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Canal Bio, supérette parisienne appartenant au réseau
Biocoop, la caissière, souriante, vous accueille avec un
" Bonjour ! " engageant. Le client promène son
caddie parmi 300 m2 de rayons impeccables, où le biologique
est décliné sous toutes ses formes
>Des produits "
bios de chez Bio "
Consommer bio, c'est d'abord choisir un mode plus sain d'alimentation
et d'agriculture, respectueux des animaux et de l'environnement,
excluant l'usage des produits chimiques et de synthèse.
Ainsi, comme dans toutes les biocoops, Canal Bio limite la vente
de produits non bio au strict minimum, c'est-à-dire uniquement
lorsqu'il n'existe pas de production biologique. En particulier,
la vente de sucre et de matière grasse non bio est totalement
interdite car ils proviennent de cultures fortement traitées
ou dont les processus de fabrication font largement appel à
la chimie. Pour le reste, Biocoop effectue, à l'échelon
national, une sélection extrêmement rigoureuse des
produits. Ses critères dépassent même souvent
le simple respect des exigences légales. Certains produits,
par exemple, sont certifiés biologiques alors qu'ils contiennent
du maïs ou du soja non bio. Afin de limiter les risques de
présence d'organismes génétiquement modifiés
(OGM), tous ces produits sont exclus du catalogue.
Selon Biocoop, consommer bio, c'est aussi favoriser
le développement d'une économie alternative. Les
magasins sont incités à favoriser les productions
locales, afin de stimuler l'activité agricole des environs.
À Paris, cela reste difficile. Mais, les achats locaux
représentent 20 % du chiffre d'affaires de la Caba d'Angers
(Maine-et-Loire). Pour certaines denrées (produits laitiers,
céréales et
légumineuses, fruits et légumes), Biocoop, en partenariat
avec la Fédération nationale de l'agriculture des
régions de France (Fnab), a mis sur pied des filières
qui, d'un bout à l'autre, respectent scrupuleusement l'équité
des échanges. En d'autres termes, les prix pratiqués
tiennent véritablement compte des contraintes de production,
assurant aux agriculteurs un revenu juste. Les produits issus
de ces filières sont repérables en magasin par le
logo bleu " Ensemble pour plus de sens ". Veillant également
à renforcer les liens entre producteurs et consommateurs
au-delà des frontières, Biocoop distribue des produits
en provenance des pays du Sud et répondant aux critères
du commerce équitable (rémunération légitime,
respect du droit du travail
). Café, thé, chocolat,
sucre, riz, quinoa, fruits exotiques, comptent parmi ces produits.
> Un réseau de " pros "
Même si l'esprit coopératif des
débuts reste présent dans les motivations profondes
de la plupart des membres, ainsi que dans les engagements de fond
du réseau évoqués ci-dessus, Biocoop, version
XXIe siècle, s'est affranchi des méthodes artisanales
de ses fondateurs. Il est loin le temps des rencontres improvisées
entre consommateurs pionniers, dans le garage de l'un ou la cuisine
de l'autre, pour partager quelques rares produits, au milieu des
sacs, cageots et autres bidons. Petit à petit, les magasins,
comme l'instance nationale, se sont professionnalisés et
ont prospéré. De nouvelles recrues, des petits supermarchés
le plus souvent, rejoignent chaque année le réseau,
qui comprend cependant toujours quelques associations et coopératives
de plus petite taille, essentiellement rurales. En octobre 2002,
l'instance nationale, qui avait un statut associatif, est devenue
société anonyme coopérative, avec l'accord
de plus de 90 % de ses membres. " Le réseau est maintenant
dirigé et géré comme une entreprise ",
commente Hugues Toussaint, secrétaire général
de la nouvelle structure.
Avec un chiffre d'affaires de 160 millions d'euros
en 2003 et 227 magasins, Biocoop représente aujourd'hui
10 % du marché des produits biologiques français
et peut se targuer d'être le premier réseau de magasins
spécialisés
Cependant, les ambitions de ses
responsables ne s'arrêtent pas là. Dans une interview
récente, Philippe Peyron, Directeur général
de Biocoop, explique : " Nous avons une certaine approche
de la bio et du commerce et, si nous voulons regrouper 300 magasins
dans deux ans, c'est pour avoir un poids réel et
influer sur l'évolution de la bio en France " . Contre
l'agriculture " bio " dénaturée, obéissant
à des normes beaucoup moins strictes, pour laquelle la
grande distribution fait campagne, Biocoop espère continuer
à faire entendre sa voix au sein des nombreuses instances
de la profession auxquelles il collabore.
> À l'opposé des grandes
enseignes
Toutefois, au-delà de cette réussite
incontestable, des voix s'élèvent qui s'interrogent
sur l'évolution du réseau : à vouloir tenir
tête à la grande distribution, Biocoop ne serait-il
pas en train de perdre son âme ? Malgré les difficultés
des membres du réseau à trouver le juste équilibre
entre la nécessité d'un développement national
et la volonté de maintenir l'esprit coopératif des
débuts, Biocoop se situe encore à l'opposé
des pratiques inéquitables des grandes enseignes. La charte
qui encadre le fonctionnement de toutes les biocoops exige non
seulement des magasins des échanges commerciaux équitables,
mais aussi le respect des salariés. Selon le nouveau cahier
des charges adopté en juin 2004, les marges des biocoops
doivent rester en deçà de 24 % en province et de
30 % dans les grandes agglomérations. Les super et hypermarchés
pratiquent des taux dix fois supérieurs, rendus possibles
par les divers rabais extorqués aux fournisseurs, ainsi
que par la facturation de prix exagérés aux consommateurs
! Chez Biocoop, les écarts entre hauts et bas salaires
sont également limités
Est-il besoin de dire
que les choses se passent différemment dans la grande distribution
?
Hugues Toussaint appelle de ses vux un
renforcement de l'association de Consom'acteurs de Biocoop créée
en 2003. Il ne tient qu'aux fidèles des biocoops, soucieux
de préserver les valeurs fondatrices du réseau,
de s'y engager pour défendre un commerce bio véritablement
alternatif.
Paule Boprégrit
Carte d'identité de Biocoop
Quelques chiffres
Au 30 juin 2004, 230 points de vente de 30 à plus de 500
m2 de superficie.
Chiffre d'affaires global : 160 millions d'euros, dont 91 % réalisés
dans l'alimentaire.
Le réseau emploie 1800 salariés.
Le fonctionnement:
Le conseil d'administration des biocoops est élu par l'assemblée
générale : il est composé de représentants
des magasins (majoritaires), mais également des producteurs,
des consommateurs et des salariés. Il confie la direction
de l'entreprise à un Directeur Général.
La structure nationale est financée par
l'abonnement que lui versent les magasins, ses plates-formes logistiques,
le paiement des formations continues qu'elle organise,
et diverses prestations à ses sociétaires.
>P. B.
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