|
L'inventaire
des algues - et leurs usages - ne cesse de s'allonger. Quelque
25 000 espèces ont été recensées sur
la planète, dont 700 en Manche.
Un fabuleux réservoir de ressources.
Patrick Podeur n'est pas un fermier ordinaire,
il cultive l'algue marine comme d'autres les artichauts. Son champ
c'est la mer ; une combinaison de plongée lui sert de bleu
de travail et il chevauche un puissant zodiac. Depuis 1989, il
est à la tête de Biocean, une société
(une ferme) d'algues, localisée à Roscoff dans les
Côtes-d'Armor. Il emploie quatre salariés à
l'année, renforcés au temps fort de la récolte
- du printemps à la fin octobre - de quelques saisonniers.
" Nous ramassons une quarantaine de variétés
d'algues que nous faisons sécher et dont nous assurons
la conservation, pour les vendre ensuite en gros, explique-t-il,
moitié à destination de l'industrie alimentaire,
moitié pour la cosmétologie. " À cette
activité est venue s'ajouter la culture de la wakamé,
une algue japonaise qui se " moissonne ", elle, en hiver
et qu'il " replante " jeune, sur des supports mouillés
en pleine mer, au cur de ce qu'il est convenu d'appeler
une concession maritime. " C'est une algue délicieuse,
elle se consomme comme un légume, qui aurait le parfum
et le goût des fruits de mer ! "
Basée à Plougerneau dans le Finistère
nord, la société Agrimer produit de la poudre ou
des extraits liquides d'algues récoltées sur le
rivage ou en eau profonde par la dizaine de goémoniers
encore en activité sur le littoral breton. Si son PDG,
Frédéric Nicolas, admet volontiers que ses produits
sont très largement utilisés par la cosmétologie,
la thalassothérapie et les Spas (centres thermaux), d'autres
secteurs en sont désormais demandeurs. C'est le cas de
l'agriculture qui s'intéresse à leurs propriétés
fertilisantes, du secteur des compléments alimentaires
et de la parapharmacie. Ce n'est d'ailleurs pas tant les usages
des algues qui posent aujourd'hui problème, que l'approvisionnement
des sociétés de transformation en raison du nombre
de pêcheurs. " Celui-ci évolue sans cesse à
la baisse, s'inquiète Frédéric Nicolas, car
c'est un métier dur et fatigant, aussi nous devons réfléchir
aux moyens de mécaniser et professionnaliser cette activité.
"
> Riches en oméga 3
Jean-Paul Braud a choisi de cultiver, à
Bouin (Loire-Atlantique) dans de vastes bassins alimentés
par de l'eau de mer, une variété de micro-algues
: l'Odontella aurita. Ces diatomées ont une forte teneur
en silicium et en acide eicosapentonéique, un acide gras
polyinsaturé (oméga 3), qui rendraient leur usage
intéressant comme complément alimentaire. Elles
préviendraient les problèmes de squelette, les difficultés
cardiovasculaires et les troubles prémenstruels. Dans le
domaine des inconforts liés à la ménopause
- la prise de poids et la déminéralisation -, le
Centre d'études et de valorisation des algues de Pleubian
dans les Côtes-d'Armor a mis au point le complexe Ménocéane®.
Elles auraient aussi une activité antivirale, anti-inflammatoire,
anti-cholestérol, diminuerait la tension. L'effet anticancéreux
de certains extraits ou molécules a été l'objet
de tests sur l'animal
Un tel inventaire ne saurait surprendre
tant il reste à apprendre des mécanismes mis au
point par ces organismes marins pour se défendre contre
les prédateurs (poissons, coquillages
), mais également
résister au sel, ou à l'insolation et la dessication
quand ils restent hors de l'eau entre deux marées.
Ces développements pourraient compléter
l'usage des algues comme épaississants et gélifiants
(voir Alternative Santé
n° 312 de juin 2004) où elles servent sous les
appellations E 400, 402, 403, 404, 406, 407, 407a. C'est à
plus de 90 % la destination des 70 000 tonnes d'algues marines
récoltées chaque année. " Le secteur
de la cosmétologie et la vente pour usages gastronomiques
progressent faiblement, déclare Philippe Abgrall, chercheur
à l'Université de Brest et secrétaire de
la Chambre syndicale des algues marines. Il faudrait que les grands
groupes alimentaires s'intéressent à cette ressource
en micronutriments pour que les choses changent. " En attendant,
les spécialistes veillent à protéger cette
manne végétale dont la " durabilité
", c'est-à-dire le renouvellement, a été,
fin juin 2004, l'objet d'un colloque à Brest.
Cécile baudet
|