Petit - et salutaire - examen de conscience
sanitaire. On m'avait demandé, en mai et juin, d'animer deux
tables rondes. L'une au Centre normand de Tapovan, haut lieu de
la pratique ayurvédique (indienne). L'autre, lors de la deuxième
rencontre de l'Institut Chuzhen où s'enseigne, à Paris,
la médecine traditionnelle chinoise. L'occasion d'approfondir
ces traditions. L'une et l'autre ont en commun de préférer
" prévenir que guérir ". On prétend
même qu'on ne payait son médecin chinois que lorsqu'on
était bien portant, car la survenue de la maladie signait
son incompétence ! Belle confiance en nos capacités
d'autoguérison pour lutter
" naturellement " contre petits et grands maux.
Aveuglés par notre vision technicienne
du monde, par les prouesses de notre médecine et ses "
miracles ", nous en venons à concevoir notre corps
comme une machine sans âme qu'on pourrait réparer
à coups de médicaments et d'interventions chirurgicales.
Beaucoup confient aveuglément à la chimie médicamenteuse
la conduite de leur santé, sinon de leur vie (via les psychotropes,
tranquillisants et autres modificateurs du comportement !). Cette
vision et ces pratiques ont des conséquences sur la Sécu
: des dépenses accrues, mais plus encore une dépendance
" chimico-technique ", sans rapport avec une bonne gestion
de notre capital santé.
Encore que sur ces dépenses, il y aurait
beaucoup à dire. Le ministre de la Santé, Philippe
Douste-Blazy, a délibérément accusé
les patients d'indiscipline et de gaspillage (trop d'actes, de
visites, de médicaments
). Or, comme le révèle
avec pertinence la lettre que nous publions (p. 56-57), les statistiques
montrent que ces accusations ne sont pas fondées. Son auteur
connaît bien le problème, le Pr F. Guérin
a été chef du service cardiologie de l'hôpital
Cochin à Paris, il est membre du Conseil de l'ordre. Il
démontre que les données officielles (donc celles
que possèdent le ministre !) prouvent que les patients,
depuis des années déjà, ont nettement ralenti
leurs dépenses de santé. Mais qu'en revanche, c'est
l'État qui, en ne payant pas sa dette, creuse le fameux
" trou " et fait porter aux assurés sociaux le
poids des mesures qu'il engage (par exemple : l'exonération
des cotisations sociales des entreprises). En un mot, le ministre
de la Santé fait financer par les malades, les cotisants
et les retraités (augmentation de la CSG, du forfait hospitalier,
paiement d'un euro par consultation), la politique économique
de l'État ! Et sans le dire, bien sûr ! Consternant.
Pour digérer cela, nous avons bien besoin
de mettre en pratique la sagesse orientale. Sagesse dont les bases
sont d'ailleurs les mêmes que celles des Grecs anciens,
les Pythagore et Hippocrate par exemple. Ainsi, traditionnellement,
Orient et Occident partagent-ils la conviction que la santé
est d'abord une question d'harmonie, harmonie de soi à
soi, de soi avec les autres, de soi avec l'univers. Une harmonie
dynamique, amie de cette capacité d'autoguérison
que notre corps possède.
Cette capacité est l'un des thèmes
de la réflexion de Philippe Wallon, psychiatre, dans son
livre Prêtre et Guérisseur (voir entretien p. 24).
Selon lui ce sont souvent des personnes ayant été
très malades qui deviennent elles-mêmes guérisseurs.
Comme si le chemin de vie qu'elles avaient mis en uvre pour
se guérir, elles parvenaient à l'induire chez les
autres. " Médecin, guéris-toi, toi-même
" ! ironise la sagesse populaire. Les guérisseurs
seraient-ils des médecins - sans diplômes ! - ayant
réussi à se guérir eux-mêmes et à
transmettre cette " connaissance " aux autres ? Je ne
sais pas si les médecins patentés seront tous d'accord
!
|