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Alternative Santé, comprendre pour agir
 
JUILLET 2004

 

 

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ALGUES

Des trésors cachés sous la mer

L'inventaire des algues - et leurs usages - ne cesse de s'allonger. Quelque 25 000 espèces ont été recensées sur la planète, dont 700 en Manche.
Un fabuleux réservoir de ressources.

Patrick Podeur n'est pas un fermier ordinaire, il cultive l'algue marine comme d'autres les artichauts. Son champ c'est la mer ; une combinaison de plongée lui sert de bleu de travail et il chevauche un puissant zodiac. Depuis 1989, il est à la tête de Biocean, une société (une ferme) d'algues, localisée à Roscoff dans les Côtes-d'Armor. Il emploie quatre salariés à l'année, renforcés au temps fort de la récolte - du printemps à la fin octobre - de quelques saisonniers. " Nous ramassons une quarantaine de variétés d'algues que nous faisons sécher et dont nous assurons la conservation, pour les vendre ensuite en gros, explique-t-il, moitié à destination de l'industrie alimentaire, moitié pour la cosmétologie. " À cette activité est venue s'ajouter la culture de la wakamé, une algue japonaise qui se " moissonne ", elle, en hiver et qu'il " replante " jeune, sur des supports mouillés en pleine mer, au cœur de ce qu'il est convenu d'appeler une concession maritime. " C'est une algue délicieuse, elle se consomme comme un légume, qui aurait le parfum et le goût des fruits de mer ! "

Basée à Plougerneau dans le Finistère nord, la société Agrimer produit de la poudre ou des extraits liquides d'algues récoltées sur le rivage ou en eau profonde par la dizaine de goémoniers encore en activité sur le littoral breton. Si son PDG, Frédéric Nicolas, admet volontiers que ses produits sont très largement utilisés par la cosmétologie, la thalassothérapie et les Spas (centres thermaux), d'autres secteurs en sont désormais demandeurs. C'est le cas de l'agriculture qui s'intéresse à leurs propriétés fertilisantes, du secteur des compléments alimentaires et de la parapharmacie. Ce n'est d'ailleurs pas tant les usages des algues qui posent aujourd'hui problème, que l'approvisionnement des sociétés de transformation en raison du nombre de pêcheurs. " Celui-ci évolue sans cesse à la baisse, s'inquiète Frédéric Nicolas, car c'est un métier dur et fatigant, aussi nous devons réfléchir aux moyens de mécaniser et professionnaliser cette activité. "

> Riches en oméga 3

Jean-Paul Braud a choisi de cultiver, à Bouin (Loire-Atlantique) dans de vastes bassins alimentés par de l'eau de mer, une variété de micro-algues : l'Odontella aurita. Ces diatomées ont une forte teneur en silicium et en acide eicosapentonéique, un acide gras polyinsaturé (oméga 3), qui rendraient leur usage intéressant comme complément alimentaire. Elles préviendraient les problèmes de squelette, les difficultés cardiovasculaires et les troubles prémenstruels. Dans le domaine des inconforts liés à la ménopause - la prise de poids et la déminéralisation -, le Centre d'études et de valorisation des algues de Pleubian dans les Côtes-d'Armor a mis au point le complexe Ménocéane®.
Elles auraient aussi une activité antivirale, anti-inflammatoire, anti-cholestérol, diminuerait la tension. L'effet anticancéreux de certains extraits ou molécules a été l'objet de tests sur l'animal… Un tel inventaire ne saurait surprendre tant il reste à apprendre des mécanismes mis au point par ces organismes marins pour se défendre contre les prédateurs (poissons, coquillages…), mais également résister au sel, ou à l'insolation et la dessication quand ils restent hors de l'eau entre deux marées.

Ces développements pourraient compléter l'usage des algues comme épaississants et gélifiants (voir Alternative Santé n° 312 de juin 2004) où elles servent sous les appellations E 400, 402, 403, 404, 406, 407, 407a. C'est à plus de 90 % la destination des 70 000 tonnes d'algues marines récoltées chaque année. " Le secteur de la cosmétologie et la vente pour usages gastronomiques progressent faiblement, déclare Philippe Abgrall, chercheur à l'Université de Brest et secrétaire de la Chambre syndicale des algues marines. Il faudrait que les grands groupes alimentaires s'intéressent à cette ressource en micronutriments pour que les choses changent. " En attendant, les spécialistes veillent à protéger cette manne végétale dont la " durabilité ", c'est-à-dire le renouvellement, a été, fin juin 2004, l'objet d'un colloque à Brest.

Cécile baudet

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