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Alternative Santé, comprendre pour agir
 
OCTOBRE 2004

 

 

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Savoir Communiquer

Dans notre travail, comme dans notre vie privée, nous pensons faire de notre mieux pour entretenir des relations harmonieuses.
Mais parfois rien ne fonctionne comme on le souhaiterait.
Gérard Apfeldorfer, psychiatre et auteur des Relations Durables
(éd. Odile Jacob), nous explique pourquoi. Et comment y remédier.

 

 

Alternative Santé : Comment faire pour bien communiquer ?
Gérard Apfeldorfer : Quand tout va mal entre soi et les autres, on a tendance à dire " C'est ma faute ou c'est la leur ". Or, si ça se passe mal, c'est parce qu'on s'y prend mal sur le plan relationnel. Le problème n'est pas de devenir parfait pour plaire à autrui, mais d'apprendre à tisser des liens.
Certains croient que plus ils vont donner et plus ils vont recevoir, ils pensent que leur générosité sera toujours récompensée… Or, ils ne récoltent souvent que haine ou mépris. Il ne faut pas donner plus que l'autre ne peut rendre !
À l'opposé, les avares économisent en ne donnant rien. Mais ne rien donner c'est perdre, la preuve en est : leur caractère s'aigrit !

D'autres préfèrent pardonner, oublier, ne pas faire de vagues. Mais cela incite leurs partenaires à ne rien changer de leur attitude. D'autres encore ne " veulent rien devoir à personne ", mais les " dons " de gentillesse, les services que l'on se rend, lient les êtres entre eux et à force de liens, on devient alliés… Les relations humaines durables sont un échange de dons permanents et réciproques qui fait que nous sommes toujours en dette vis-à-vis de quelqu'un et qu'il y a toujours des gens qui sont en dette vis-à-vis de nous. L'amabilité, la gentillesse, les sourires, les petits services qu'on rend gracieusement n'ont pas de prix. Ils ne s'achètent pas, mais se troquent avec plaisir. Non seulement il faut rendre cadeaux, petits et grands services et autres politesses, mais il est impossible de se tenir en dehors de ce circuit d'échanges sans encourir le risque d'être socialement hors-jeu.

Alternative Santé : Vous faites aussi l'éloge du mensonge… Quand on veut tisser des relations durables, cela semble un peu paradoxal.
Gérard Apfeldorfer : Certains croient qu'il faut dire tout ce qu'on pense, ce que l'on ressent, être transparent… Mais toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. La mode est à l'authenticité et mentir est devenu une faute impardonnable ! Mais lorsqu'on est civilisé, on se préoccupe de l'effet de ses actes et de ses paroles sur ceux auxquels on s'adresse. On veille à ne pas détruire la relation qu'on a avec eux. La franchise, la loyauté peuvent blesser irrémédiablement. Chacun doit se ménager la possibilité d'une vie intérieure, savoir garder ses secrets. Sous prétexte d'authenticité, on exerce une véritable violence sur l'autre. En revanche, mentir nécessite qu'on soit capable de se mettre mentalement à la place de l'autre, de voir les choses à sa façon, c'est-à-dire de faire preuve d'empathie. Enoncer une vérité n'est pas difficile, en revanche, un beau mensonge est une performance intellectuelle.

Alternative Santé : L'empathie est la bonne façon de communiquer ?
Gérard Apfeldorfer : L'empathie est, avec la séduction, la clef d'une bonne communication. Elle permet de percevoir le point de vue de l'autre. Lorsque je manifeste de l'empathie … … envers quelqu'un, je comprends ce qu'il ressent, je me représente ses sentiments, j'envisage les choses de son point de vue. Bien sûr, c'est plus facile avec certains qu'avec d'autres, car il y a des gens qui mettent en échec nos capacités d'empathie. Leur logique et leur vision du monde sont trop éloignées de la nôtre. Le système d'empathie ne fonctionne que lorsqu'il est réciproque.

Alternative Santé : Que faire quand il n'y a pas d'empathie ?
Gérard Apfeldorfer : Nier les difficultés relationnelles ne fait qu'accroître le contentieux qu'on a avec les autres. Ne pas formuler ce qu'on a fait pour l'autre, avaler des couleuvres, faire bonne figure autorisent les autres à continuer à se conduire mal à notre égard. Il faut dire ce qu'on nous doit, ce qui nous blesse, sans user de la violence que l'on reproche aux autres.

Alternative Santé : Et la séduction ?
Gérard Apfeldorfer : Tout oppose empathie et séduction. La première permet de comprendre les émotions d'autrui, donne accès à son intimité, permet des dons réciproques. La séduction est une violence qui ne fonctionne que dans l'instant
présent et répond à la loi du tout ou rien. L'empathie necherche pas à posséder, la séduction, si. L'empathie se traduira par un amour désintéressé. La séduction fait place à la passion, au désir, au sexe. C'est une relation de pouvoir, elle exerce une emprise grisante sur autrui… qui s'y soumet délicieusement.

Alternative Santé : Qui s'y soumet ?
Gérard Apfeldorfer : On est comme hypnotisé. Et on prend plaisir à être captivé, capturé… Lorsque nous tombons sous le charme d'une musique, d'un paysage ou de quelqu'un, nous nous abandonnons, nous en avons comme une connaissance immédiate, sans barrières. Un instant, nous quittons notre solitude, nous abolissons nos limites… C'est une jouissance. Ce qui nous importe, c'est le fait d'être séduit, emporté, ailleurs.

Alternative Santé : Comment concilier ces deux modes de communication ?
Gérard Apfeldorfer : La séduction et l'empathie ne peuvent coexister dans le même moment, mais elles peuvent se succéder alternativement.
Quand on séduit, on ne cherche pas à être compris, et quand on est mutuellement séduits, on ne se comprend pas. Quand on communique au moyen de la séduction, on ne peut être amis, mais on a une chance d'être amants. On prend plaisir dans l'exercice de ces liens de fascination. Se laisser séduire n'est pas signe de faiblesse, mais un plaisir.

Alternative Santé : Quelles sont, à vos yeux, les conditions pour former un couple durable…
Gérard Apfeldorfer : D'abord, il faut en finir avec certaines idées irrationnelles, comme celle du grand Amour, spontané, passif, qui nous tomberait dessus, sans le vouloir. Comme si la volonté de séduire était mal ! Ces schémas nous influencent et amoindrissent notre capacité à forger des relations durables et satisfaisantes. Il n'est pas rare que de petites aventures qu'on croyait sans lendemain évoluent vers des relations durables.
Autre idée fausse, celle qu'un couple, pour être solide nécessite que chacun ait rencontré l'âme sœur en l'autre. Il existe autour de nous des personnes qui, sans être parfaites, peuvent convenir. Faire couple demande qu'on s'implique activement dans le processus de construction, qu'on n'attende pas que l'amour passe et vous saisisse.
Une autre croyance est celle de l'égalité, comme si les rôles étaient interchangeables. Non, ce qui est essentiel dans la vie à deux, ce n'est pas tant l'égalité que l'équité. Il est juste que chacun fasse sa part, mais sans en faire trop. Mieux vaut commencer, d'ailleurs, par prendre l'initiative de donner. Ce qu'on fait pour l'autre l'oblige, on peut espérer qu'il saura donner en retour, sans toutefois passer son temps à compter… Autre idée erronnée : quand on est en couple, il n'y a plus que le couple qui compte. Et par exemple, on veut supprimer les activités qu'on ne peut faire en commun… On refuse que l'autre ait des plaisirs ou des satisfactions qui ne soient pas partagés. Mais une telle conception rend l'air irrespirable.

Alternative Santé : Et quand les conflits sont trop forts, vous faites l'éloge de la fuite…
Gérard Apfeldorfer : Ceux qui ne savent pas communiquer ne sont pas dans l'échange. Ils ne savent ni recevoir, ni donner. Ils veulent s'affirmer à tout prix. L'important pour eux est de dire ce qu'ils ont à dire, obtenir ce qu'ils veulent, sans faire attention à autrui. Lorsqu'une personne est confrontée à une telle situation, elle peut être tentée de fuir… C'est une excellente solution. Laissons les affirmateurs de leur moi, seuls dans leur désert. Fuyons comme la peste ceux qui ne veulent pas faire preuve de civilité, ni établir avec soi des relations sur un mode civilisé.

>propos recueillis par Sophie Madoun

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