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Alternative Santé, comprendre pour agir
 
OCTOBRE 2004

 

 

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Le blé: œuf végétal

Le blé est un excellent aliment pour la santé. À condition d'utiliser des produits de qualité.

Utilisé depuis huit mille ans, céréale la plus cultivée et consommée en France, le blé reste pourtant méconnu. On devrait dire les blés, car selon les usages que l'on en fait : pain, pâtes ou couscous, ce ne sont pas les mêmes blés que l'on utilise. Malgré des variations sensibles de composition entre les différents blés, leur intérêt nutritionnel est semblable. Le grain de blé peut être considéré comme un œuf végétal.

>Un aliment énergétique
La comparaison s'impose autant par sa forme ovoïde, que par sa richesse en protéines. Le grain est composé de trois parties principales : l'amande, qui contient des glucides sous forme d'amidon et des protéines, le germe et les enveloppes. Les glucides de l'amidon, qui représentent 70 % du grain, sont des sucres complexes à absorption lente. Le blé est donc d'abord un aliment énergétique, un carburant idéal pour les jeunes et les sportifs. Les protéines représentent environ 10 à 15 % du grain. Ce sont des protéines de qualité, qui font la principale richesse du blé. Toutefois, à la différence de l'œuf, mais comme toutes les céréales, le blé n'apporte pas tous les acides aminés essentiels (il existe 20 acides aminés qui constituent les protéines, dont 8 sont essentiels). Les acides aminés essentiels, ne peuvent pas être synthétisés par l'organisme et doivent être apportés par l'alimentation. Si l'un d'eux manque, il y a non seulement carence, mais son absence peut s'opposer à une bonne assimilation des autres protéines. C'est ce qu'on appelle le facteur limitant. Dans le blé et les céréales, c'est la lysine qui manque.

C'est pour cela que dans le monde entier, la base de l'alimentation traditionnelle était constituée par l'association au même repas d'un plat de blé ou de céréales et d'une petite quantité de légumineuses (haricots, pois chiches, soja) qui fournissent de la lysine. Le blé peut aussi être complété par un apport de viande, d'œufs ou de laitages. Mais les produits animaux contiennent des protéines grasses, tandis que les légumineuses ne procurent que peu de lipides. Les lipides constituent environ 2,7 % du grain de blé, principalement des graisses insaturées contenant tous les acides gras essentiels et situées principalement dans le germe de blé. Leur apport quantitatif est faible, mais joue un rôle pour une bonne assimilation du blé.

On y trouve de nombreux micronutriments : des vitamines, principalement celles du groupe B (B1, B2, B6), essentielles pour le système nerveux mais aussi pour la digestion des glucides et un peu de vitamine E (présente dans le germe de blé). C'est une source intéressante de minéraux, notamment de magnésium, fer, zinc, phosphore, manganèse, cuivre et d'autres composants, notamment des polyphénols qui sont des protecteurs vasculaires et des antioxydants. Le blé a aussi une particularité qui le distingue de la plupart des autres céréales : sa capacité à lever et donc à faire du pain (capacité partagée dans une moindre mesure par le seigle). Le blé est donc un aliment particulièrement intéressant et on comprend que dans les pays méditerranéens il ait longtemps occupé la première place dans l'alimentation. Le blé se consomme sous des formes très diverses selon les types de blé utilisés (lire p. 22). En France, la principale utilisation est le pain, suivi des pâtes et de tous les dérivés de la farine (tartes, pizzas, gâteaux, crêpes, sauces). Loin derrière, on trouve la semoule (couscous et taboulé). Tous ces produits ont un intérêt nutritionnel comparable, … …mais il peut être contrecarré par les ingrédients qui rentrent dans les compositions culinaires et qui conduisent à un excès de graisse ou de sucre, sans compter les multiples additifs chimiques que l'on trouve dans les plats précuisinés et les gâteaux.

Le blé ne pose qu'un seul véritable problème, celui des allergies et des intolérances au gluten, formé par l'association de deux de ses protéines. Cela ne concerne qu'une minorité de personnes, mais c'est une minorité croissante (lire p. 27). Le pain, les pâtes ont longtemps été accusés de favoriser l'obésité et de ne pas être adaptés à l'alimentation en cas de diabète. Le Pr Christian Rémésy fait justice de ces accusations (lire p. 23).

Ces maladies se développent actuellement en raison d'une consommation excessive de sucre et de graisses. Les aliments issus du blé contribuent à leur prévention à condition qu'ils soient de qualité, c'est à dire peu ou pas raffinés. En effet, depuis cent ans, pour des raisons complexes, qui sont aussi bien technologiques que culturelles, on a favorisé la farine blanche, le pain blanc et les aliments à base de céréales raffinées. La mouture sur cylindre, qui a remplacé la mouture sur meule de pierre, sépare l'amande des enveloppes (le son) qui sont considérées comme indigestes. Mais avec les enveloppes, elle enlève aussi le germe. Or le germe concentre une partie importantes des micronutriments et des lipides du blé. Le son est constitué de deux sortes de fibres : les unes sont digérées et participent à une bonne assimilation des glucides (sucres), les autres ne sont pas digérées, mais sont utiles pour un bon fonctionnement intestinal. Plus le blé est raffiné plus les pertes en éléments nutritifs sont importantes. Dans les farines de type 55 (lire encadré), utilisées pour le pain blanc courant, il y a une perte de 10 % des protéines, 60 % des lipides, 60 à 80 % des vitamines et minéraux et le taux de fibres est très faible. Résultat, on perd une grande partie de la richesse du blé et ses effets sur la santé, de positifs peuvent devenir négatifs.

Le problème est accru par les techniques de culture utilisées : l'agriculture intensive produit des blés moins riches en éléments nutritifs que l'agriculture biologique. En outre, on a sélectionné de nouvelles variétés de blés pour répondre aux impératifs de cette agriculture intensive et non pas en fonction de leurs caractéristiques nutritionnelles. D'où l'intérêt des recherches de tous ceux qui veillent à la sauvegarde des espèces et variétés anciennes de blé (lire le portrait de Jean-François Berthelot, p. 26 et la présentation de l'association Semences paysannes, p. 42). Leur redécouverte multiplie les choix culinaires possibles.

En outre, elle apporte sans doute la solution au problème de ceux dont l'organisme ne supporte plus la consommation du pain et des aliments à base de blé (lire p. 27). " Avec le pain, les pâtes ou la semoule, je pense que le blé pourrait représenter jusqu'à 40 % de nos apports alimentaires. Mais pour profiter au mieux des variations de leur composition en nutriments, il est utile de consommer différentes sortes de blé et d'autres céréales ", conclut Christian Rémésy.

Pas pour les bébés
Le blé, comme toutes les céréales, ne doit pas être introduit dans l'alimentation des nourrissons trop tôt. Les pédiatres ne sont pas d'accord sur l'âge auquel cela peut se faire. Avant 4 mois, le bébé n'a pas les enzymes qui permettent de les digérer. Mais pour certains pédiatres, il vaut mieux éviter les céréales avant l'âge de 1 an. Et il faut commencer par donner des céréales qui n'ont pas de gluten, comme le riz. Le blé sera ensuite introduit très progressivement en toutes petites quantités : crèmes de blé, croûtons de pain donnés à l'enfant qui va les sucer plutôt que les manger et prépare ainsi son système digestif à bien les assimiler.

Types de farines
Les farines sont classées en différents types qui permettent de connaître le taux d'extraction, c'est-à-dire la proportion de farine obtenue pour 100 g de blé (de la farine blanche à la farine complète ou intégrale). Toutefois, les numéros utilisés aujourd'hui n'indiquent pas le taux d'extraction, mais la quantité de minéraux présents dans la farine (en mg/100 g).

Type Utilisation

45 Farine blanche Tartes, gâteaux et pâtisseries courantes
55 Farine blanche Pains courants
65 Farine bise Certains pains de campagne classiques. Minimum utilisé en
boulangerie biologique
80 Farine demi-complète Rarement utilisée en boulangeries classiques
110 Farine complète Couramment utilisées en boulangerie biologique
150 Farine intégrale


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