Alternative
Santé : Qu'apportent les huiles à l'organisme ?
Dr Philip Keros: D'abord de
l'énergie puisqu'un gramme de lipide fournit à l'organisme
9 kilocalories. Ensuite, des vitamines liposolubles, en particulier
A et E, cette dernière étant antioxydante vis-à-vis
des radicaux libres.
Alternative Santé
: Quels autres nutriments apportent-elles ?
Dr Philip Keros: Lorsqu'elles sont de première pression
à froid : des polyphénols, qui agissent comme de
puissants antioxydants au même titre que la vitamine E,
ainsi que des phytostérols, de la famille des stérols,
dont la structure est proche du cholestérol, et qui empêchent
la formation du " mauvais " cholestérol. On peut
également retrouver d'autres substances précieuses
telles que des caroténoïdes (Bêta-carotène
ou provitamine A), de la sésamine, mais surtout des acides
gras, essentiels à la vie, sur lesquels la doctoresse Catherine
Kousmine avait attiré l'attention dès les années
60, s'appuyant sur les travaux de la Dre Johanna Budwig. Cette
dernière avait montré, en 1959, lors d'une conférence
à Zürich, " l'intérêt de l'huile
de lin dans la prévention des polyarthrites, cancers et
autres pathologies dégénératives ".
On sait aujourd'hui que cette huile contient l'acide alpha-linolénique,
chef de file des oméga 3 végétaux, dont nous
manquons souvent et dont on reconnut l'importance, en France,
quelque quarante ans plus tard !
Alternative Santé
: Que se passe-t-il lorsque les huiles sont raffinées ?
Dr Philip Keros: Afin que l'on puisse extraire davantage d'huile
des graines, celles-ci sont chauffées bien au-delà
de 52°C et parfois traitées avec des solvants pétroliers
tel l'hexane, dont on peut retrouver des traces dans l'huile raffinée.
Première conséquence de ce procédé
d'extraction : la dénaturation d'un des acides gras essentiels
de l'huile : l'acide linoléique. Quand on chauffe l'huile,
une partie de la molécule devient toxique.
Comme le précisait la doctoresse Kousmine : " ces
huiles qui sont portées à très hautes températures,
qui supportent très bien l'air, la chaleur, la lumière
ne peuvent plus entretenir notre santé ". Les autres
substances essentielles, telles que certaines vitamines ou les
polyphénols, sont également dénaturées,
voire détruites.
Alternative Santé
: Quels sont les effets des acides gras que l'on trouve surtout
dans l'huile d'olive ?
Dr Philip Keros: De nombreuses études montrent que les
acides gras mono-insaturés ont des effets positifs sur
le système cardiovasculaire. Ils réduisent les risques
d'affections cardiaques et de troubles circulatoires, ainsi que
le taux de mauvais cholestérol et ils améliorent
le fonctionnement de la glande thyroïde. Des travaux de chercheurs
américains viennent de mettre en évidence que l'acide
oléique (présent notamment dans l'huile d'olive)
réduit de façon importante les niveaux du gène
cancéreux connu sous le nom d'erb B-2, dont le taux est
élevé dans les cancers du sein.
Alternative Santé
: Et les acides gras oméga 3 et 6 ?
Dr Philip Keros: Ces acides gras dit polyinsaturés (AGPI)
sont indispensables à la vie, en particulier à la
préservation d'une bonne santé. Pour la doctoresse
Kousmine, ils interviennent dans la structure et l'étanchéité
des membranes cellulaires, de façon à ce qu'elles
ne deviennent pas trop perméables. Ce qui est capital pour
prévenir le passage des toxines infectieuses dans le corps,
en particulier au niveau de l'intestin puisqu'il n'est formé
que d'une seule couche de cellules. Les AGPI assurent la fluidité
de ces membranes. Ils interviennent encore dans la synthèse
des prostaglandines (PGE), et autres substances apparentées
et dont la fonction principale est la régulation de
nos moyens de défense. Les prostaglandines étant
fabriquées à partir des acides gras poly-insaturés,
cela explique qu'en cas de déséquilibre de ces derniers,
la production de certaines prostaglandines, en particulier des
PGE1 (possédant des propriétés anti-inflammatoires),
soit déficiente. Les acides gras polyinsaturés agissent
donc sur l'immunité. Ils ont des propriétés
primordiales vis-à-vis des maladies inflammatoires et dégénératives
chroniques et une incidence forte sur la prévention des
cancers.
Ils réduisent les risques cardiovasculaires en diminuant
les triglycérides et le " mauvais " cholestérol
et en augmentant le HDL qui est le bon. Ils diminuent également
l'athérogénèse et l'agrégation plaquettaire.
Ils sont donc très précieux pour prévenir
les coronaropathies, les thromboses et l'infarctus. Ainsi l'étude
dite " Étude de Lyon " du Pr Serge Renaud et
qui a porté sur 600 patients venant de subir un accident
coronarien a montré une réduction de mortalité
de 70 % en intégrant environ 20 g d'huile de colza dans
l'alimentation quotidienne.
Les AGPI interviennent également dans la constitution de
la myéline, la gaine protectrice des nerfs (1). Les recherches
de Catherine Kousmine, notamment, ont montré leur intérêt
dans les pathologies démyélinisantes, telle que
la sclérose en plaques (2). Ils sont aussi des constituants
de base de la cellule nerveuse et sont donc irremplaçables
dans le domaine de la neurologie : dépression, troubles
du comportement, mémoire, etc. Ils agissent, en outre,
sur la fertilité, la sécheresse de la peau, la régulation
hormonale, la rétine
Alternative Santé
: Quels sont les acides gras que l'organisme ne peut pas produire
lui-même et qui doivent donc obligatoirement être
apportés par l'alimentation ?
Dr Philip Keros: On distingue deux familles d'AGPI :
- Les oméga 6, dont le chef de file est l'acide linoléique,
d'origine végétale (tournesol linoléique,
colza
) qui doit être impérativement apporté
à l'organisme par l'alimentation et à partir duquel
il synthétise l'acide gamma-linolénique, puis l'acide
di-homo gamma linolénique aux effets protecteurs, et, en
bout de chaîne, l'acide arachidonique aux effets inflammatoires.
Un excès dans la consommation d'oméga 6, et plus
précisément d'acide arachidonique d'origine animale,
en particulier issu de viandes rouges, est préjudiciable
à la santé. Des risques cardiovasculaires, de diabète,
de pathologies dégénératives, de cancer,
d'eczéma
sont alors induits. C'est pourquoi nous
recommandons, à la fois, que l'apport des oméga
6 se fasse par des huiles non raffinées et de limiter la
consommation des viandes rouges.
- La seconde famille est représentée par les oméga
3, dont le chef de file est l'acide alpha-linolénique,
d'origine végétale (colza, lin, noix
), qui
doit, lui aussi, être apporté par l'alimentation
et à partir duquel l'organisme synthétisera des
acides au rôle protecteur.
Attention, un excès en faveur des oméga 3, qui engendre
une grande fluidité du sang, peut entraîner des hémorragies
pouvant se révéler très graves. Mais ceci
ne se produit qu'avec les oméga 3 d'origine animale.
Alternative Santé
: On dit que notre alimentation est trop riche en oméga
6 par rapport aux oméga 3
Dr Philip Keros: Oui, parce que nous consommons trop de graisses
saturées contenues dans les viandes rouges et laitages
au détriment des poissons notamment. En ce qui concerne
les huiles par exemple, un certain nombre sont riches en oméga
6 mais assez pauvres en oméga 3, c'est pourquoi il est
important de ne pas oublier ou, dans certains cas de privilégier,
celles qui sont riches en acides gras oméga 3. Le rapport
entre oméga 3 et oméga 6 devrait être de un
sur cinq, voire de un sur quatre. Dans la réalité,
il varie plutôt de un sur vingt à un sur dix.
Alternative Santé
: Quelle quantité d'huile doit-on absorber pour arriver
à ce rapport optimum ?
Dr Philip Keros: Il est recommandé d'absorber, à
midi, deux cuillers à café d'huile crue sur des
crudités et un peu sur ses légumes cuits. Et d'en
consommer, à nouveau, le soir, deux cuillères à
café sur ses crudités, légumes ou même
dans sa soupe. Soit au total, deux cuillères à soupe
d'huile par jour.
Alternative Santé
: Quelles huiles privilégier ?
Dr Philip Keros: L'idéal est d'équilibrer les huiles
riches en oméga 6 (pépins de courge, carthame et
tournesol linoléiques - voir fiches pratiques,
p. 29-32 -, chanvre, sésame
) avec celles qui le sont
en oméga 3 (périlla, caméline, noix, colza,
lin - ailleurs qu'en France) et de veiller à consommer
des poissons des mers froides, tels que maquereaux et sardines,
eux aussi riches en oméga 3.
* Membre du bureau de l'Association Kousmine
France et de la Fondation Kousmine.
(1) Substance qui forme un manchon autour de l'axone de certaines
fibres nerveuses.
(2) À lire La sclérose en plaques est guérissable.
(éd. Delachaux et Nieslé).
adresse
Association Kousmine France, Résidence Le Saint James 2,
3, rue Pierre-Palliot, 21000 Dijon. Tél. : 03 80 41 70
35.
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