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En France, 4 pour cent des femmes de 15 à
50 ans sont anémiées(1) ; au sens étymologique,
elles " manquent de sang ". Plus précisément,
elles manquent de globules rouges (hématies) et/ou d'hémoglobine(2).
Or ceux-ci transportent l'oxygène des poumons, où
il est collecté, vers les autres organes. Moins de globules
rouges, cela veut donc dire moins d'oxygène dans l'organisme,
qui fonctionne alors en " sous régime ". Conséquences
: fatigue(3), essoufflement à l'effort, pâleur anormale
du visage, de la paume des mains et des muqueuses telles que la
conjonctive...
La femme est plus sujette à l'anémie
dans la mesure où elle connaît des pertes de sang
régulières d'origine gynécologique (l'adolescente
dans le cas de règles abondantes, par exemple ). De la
même façon, le ftus puise dans les réserves
de la femme enceinte pour se développer (lire nos portraits
pp. 20-21). Ces anémies dites " ferriprives "
ou " par carence martiale " sont dues à un manque
de fer. Ce minéral entre dans la composition de l'hémoglobine,
que le corps doit fabriquer en permanence puisque les globules
rouges ont une " durée de vie " limitée
à quatre mois. Cette carence entraîne une chute de
la production d'hémoglobine qui, elle-même, provoque
une diminution du nombre d'hématies mises en circulation
et/ou de leur teneur en hémoglobine. Ce type d'anémies
est, de loin, le plus courant dans le monde en raison de problèmes
de malnutrition. En France, il représente les trois quarts
des anémies féminines de 15
à 50 ans(4).
" Il serait cependant faux d'associer systématiquement
anémie et carence martiale ", indique Charles Dumontet,
professeur d'hématologie à l'université Claude-Bernard
(Lyon I), avant de préciser : " L'anémie constitue
un syndrome, non une maladie, c'est-à-dire un ensemble
de symptômes que l'on retrouve dans de nombreuses pathologies,
et notamment en cas de manque de fer. "
Mais elle peut être expliquée par plus de deux cents
causes différentes, qui ajoutent souvent d'autres symptômes
à ceux caractéristiques du syndrome anémique
! En voici quelques-unes citées dans L'Anémie(5),
ouvrage écrit par cet hématologiste, également
praticien hospitalier aux Hospices Civils de Lyon.
Outre les saignements gynécologiques physiologiques, toute
hémorragie est susceptible d'entraîner à la
longue une carence martiale : pertes de sang gynécologiques
anormales chez la femme (fibrome utérin par exemple), problèmes
digestifs chez les deux sexes (ulcère gastro-duodénal,
colites, cancers du tube digestif, hémorroïdes
).
Un saignement ponctuel abondant aura souvent les mêmes effets.
Dans certaines maladies , comme l'hémophilie, les agents
de la coagulation, chargés de stopper une hémorragie,
sont défectueux. Les saignements internes et externes,
plus fréquents et plus longs, risquent, en l'absence de
traitement adapté, de provoquer une anémie.
L'anémie est souvent inflammatoire. Les
infections et inflammations, surtout lorsqu'elles sont chroniques
ou à répétition (bronchites, polyarthrite
rhumatoïde...), provoquent un type d'anémie habituellement
moins sévère : ces pathologies " bloquent "
le fer dans les réserves et empêchent son utilisation
pour la production d'hémoglobine.
L'anémie se révèle parfois
" pernicieuse ", chez les patients atteints de la maladie
de Biermer. Cette pathologie auto-immune (les défenses
immunitaires se retournent contre leur propre organisme) touche
notamment 2 % des femmes de plus de 60 ans. Elle se manifeste
par une atrophie de l'estomac qui empêche l'assimilation
de la vitamine B12, essentielle à la production de globules
rouges. Sans gravité à partir du moment où
elle est dépistée, cette anémie se retrouve
également chez des personnes ayant un régime alimentaire
carencé (végétariens) ou chez d'autres pour
lesquelles l'absorption de cette vitamine se fait difficilement
(à cause de médicaments, d'opérations digestives
).
En l'absence de traitements adaptés, elle peut s'accompagner
au bout de plusieurs années de neuropathies sensitives
(sensations mêlées de douleur et d'insensibilité
de certains membres), de problèmes d'insomnie, d'irritabilité,
voire d'un début de dépression
Autre variante, l'anémie hémolytique trouve son
origine dans une destruction excessive (supérieure au 1
% détruit normalement chaque jour) de globules rouges (hémolyse).
Celle-ci peut être déclenchée par l'exposition
à des produits toxiques et entre autres : le plomb, certains
pesticides, la radioactivité à forte dose (y compris
dans certains traitements médicaux). De nombreuses pathologies
héréditaires sont également à l'origine
d'hémolyses chroniques. Il en est ainsi pour deux maladies
génétiques parmi les plus fréquentes en France
: la thalassémie (250 à 350 malades) et la drépanocytose
(5 à 6000 malades) homozygotes (dont le gène défectueux
a été transmis par les deux parents). Dans le premier
cas, le patient fabrique en quantité insuffisante certaines
formes d'hémoglobine. Dans le second, ses cellules produisent
une hémoglobine anormale. Ces deux maladies touchent essentiellement
les populations originaires d'Afrique sub-saharienne et des Antilles.
Un dysfonctionnement de la moelle osseuse (aplasie
médullaire, myélodysplasie
) ou la présence
de cellules anormales dans la moelle (leucémies et autres
types de cancers du sang) sont susceptibles d'entraîner
une anémie car ils ont des répercussions sur la
fabrication de toutes les cellules sanguines. La gravité
de ces affections est très variable.
Enfin, le syndrome anémique risque d'apparaître chez
les personnes alcooliques chroniques souffrant de maladies qui
ont une influence sur la moelle (manque d'hormones, dysfonctionnement
d'organes majeurs comme les reins)
Face à cette diversité de causes,
le diagnostic est loin d'être évident. Le Pr Dumontet
met d'ailleurs ses confrères en garde contre les prescriptions
de fer qu'il voit se multiplier à tort et à travers
: " Donner du fer à un patient sans avoir vérifié
au préalable que la carence martiale était bien
à l'origine de l'anémie constatée ne sert
à rien. " Il insiste : " Une cure de fer chez
une personne qui n'en manque pas est potentiellement dangereuse.
" L'excès de fer dans l'organisme est, en effet, à
l'origine d'une maladie relativement sérieuse, l'hémochromatose.
> Nathalie Vergeron
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