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Alimentation et supplémentation



Attentivement ...

J'ai lu attentivement l'interview de Maître Robard à propos du livre Santé, mensonges et propagande écrit avec Thierry Souccar, dans votre numéro 317 de décembre 2004. Dans l'ensemble, j'ai beaucoup apprécié ce livre. Cependant, les deux auteurs ne sont pas non plus exempts d'influence : en effet, pour justifier la prise de compléments alimentaires, ils disent que l'étude SU.VI.MAX repose sur une prise de nutriments antioxydants à doses supra nutritionnelles, correspondant en gros à 14 kg de fruits et légumes par jour. C'est faux. La supplémentation pour cette étude a été faite à doses nutritionnelles correspondant aux apports journaliers conseillés ou apports quotidiens recommandés, les deux terminologies coexistent. D'ailleurs, les résultats favorables (moins 30 % de cancers) ne concernent que les hommes et pas les femmes. Cela s'explique sans doute par le fait que les femmes, globalement,
se nourrissent mieux que les hommes et ont d'ores et déjà un statut en antioxydants plutôt satisfaisant. Si SU.VI.MAX avait été à doses supranutritionnelles, il y aurait eu un résultat sur les deux sexes, qui aurait alors prouvé l'intérêt d'apports supérieurs aux doses conseillées en France.
Je pense que, sans être pour autant manipulé ou manipulateur, Thierry Souccar est influencé par ses contacts avec les Américains, très favorables aux supplémentations. Par ailleurs, il a collaboré et écrit des livres avec le Dr Jean-Paul Curtay, qui était (est peut-être toujours) conseiller d'un laboratoire fabricant de compléments alimentaires. Il baigne donc dans une culture de la supplémentation.
De la même façon, un ingénieur EDF, sans pour autant être " vendu ", est persuadé que le nucléaire est sans risque ou qu'on maîtrisera le risque grâce à la science, et un salarié de chez Monsanto pense que les OGM feront le bonheur de l'humanité. Ils y sont obligés, d'une part par " l'esprit d'entreprise ", d'autre part pour leur santé mentale : s'ils travaillaient chaque jour en se disant que ce qu'ils font est stupide ou nocif, ils deviendraient fous ! D'ailleurs, de plus en plus de salariés deviennent fous (dépressifs) ou démotivés, ce qui prouve qu'ils commencent à réaliser que nous vivons dans un monde économique absurde… L'étape prochaine sera d'agir pour le changer.
Très cordialement, Françoise Simpère


... très attentivement

La réponse des auteurs : Thierry Souccar et isabelle RObard
1. La lettre ci-dessus fait référence aux " apports conseillés ", établis par des experts et qui sont une notion à visée de santé publique : les apports réels en vitamines des Français peuvent être égaux, supérieurs ou inférieurs aux " apports conseillés ". Quand Isabelle Robard indique que les suppléments d'antioxydants donnés dans l'étude SU.VI.MAX l'ont été à " doses supra-nutritionnelles ", elle veut dire qu'il s'agit d'apports supérieurs à ceux qui sont fournis par l'alimentation quotidienne, quel que soit le niveau par ailleurs des apports conseillés. Elle a entièrement raison, comme le montre ce qui suit. Mais même si on prend le niveau des apports conseillés en vigueur au moment du lancement de l'étude, les doses de SU.VI.MAX restent supérieures à ces valeurs. En voici la démonstration :
- Vitamine E : la pilule SU.VI.MAX apporte 30 mg/j, soit 4 fois les quantités réellement fournies par l'alimentation et 2,5 fois les apports conseillés ;
- Vitamine C : 120 mg/j, soit 2 fois les quantités réellement apportées par l'alimentation et 2 fois les apports conseillés ;
- Bêta-carotène : 6 mg/j, soit 3 fois les quantités réellement apportées par l'alimentation (pas d'apport conseillé) ;
- Sélénium : 100 mµ/j, soit 2 fois les quantités apportées par l'alimentation et 1,5 fois les apports conseillés ;
- Zinc : 20 mg/j, soit 2 fois les quantités apportées par l'alimentation et 1,5 fois les apports conseillés.
(Si l'on prend en compte les nouveaux apports conseillés de 2001, les rapports ne changent pratiquement pas.)
Les personnes recevant le complexe réel multiplient leurs apports :
- En vitamine E : par 5
- En bêta-carotène : par 4
- En vitamine C, sélénium, zinc : par 3.
En résumé, Isabelle Robard a tout à fait raison de parler de doses supra-nutritionnelles pour la pilule SU.VI.MAX.

2. Les 14 kilos de fruits et légumes évoqués par Isabelle Robard sont une réponse au message des auteurs de SU.VI.MAX lorsqu'ils prétendent que l'on peut obtenir autant d'antioxydants que ceux qu'apportent leur pilule en mangeant notamment 5 fruits et légumes par jour.
La vitamine E se trouve dans les fruits et légumes en moyenne à 1 mg pour 100 g ce qui nécessiterait d'en consommer 3 kg par jour pour obtenir la dose de 30 mg présente dans le complément. Même les oléagineux en contiennent peu (de 5 à 10 mg pour 100 g) à l'exception des noisettes et des amandes (20 mg par 100 g), ce qui exigerait de manger chaque jour 150 g de noisettes ou d'amandes.

Les fruits et légumes contiennent environ 0,15 mg de zinc par 100 g, ce qui demanderait d'en consommer 13 kg par jour, sans compter que seul le zinc des protéines animales est bien absorbé. De ce fait la suggestion des auteurs de SU.VI.MAX d'obtenir une partie du zinc par du riz et du pain complet n'est pas appropriée.
On peut obtenir en moyenne 7 microgrammes de sélénium avec 100 g de fruits et légumes, il en faudrait donc plus de 14 kg par jour pour nous fournir les 100 microgrammes du complément utilisé dans l'étude. Il est donc faux d'indiquer aux Français qu'en consommant 5 fruits et légumes par jour, ils atteindront le même impact anticancer que celui rapporté par l'étude SU.VI.MAX.

3. Alimentation et complémentation ne sont pas antinomiques. On peut faire la promotion d'une alimentation plus saine, comme nous le faisons dans notre livre et accepter aussi les atouts des compléments alimentaires. Ceux-ci ont, par définition, mission de compléter l'alimentation, non pas de la remplacer comme le suggère SU.VI.MAX qui prétend que la capsule n'aurait été utilisée que pour remplacer de manière plus pratique le véritable conseil alimentaire. Le complément utilisé dans l'étude SU.VI.MAX ne peut pas prétendre être l'équivalent d'un recommandation alimentaire beaucoup plus complexe.

4. Thierry Souccar est heureux plutôt qu'embarrassé d'avoir été " influencé " par sa vie passée aux Etats-Unis et ses contacts sur place. Il leur doit pragmatisme, esprit critique et intérêt des toutes premières heures pour les rôles préventifs de l'alimentation et celui de la complémentation nutritionnelle. C'est grâce à ces influences qu'il contribue depuis près de 15 ans à une meilleure prise en compte de la nutrition dans notre pays. Le premier livre de Thierry Souccar sur les bénéfices des compléments alimentaires a été publié en 1991, 4 ans avant sa rencontre avec le Dr Jean-Paul Curtay, dont il partageait déjà, sans le connaître, l'essentiel des vues.





 

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