact
(la plupart du temps nasal, mais également cutané
ou alimentaire) avec l'élément qui provoque une
sensibilisation de l'organisme, souvent une substance chimique
non naturelle contenue dans certains matériaux de construction
ou dans des détergents puissants. Le MCS devient ensuite
chronique. Il apparaît et disparaît en fonction des
expositions à la substance
Et à bien d'autres
! Au fil du temps, l'organisme réagit à un nombre
croissant de composés, dont certains n'ont plus rien à
voir avec celui à l'origine des troubles. La maladie peut
commencer par une intolérance aux produits chimiques utilisés
pour traiter les bois, à laquelle viendra s'ajouter, plusieurs
années après, une intolérance aux parfums.
Toujours selon les critères officiels, les symptômes
constatés ne peuvent pas être expliqués par
une intoxication (les niveaux d'exposition aux substances nocives
déclenchant les symptômes sont toujours inférieurs
aux normes de toxicité), ni par une pathologie organique.
L'allergie peut venir s'ajouter à un MCS, mais ne peut
pas en être la cause
D'autant moins que l'implication
du système immunitaire dans ce syndrome n'a, à ce
jour, jamais pu être démontrée.
Les causes physiologiques du MCS restent une
énigme pour les chercheurs. Selon certains, le système
nerveux central jouerait un rôle de premier plan. Ils s'appuient
sur l'existence de connexions étroites entre les zones
du cerveau traitant les informations olfactives et celles dédiées
aux émotions. " Mais ce ne sont que des hypothèses,
précise le Dr Michel Joffres, professeur agrégé
à la faculté de médecine de l'université
de Dalhousie et directeur de recherche au Nova Scotia Health Centre
d'Halifax (NSCH, Canada), spécialisé dans la recherche
et le traitement des sensibilités environnementales, il
n'existe encore aucune certitude concernant le mécanisme
à l'uvre
" Et, par conséquent,
aucune thérapie miracle !
L'écoute, premier
remède
À la clinique d'Halifax, établissement pionnier
imité aujourd'hui en Allemagne et dans les pays du Benelux,
les malades sont accueillis dans une atmosphère purifiée
de toutes les senteurs et autres composés chimiques indésirables.
Cette quarantaine visant à diminuer les " crises "
va de pair avec un travail sur les problèmes émotionnels
associés au MCS. Pour le Dr Joffres, les malades du MCS
sont " sensibles à tous les niveaux " ; certaines
situations, stressantes pour eux, peuvent favoriser l'apparition
des symptômes. Le sauna et diverses méthodes de relaxation
sont utilisés pour les aider à apaiser leurs systèmes
nerveux trop réactifs. Déterminant l'ensemble des
traitements mis en uvre, l'écoute reste toutefois
le socle de la prise en charge. Le Dr Joffres insiste : "
Nous adoptons une approche globale de l'individu. Il faut lui
permettre de se réinsérer dans son milieu, de connaître
ses limites et de régler les autres problèmes de
la vie courante qui freinent le retour à la quasi normalité.
" Comment conserver un emploi de vendeuse quand on ne supporte
plus le parfum d'ambiance du grand magasin où l'on exerçait
? L'équipe pluridisciplinaire d'Halifax est aussi là
pour aider à résoudre ce type de situations. Elle
détermine avec les patients les adaptations nécessaires,
aussi bien sur le plan physique (assainissement de l'environnement
passant par exemple par la suppression des détergents,
une ventilation efficace et l'arrêt du tabac dans l'entourage),
que pratique (reconnaissance d'une incapacité de travail
donnant droit à une aide financière, adaptation
du lieu de travail, etc.).
Vers une médecine
environnementale ?
En France, où la maladie est encore trop souvent ignorée
par le corps médical, les hypersensibles se mobilisent.
Grâce à notre rubrique " En désespoir
de cause ", des malades isolés ont pu se rencontrer.
Ainsi est née, il y a quelques mois, dans le département
du Rhône, l'association SOS-MCS. Elle regroupe, aujourd'hui,
une cinquantaine d'adhérents qui, à défaut
de solutions miracles, échangent adresses de médecins
et " trucs " pour améliorer les conditions de
vie. Catherine Lemasson, Marion Tayol et Bernadette Renaudin,
ses fondatrices, ne veulent pas en rester là. Elles souhaitent
faire pression sur les pouvoirs publics pour obtenir la reconnaissance
du handicap que représente l'hypersensibilité chimique
multiple. Elles espèrent également provoquer une
nécessaire prise de conscience des professionnels de la
santé et de la recherche médicale, afin d'améliorer
les traitements de cette pathologie.
Jusqu'à une période très
récente, la médecine environnementale (c'est ainsi
qu'on la nomme dans les pays où l'influence de l'environnement
sur la santé est prise en compte depuis longtemps, comme
au Canada ou en Allemagne) n'existait pas en France. Mais les
choses évoluent positivement. Le rapport de la commission
d'orientation du Plan national santé-environnement, remis
le 12 février au Premier ministre, plaide en faveur d'un
rattrapage rapide dans ce domaine. Il faudra cependant attendre
l'annonce, prévue en juin prochain, du contenu détaillé
de ce plan, pour connaître le programme, qui doit définir
les priorités de l'Etat pour les cinq années à
venir.
Nathalie Vergeron
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