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Le préservatif ? Maintenant, je l'impose.
" Ces mots semblent bien forts dans la bouche de Catherine,
timide jeune fille de 18 ans rencontrée au Centre de planning
familial de la clinique des Bluets à Paris. En affirmant
son exigence actuelle, elle révèle surtout ses prises
de risques passées
Son petit ami précédent
n'avait pas jugé nécessaire de se protéger
; elle non plus.
" Avec préservatif ou rien ". c'est aussi la
devise de Radia, 19 ans, qui attend une amie en consultation.
Parmi ses camarades de lycée, elle estime pourtant faire
figure d'exception. Ce n'est pas faute d'être avertis des
risques : 82 % des parents d'adolescents de 11 à 18 ans
déclarent que leur enfant a reçu une information
sur le sida par l'intermédiaire des campagnes grand public
et près de 70 % par l'école, où elle est
regroupée avec un enseignement sur toutes les infections
sexuellement transmissibles (IST)(1). Filles, mais particulièrement
garçons, " ils voient surtout que "c'est mieux
sans" ", confie Radia.
En dehors de certains rejets systématiques, les rapports
non protégés sont en fait principalement dus à
des " oublis " ponctuels. Martine Chosson, conseillère
conjugale, responsable du centre de planning des Bluets, accueille
souvent les inquiètes (les garçons semblent moins
préoccupés) des lendemains de week-end : coup de
foudre ou de folie, excès d'alcool et/ou de joints, font
vite oublier l'indispensable protection. Autre cas de figure :
la relation est rapidement considérée comme suffisamment
stable pour arrêter d'utiliser des préservatifs
le plus souvent sans test de dépistage !
Si l'on estime généralement à 85 % le pourcentage
d'utilisateurs du condom chez les 15-25 ans sexuellement actifs(2),
ce taux masque une réalité beaucoup plus complexe.
D'après la plupart des intervenants éducatifs de
la prévention, les jeunes savent dans l'ensemble qu'il
faut un préservatif
De là à l'utiliser
à chaque fois
Un "ras-le-bol"
perceptible
Mettre en pratique au moment opportun ce qui a été
vu en classe il y a 6 mois
Là réside la vraie
difficulté. " Des enjeux personnels, culturels, relationnels,
sexuels, s'opposent alors à des comportements de prévention
", analyse Nicole Athéa, gynécologue et médecin
référent au Centre régional d'information
et de prévention contre le sida (Crips) d'Ile-de-France.
Or, dans l'urgence des années 80, où il fallait
à tout prix freiner l'épidémie, les messages
de peur prévalaient. Ils ont permis une banalisation positive
du préservatif, mais entraîné, à la
longue, un ras-le-bol, en particulier chez les jeunes. "
La peur peut engendrer des comportements de déni ",
explique la Dre Athéa.
Pour améliorer l'efficacité du
message de prévention
et répondre
aux attentes exprimées par les jeunes, les différents
partenaires de la lutte contre le sida et les IST abordent aujourd'hui
ce sujet dans le cadre d'une éducation globale rassurante
sur les premières relations amoureuses et sexuelles
y compris à l'école ! La loi du 4 juillet 2001 relative
à l'IVG et à la contraception(3) a rendu obligatoires
trois séances annuelles d'éducation à la
sexualité, du primaire au lycée. Habituellement
organisées en classe de 4e et 3e, ces séances n'étaient
pas toujours animées par des personnels qualifiés
pour aller au-delà des seules connaissances biologiques
sur le fonctionnement du corps humain. Près de 10 500 intervenants
dûment formés (professeurs, médecins et infirmières
scolaires, assistantes sociales
) sont désormais sur
le terrain et environ 80 % des collèges prévoient
des sessions de ce type.
Mais, sauf en Ile-de-France, seulement 20 % des
lycées le font. Selon le Dr Bernard Batéjat, responsable
du réseau sida ville-hôpital de Charente-Maritime,
" C'est pourtant au lycée et, surtout en fac, qu'il
faudrait en parler, lorsque les jeunes ont une sexualité
concrète. " Pour Marie-Lucie Gosselin, médecin
scolaire et coordinatrice du Groupe national d'information et
d'éducation sexuelle (le Gnies, qui rassemble douze organisations
d'éducateurs et d'associations de familles)(4), de nombreux
efforts restent à fournir : intensification des formations,
réelle réflexion d'ensemble sur la mise en uvre
d'un programme évolutif et non redondant du cours préparatoire
à la terminale, augmentation des moyens horaires et matériels
La juste place des parents
De nombreux relais sont également à la disposition
des jeunes. Plates-formes téléphoniques d'accueil
et, de plus en plus, sites Internet (en témoigne la vitalité
du sytème de réponse par courriel de Sida Info Service),
assurent un anonymat indispensable pour les questions délicates.
Les " répondants " savent écouter, mais
aussi diriger ceux qui en ont besoin vers les lieux appropriés
d'examens ou de soins tels que les centres de planning familial
et les centres de dépistage anonyme et gratuit (Cdag).
Que reste-t-il aux parents, hormis un discours général
sur les risques ? Rien qui concerne la sexualité personnelle
de l'adolescent. Le partage des vécus intimes parents-enfants
n'est pas sain, et dans la plupart des cas rejeté par l'ado.
" D'où la nécessité, pour les parents,
d'accepter d'autres référents adultes : animateurs,
grands frères et surs, tantes, etc. ", indique
la Dre Athéa, du Crips, avant d'ajouter : " L'éducation
et les valeurs que les enfants ont reçues depuis tout petits
doivent cependant être perpétuées. "
Regrettant que, dans ce domaine, trop de parents se défaussent
sur les professionnels, elle lance : " Leur rôle est
plus de donner des limites que des préservatifs ; ceux
qui en achètent à leurs enfants devraient s'interroger
sur la signification de leur geste : protection ?contrôle
? incitation ? Et jusqu'à quel âge ? "
Montrer les limites n'empêche en rien de
rester ouvert à la confidence
Attitude parentale
cependant impensable dans les familles dont les convictions culturelles
et/ou religieuses interdisent toute sexualité avant le
mariage. La sexualité est parfois taboue au point que l'interdit
lui-même est implicite. Avec ce type d'adolescents, le Crips
(comme d'autres intervenants) s'attache à restaurer le
sens des valeurs familiales, tout en expliquant que c'est à
eux de faire le choix de s'y conformer ou non.
Avec tous, un apprentissage de l'écoute
et du respect mutuels filles-garçons s'avère nécessaire.
Les premières attendent toujours, quoi-que parfois sceptiques,
le " prince charmant ", tandis que les seconds se contentent
souvent de l'éducation plus que douteuse des films X !
Pourtant, au-delà des messages reçus de l'extérieur,
" la communication [entre les partenaires] est le meilleur
moyen de prévention
"(5). Comment transformer
le préservatif, jeu sexuel obligé, en instrument
de respect mutuel, si les deux membres du couple sont incapables
de partager leurs besoins, leurs attentes et leurs peurs vis-à-vis
de leurs relations amoureuse et sexuelle ? Le problème
se pose, sans doute, à tous les âges : après
25 ans, l'utilisation du préservatif n'est pas plus répandue
qu'avant.
nathalie vergeron
informations-écoute
Aides : 14, rue Scandicci, 93508 Pantin Cedex. Tél. : 08
20 160 120
(0,12 € la min.). www.aides.org
Centres régionaux d'information
et de prévention contre le sida (Crips) : 33, av. du Maine,
75755 Paris Cedex 15. Tél. : 01 56 80 33 30. www.lecrips.net
Fil Santé Jeunes 0800 235 236 (numéro vert pour
les 12-25 ans), tlj de 8 h à minuit.
www.filsantejeunes.com
Inter service parents (IDF). Tél.
: 01 44 93 44 93 Du lundi au vendredi.
Sida Info Service Tél. : 0800 840 800 (24 h/24, anonyme
et gratuit).
www.sida-info-service.org
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