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Alternative Santé, comprendre pour agir
 
OCTOBRE 2004

 

 

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Reconnaître le bon pain

Après avoir connu une longue période de dégradation de sa qualité et de désaffection, le bon pain est de retour. Les critères pour le choisir

Avez-vous déjà essayé de rester plusieurs jours sans pain ? Pas facile de se passer de baguette au petit-déjeuner, de tartines pour le fromage, de sandwiches en randonnée ou de l'indispensable morceau de pain pour saucer l'assiette. Il suffit de voir la queue dans les boulangeries le dimanche matin, pour se dire que beaucoup de Français sont de véritables accros.
Symbole du partage fraternel, le pain façonne depuis huit mille ans la culture européenne et celle des pays méditerranéens. C'est sans doute l'aliment qui nous distingue le mieux des autres civilisations. Ni le riz asiatique ni le maïs américain ne peuvent lever. Et pourtant, ce n'est que de la farine (presque toujours du blé, rarement du seigle), de l'eau et un peu de sel… si l'on oublie les multiples additifs que la modernité y a hélas ajoutés.

> Le pain ne fait pas grossir
Pourtant le pain est mal aimé. À côté des accros, il y a tous ceux qui n'en consomment pas ou très peu. En cent ans, nous sommes passés de 850 g par Français et par jour à 150 g. On le jette, geste impensable autrefois. Il est loin le temps où les boulangers de Paris faisaient " Le meilleur pain du monde ", selon le livre de l'historien étasunien Steven Kaplan (éd. Fayard). Grâce à Parmentier, qui ne s'est pas contenté de la pomme de terre, le pain du XVIIIe siècle a connu des sommets… suivis de deux cents ans de régression. Le pain blanc, symbole de richesse, est devenu de plus en plus recherché et on l'a fabriqué avec des farines de plus en plus raffinées et donc moins nutritives. Les boulangers, voulant travailler plus vite, ont raccourci les temps de fermentation de la pâte, remplacé le levain par de la levure en excès, travaillé la pâte avec des pétrins mécaniques tournant trop vite. Les meuniers leur ont fourni des farines qui ne levaient plus sans un ajout d'additifs et notamment d'acide ascorbique qui fait gonfler trop rapidement la pâte. Le développement de la boulangerie industrielle et de la congélation des pâtes n'a fait qu'aggraver les choses. Résultat : un pain caoutchouteux, sans goût et qui ne se garde pas. Simultanément, les médecins ont déclaré que le pain faisait grossir et ne convenait pas aux diabétiques.

> Inverser la tendance
Heureusement quelques pionniers ont eu le courage de résister à la tendance et même réussi à l'inverser. Le premier, c'est le boulanger Lionel Poilâne à Paris, l'inventeur du pain Poilâne, suivi quelques années après de Philippe Viron, minotier de Chartres, inventeur de la baguette Rétrodor®, de Bernard Ganachaud et de sa flûte Gana®, Francis Holder et les pains Paul® à Lille et bien d'autres encore.

Du côté des bios, il y a eu Raoul Lemaire, le précurseur qui a su convaincre dans toute la France des centaines de boulangers classiques de fabriquer et vendre le pain Lemaire®, Geffroy et les pains de la Vie Claire®, le pain Moisan® à Paris, Réthoré avec Biofournil® en Anjou, etc. S'il leur a fallu longtemps marcher à contre-courant, leur clientèle n'a cessé de croître. Enfin, les médecins ont révisé leur position. Aux entretiens de Bichat, en 1990, ils ont reconnu que le pain ne fait pas grossir, mais est un aliment de choix pour la santé. Oubliant toutefois de préciser que le pain trop blanc pouvait avoir des inconvénients si l'on en abuse. En 1993, un décret vient définir le pain de tradition française, premier pas vers la qualité (lire encadré ci-contre). Il manque encore une réglementation pour indiquer le type de farine utilisé. Mais Le retour du bon pain (éd. Perrin) est salué en 2002 par Steven Kaplan. Cet Américain à Paris est sûrement l'un des meilleurs connaisseurs du pain, il vient de recenser les cent meilleurs boulangers de Paris dans Cherchez le pain (éd. Plon). Aux consommateurs de les découvrir. o

Le pain complet est-il déminéralisant ?
La farine contient de l'acide phytique qui bloque l'assimilation des minéraux. Moins elle est raffinée plus il y en a. Certains médecins en ont déduit que le pain complet est déminéralisant. Une accusation à laquelle les partisans du pain au levain répondent que ce dernier détruisant l'acide phytique, il suffit de ne pas faire de pain complet à la levure. En fait, explique Christian Rémésy, s'il est vrai que dans le pain complet à la levure, l'acide phytique ne permet pas une bonne assimilation des minéraux, cela ne veut pas dire pour autant que cet acide aura un effet déminéralisant sur l'organisme. Un point de vue, désormais repris par Claude Aubert dans La Nouvelle assiette (éd. Terre vivante).

Levain
C'est une fermentation spontanée qui se produit dans un mélange d'eau et de farine de blé ou de seigle, additionné éventuellement de sel. On laisse fermenter quelques heures avant de mélanger le levain avec la pâte à pain. 0,2 % de levure sont autorisés : on doit, dans ce cas là parler de pain au levain de levure. Son goût est légèrement acide, mais il est plus digeste et qui se conserve plusieurs jours.

Levure
Non, le pain n'est pas préparé avec de la levure chimique, mais avec des ferments sélectionnés. Autrefois, il s'agissait de levure de bière, aujourd'hui les ferments sont cultivés sur de la mélasse de betterave. La levure contribue au goût sucré du pain. Les partisans du bio ne jurent que par le levain, pourtant contrairement aux affirmations de certains d'entre eux, la levure fait d'excellents pains, mais ils se conservent moins bien que ceux au levain. Elle convient avant tout aux pains de type 55 ou 65. Au-delà, le levain est préférable pour que le pain soit digeste.

Poolish
Inventée par des polonais, c'est une technique de fermentation intermédiaire entre la levure et le levain.

Pain biologique
Il ne contient aucun additif, ni auxiliaire de fabrication. Il est en général réalisé au levain avec des farines broyées sur meule de pierre, de type 65 ou plus complètes (liste p. 22). Il y a quelques années, le pain bio n'était pas toujours très savoureux. Aujourd'hui, il est en général fabriqué par des boulangers qui savent travailler ces farines.

Pain de tradition française
En l'absence d'autre précision, c'est le meilleur que l'on puisse trouver en boulangerie. Il n'a aucun additif, même si cinq adjuvants naturels (malt, farines de fève et de soja, gluten et enzymes) sont autorisés. L'absence d'acide ascorbique oblige les boulangers à respecter les temps de fermentation. S'il est vendu préemballé, il ne peut contenir de conservateur. Les meilleurs sont fabriqués sans adjuvants.

Autres pains
C'est le pain le plus ordinaire, vendu notamment dans les supermarchés. Il comprend de nombreux additifs chimiques (106 sont autorisés) : des conservateurs, émulsifiants, etc.

Pain courant
C'est celui que l'on trouve le plus souvent en boulangerie. Il est de mauvaise qualité, qui comprend adjuvants et additifs.
14 additifs (chimiques le plus souvent) sont autorisés, dont l'acide ascorbique qui fait lever artificiellement la pâte, ainsi que des conservateurs si le pain est vendu préemballé.

Pain courant à base de froment exclusivement
Le nombre d'additifs autorisés est de 18, mais les adjuvants ne sont pas autorisés.

Pain Qualité Saveur (PQS)
Lancé à l'initiative du Dr Lecerf de l'Institut Pasteur de Lille, le pain PQS répond à des critères nutritionnels et de saveur. Réalisé avec de la farine de type 80, issue de blés cultivés en agriculture raisonnée, il garantit des teneurs minimales en magnésium, phosphore et fer, vitamines B. Le taux de sel est limité.

Pain et santé
Table-ronde animée par Alternative Santé. Le samedi 13 novembre, à
16 h, dans le cadre du Salon Marjolaine (Parc Floral de Vincennes), une table-ronde animée par Alternative Santé réunira Christian Rémésy, directeur de recherche à l'Inra et Nicolas Supiot, paysan boulanger en Bretagne.


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