Alternative Santé, le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce aux ressources des médecines alternatives et naturelles.

Alternative Santé. Etre responsable de sa santé, prévenir la maladie, se soigner par des médecines douces, alternatives et naturelles


Alternative Santé, comprendre pour agir
 
JUIN 2004

 

 

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Sécurité sociale : vos propositions

Le plan Sécu, proposé le 17 mai par le ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy, ressert les mêmes formules que les plans précédents : abaissement des remboursements, augmentation des prélèvements, solutions capables momentanément de colmater les brèches. Il ne s'attaque pas au changement de mentalité et de comportement nécessaires pour inverser définitivement la tendance

 

 

Dans notre numéro d'avril dernier, nous lancions le débat sur les moyens de " Sauver la Sécu ". Cette initiative a rencontré un large écho chez nos lecteurs qui apportent ici leur contribution. Parmi les courriers reçus, citons celui du Codema (Collectif pour la défense et l'évaluation des médecines alternatives et complémentaires), ses membres ont apprécié que nos " propositions ne s'enlisent pas dans le terrain mouvant d'une simple discussion comptable mais se situent à la hauteur des enjeux de fond : préconiser une véritable politique de santé qui prenne en compte les mesures de prévention et d'éducation sanitaire et qui intègre l'apport des médecines alternatives dont nous savons qu'elles peuvent contribuer aux économies de la Sécurité sociale ".

De son côté, l'association Solidarité de Toulouse nous fait partager les résultats de ses réflexions et de l'enquête qu'elle a menée auprès de ses adhérents et à laquelle trois cents personnes et une trentaine de médecins ont répondu. Trois enseignements forts s'en dégagent :

- La prévention et l'éducation à la santé (et à l'estime de soi) conditionnent la prise en charge par l'individu de sa santé, et participent à la réduction des coûts de la Sécurité sociale. Cette prévention devrait être développée dès le plus jeune âge (dans le cadre scolaire en particulier, NDLR).

- La reconnaissance des médecines non conventionnelles permettrait de sortir de la " pensée unique ", encore faudrait-il que le corps médical y soit plus ouvert comme cela se passe dans d'autres pays et qu'il soit formé. Cela suppose de faire sauter un certain nombre de verrous imposés par l'ordre des médecins, les commissions d'autorisation de mise sur le marché des nouveaux produits et les lobbies pharmaceutiques.

- La reconnaissance du malade comme premier acteur de sa santé. Cela se traduirait de la part du médecin par l'écoute, le dialogue soignant- soigné, et la participation de ce dernier aux choix thérapeutiques, enfin, par la reconnaissance de la personne dans sa globalité. Avec en corollaire une plus grande place réservée aux associations de patients (y compris des familles) dans la promotion de ces orientations et la résistance aux pressions des multinationales du médicament.

>Une autre politique du médicament
Fort justement, le volet des médicaments (qui représentent 26,7 % des dépenses de l'assurance maladie) fait réagir le public. Myriam F. propose de supprimer les emballages luxueux, de revoir à la baisse la dose de médicaments, de prescrire en fonction du poids de la personne (et non la même dose pour deux adultes de 100 et 50 kilos), d'harmoniser le coût des médicaments humains et vétérinaires. " J'ai acheté, écrit-elle, dans une pharmacie une même formule, celle destinée à l'usage humain était dix fois plus chère que celle prévue pour l'utilisation animale. " Pour Jacqueline B., il est nécessaire " d'intensifier l'information sur les maladies iatrogènes et les agissements des laboratoires, […] et la Sécu devrait contrôler les ordonnances quand il y est prescrit deux ou trois médicaments pour la même pathologie, alors qu'un seul suffirait ".

Louis-Marie T. " pense qu'obliger les patients à payer une partie (en %) du traitement qu'on leur propose, les inciterait à opter plus facilement pour les médicaments génériques ou d'autres moins onéreux (alternatifs) ". Cette quote-part, indique cette infirmière libérale, " parfois infime parce qu'indexée sur le revenu, aurait pour but de faire réfléchir ". Une infirmière en chirurgie confirme : " Les patients, comme les médecins n'ont aucune idée du coût des hospitalisations, des soins, des examens, des traitements car avec la généralisation du tiers-payant, les patients ne font presque plus d'avance financière. Avec un détail des remboursements reçus mensuellement, chacun connaîtrait le prix effectif de ses soins et serait à même de réfréner ses demandes. "

>Qui va gouverner l'assurance maladie ?
Annoncée dans le nouveau plan gouvernemental, la nouvelle carte vitale avec photo devrait permettre un accès sécurisé (réservé aux seules professions médicales et paramédicales) au dossier médical. Celui-ci indiquerait les affections principales, les bilans déjà subis (avec dates), les traitements prescrits, les incompatibilités alimentaires et médicamenteuses… ce qui pourrait réduire la multiplication d'examens, le nomadisme médical, les prescriptions multiples et les risques d'interactions médicamenteuses.
Christian B. lui, pose une question qu'il juge, et nous avec lui, fondamentale : " Est-il de l'intérêt du médecin, du pharmacien, du laboratoire pharmaceutique que nous soyons en bonne santé ? " À cela la revue Pratiques - Cahiers de la médecine utopique - à laquelle collaborent de nombreux médecins du Syndicat de la médecine générale répond qu'" il faut mettre la politique du médicament au service de la santé publique et non des intérêts de l'industrie pharmaceutique […] et sortir des dogmes de la médecine libérale sur la rémunération (à l'acte), la concurrence, l'exercice solitaire ". Une expérience associant une trentaine de médecins de trois départements bretons a, en ce sens, valeur d'exemple. Se retrouvant une fois par mois autour d'un animateur pour échanger leurs expériences, confronter leurs pratiques et les réponses apportées aux malades, ils ont acquis une meilleure confiance dans le professionnalisme de leurs confrères, ce qui les a conduit à moins prescrire. Résultat : ils ont fait … …baisser de 8 % le coût de leurs prescriptions.

Les experts le disent, la dernière année de vie a un coût considérable. Un prix dû en partie à la forte consommation de médicaments de nos aînés. " Ils sont utilisés, s'insurge Philippe Pignarre, pour se débarrasser du souci qu'implique la prise en charge quotidienne de la personne âgée. C'est, par exemple, faute de personnel qu'on se couche très tôt dans les maisons de retraite. Or des gens qui s'endorment à 19 h se réveillent forcément en pleine nuit. Pour attendre le jour, il leur faut des tranquillisants qui amollissent les muscles et sont responsables de nombreuses chutes, et ainsi de suite. Chaque Français dépense en médicaments trois fois plus qu'un Néerlandais, pour des résultats peu différents, avec beaucoup d'effets iatrogènes pervers : 130 000 hospitalisations par an, entre 15 000 et 18 000 morts. " Dans d'autres pays d'Europe, on privilégie le support psychosocial pour pallier à la solitude et de la vieillesse. En Grande-Bretagne, des lieux (hors institution) sont mis à la libre disposition des personnes âgées pour qu'elles y renouent des liens de vie ; elles sont accompagnées pour s'y rendre quand leur périmètre de marche ou leur capacité d'initiative diminuent.
Comment faire aboutir ces revendications et remarques ? À nos yeux, les associations de consommateurs de soins médicaux devraient avoir des représentants à la " gouvernance " de l'assurance maladie. Les différents avant-projets de réforme prônent un dialogue entre les caisses d'assurance maladie, les instances représentatives des mutuelles, les représentants des professions de santé et une haute autorité de santé. Ensemble elles seraient chargées de mettre en musique les objectifs de santé définis par le gouvernement.

Nous demandons donc d'y inclure la participation des associations de malades. Dans le courrier qu'il nous a adressé, le Codema suggère de porter toutes ces propositions " en direction des élus et en particulier des conseils régionaux et généraux dont les possibilités d'initiatives en matière de santé sont sous-utilisées ".
Quant au financement du déficit, on aurait tort de se limiter aux deux mesures privilégiées par le gouvernement, pénalisantes pour l'assuré. L'augmentation de 1 % de tous les salaires occasionnerait selon certains experts, par reversement des cotisations, une augmentation pour la Sécu de 2,5 milliards d'euros. À cette mesure, l'ajout de 100 000 emplois créés par décision politique, encourageant l'emploi rajouterait 1,3 milliard. Organisés par l'association altermondialiste Attac ,le 24 avril dernier à Paris, les États généraux de la santé et de l'assurance maladie ont rassemblé quelque 500 militants associatifs (Attac, Comités de défense de la sécurité sociale, Act Up, retraités), syndicaux (G10-Solidaires, FSU, CGT, Confédération paysanne, Unef) et politiques (Verts, socialistes du Nouveau Monde, Chevènementistes du MRC, PCF, LCR, PT…). Ils se sont interrogés sur le calcul du déficit. Par exemple, entre 1992 et 2002, 21,6 milliards d'exonérations patronales de cotisations ont été autorisées, sans compensation par l'État, aggravant le trou de la Sécu ! Tout l'été , pour envisager ces autres façons de concevoir et de financer la protection sociale, Attac prévoit l'organisation de débats locaux. Il est encore temps de peser sur les décisions en cours, pour éviter, par exemple, comme le prévoit actuellement le gouvernement de faire supporter notre dette par les générations futures en prolongeant jusqu'en 2025 la Contribution pour le remboursement de la dette sociale qui devait cesser en 2014 !

Cécile Baudet

Nous remercions vivement tous ceux qui nous ont écrit. Le débat reste ouvert, que les lecteurs n'hésitent pas à prendre la plume pour nous faire part de leurs réflexions.

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