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Dans n otre
numéro d'avril dernier, nous lancions le débat sur
les moyens de " Sauver la Sécu ". Cette initiative
a rencontré un large écho chez nos lecteurs qui
apportent ici leur contribution. Parmi les courriers reçus,
citons celui du Codema (Collectif pour la défense et l'évaluation
des médecines alternatives et complémentaires),
ses membres ont apprécié que nos " propositions
ne s'enlisent pas dans le terrain mouvant d'une simple discussion
comptable mais se situent à la hauteur des enjeux de fond
: préconiser une véritable politique de santé
qui prenne en compte les mesures de prévention et d'éducation
sanitaire et qui intègre l'apport des médecines
alternatives dont nous savons qu'elles peuvent contribuer aux
économies de la Sécurité sociale ".
De son côté, l'association Solidarité
de Toulouse nous fait partager les résultats de ses réflexions
et de l'enquête qu'elle a menée auprès de
ses adhérents et à laquelle trois cents personnes
et une trentaine de médecins ont répondu. Trois
enseignements forts s'en dégagent :
- La prévention et l'éducation
à la santé (et à l'estime de soi) conditionnent
la prise en charge par l'individu de sa santé, et participent
à la réduction des coûts de la Sécurité
sociale. Cette prévention devrait être développée
dès le plus jeune âge (dans le cadre scolaire en
particulier, NDLR).
- La reconnaissance des médecines non
conventionnelles permettrait de sortir de la " pensée
unique ", encore faudrait-il que le corps médical
y soit plus ouvert comme cela se passe dans d'autres pays et qu'il
soit formé. Cela suppose de faire sauter un certain nombre
de verrous imposés par l'ordre des médecins, les
commissions d'autorisation de mise sur le marché des nouveaux
produits et les lobbies pharmaceutiques.
- La reconnaissance du malade comme premier acteur
de sa santé. Cela se traduirait de la part du médecin
par l'écoute, le dialogue soignant- soigné, et la
participation de ce dernier aux choix thérapeutiques, enfin,
par la reconnaissance de la personne dans sa globalité.
Avec en corollaire une plus grande place réservée
aux associations de patients (y compris des familles) dans la
promotion de ces orientations et la résistance aux pressions
des multinationales du médicament.
>Une autre politique du médicament
Fort justement, le volet des médicaments
(qui représentent 26,7 % des dépenses de l'assurance
maladie) fait réagir le public. Myriam F. propose de supprimer
les emballages luxueux, de revoir à la baisse la dose de
médicaments, de prescrire en fonction du poids de la personne
(et non la même dose pour deux adultes de 100 et 50 kilos),
d'harmoniser le coût des médicaments humains et vétérinaires.
" J'ai acheté, écrit-elle, dans une pharmacie
une même formule, celle destinée à l'usage
humain était dix fois plus chère que celle prévue
pour l'utilisation animale. " Pour Jacqueline B., il est
nécessaire " d'intensifier l'information sur les maladies
iatrogènes et les agissements des laboratoires, [
]
et la Sécu devrait contrôler les ordonnances quand
il y est prescrit deux ou trois médicaments pour la même
pathologie, alors qu'un seul suffirait ".
Louis-Marie T. " pense qu'obliger les patients
à payer une partie (en %) du traitement qu'on leur propose,
les inciterait à opter plus facilement pour les médicaments
génériques ou d'autres moins onéreux (alternatifs)
". Cette quote-part, indique cette infirmière libérale,
" parfois infime parce qu'indexée sur le revenu, aurait
pour but de faire réfléchir ". Une infirmière
en chirurgie confirme : " Les patients, comme les médecins
n'ont aucune idée du coût des hospitalisations, des
soins, des examens, des traitements car avec la généralisation
du tiers-payant, les patients ne font presque plus d'avance financière.
Avec un détail des remboursements reçus mensuellement,
chacun connaîtrait le prix effectif de ses soins et serait
à même de réfréner ses demandes. "
>Qui va gouverner l'assurance maladie
?
Annoncée dans le nouveau plan gouvernemental,
la nouvelle carte vitale avec photo devrait permettre un accès
sécurisé (réservé aux seules professions
médicales et paramédicales) au dossier médical.
Celui-ci indiquerait les affections principales, les bilans déjà
subis (avec dates), les traitements prescrits, les incompatibilités
alimentaires et médicamenteuses
ce qui pourrait réduire
la multiplication d'examens, le nomadisme médical, les
prescriptions multiples et les risques d'interactions médicamenteuses.
Christian B. lui, pose une question qu'il juge, et nous avec lui,
fondamentale : " Est-il de l'intérêt du médecin,
du pharmacien, du laboratoire pharmaceutique que nous soyons en
bonne santé ? " À cela la revue Pratiques -
Cahiers de la médecine utopique - à laquelle collaborent
de nombreux médecins du Syndicat de la médecine
générale répond qu'" il faut mettre
la politique du médicament au service de la santé
publique et non des intérêts de l'industrie pharmaceutique
[
] et sortir des dogmes de la médecine libérale
sur la rémunération (à l'acte), la concurrence,
l'exercice solitaire ". Une expérience associant une
trentaine de médecins de trois départements bretons
a, en ce sens, valeur d'exemple. Se retrouvant une fois par mois
autour d'un animateur pour échanger leurs expériences,
confronter leurs pratiques et les réponses apportées
aux malades, ils ont acquis une meilleure confiance dans le professionnalisme
de leurs confrères, ce qui les a conduit à moins
prescrire. Résultat : ils ont fait
baisser
de 8 % le coût de leurs prescriptions.
Les experts le disent, la dernière année
de vie a un coût considérable. Un prix dû en
partie à la forte consommation de médicaments de
nos aînés. " Ils sont utilisés, s'insurge
Philippe Pignarre, pour se débarrasser du souci qu'implique
la prise en charge quotidienne de la personne âgée.
C'est, par exemple, faute de personnel qu'on se couche très
tôt dans les maisons de retraite. Or des gens qui s'endorment
à 19 h se réveillent forcément en pleine
nuit. Pour attendre le jour, il leur faut des tranquillisants
qui amollissent les muscles et sont responsables de nombreuses
chutes, et ainsi de suite. Chaque Français dépense
en médicaments trois fois plus qu'un Néerlandais,
pour des résultats peu différents, avec beaucoup
d'effets iatrogènes pervers : 130 000 hospitalisations
par an, entre 15 000 et 18 000 morts. " Dans d'autres pays
d'Europe, on privilégie le support psychosocial pour pallier
à la solitude et de la vieillesse. En Grande-Bretagne,
des lieux (hors institution) sont mis à la libre disposition
des personnes âgées pour qu'elles y renouent des
liens de vie ; elles sont accompagnées pour s'y rendre
quand leur périmètre de marche ou leur capacité
d'initiative diminuent.
Comment faire aboutir ces revendications et remarques ? À
nos yeux, les associations de consommateurs de soins médicaux
devraient avoir des représentants à la " gouvernance
" de l'assurance maladie. Les différents avant-projets
de réforme prônent un dialogue entre les caisses
d'assurance maladie, les instances représentatives des
mutuelles, les représentants des professions de santé
et une haute autorité de santé. Ensemble elles seraient
chargées de mettre en musique les objectifs de santé
définis par le gouvernement.
Nous demandons donc d'y inclure la participation
des associations de malades. Dans le courrier qu'il nous a adressé,
le Codema suggère de porter toutes ces propositions "
en direction des élus et en particulier des conseils régionaux
et généraux dont les possibilités d'initiatives
en matière de santé sont sous-utilisées ".
Quant au financement du déficit, on aurait tort de se limiter
aux deux mesures privilégiées par le gouvernement,
pénalisantes pour l'assuré. L'augmentation de 1
% de tous les salaires occasionnerait selon certains experts,
par reversement des cotisations, une augmentation pour la Sécu
de 2,5 milliards d'euros. À cette mesure, l'ajout de 100
000 emplois créés par décision politique,
encourageant l'emploi rajouterait 1,3 milliard. Organisés
par l'association altermondialiste Attac ,le 24 avril dernier
à Paris, les États généraux de la
santé et de l'assurance maladie ont rassemblé quelque
500 militants associatifs (Attac, Comités de défense
de la sécurité sociale, Act Up, retraités),
syndicaux (G10-Solidaires, FSU, CGT, Confédération
paysanne, Unef) et politiques (Verts, socialistes du Nouveau Monde,
Chevènementistes du MRC, PCF, LCR, PT
). Ils se sont
interrogés sur le calcul du déficit. Par exemple,
entre 1992 et 2002, 21,6 milliards d'exonérations patronales
de cotisations ont été autorisées, sans compensation
par l'État, aggravant le trou de la Sécu ! Tout
l'été , pour envisager ces autres façons
de concevoir et de financer la protection sociale, Attac prévoit
l'organisation de débats locaux. Il est encore temps de
peser sur les décisions en cours, pour éviter, par
exemple, comme le prévoit actuellement le gouvernement
de faire supporter notre dette par les générations
futures en prolongeant jusqu'en 2025 la Contribution pour le remboursement
de la dette sociale qui devait cesser en 2014 !
Cécile Baudet
Nous remercions vivement tous ceux qui nous ont écrit.
Le débat reste ouvert, que les lecteurs n'hésitent
pas à prendre la plume pour nous faire part de leurs réflexions.
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