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Très peu volatils, solubles à la
fois - ce qui est rare - dans l'eau et les graisses ainsi que
dans les autres solvants (benzène, essence de térébenthine
),
très faciles à étaler, les éthers
de glycol gagnent rapidement les faveurs des industriels dans
les années soixante. Et celles d'un public ravi d'utiliser
des nouvelles peintures sans odeur, des lave-vitres qui ne laissent
plus d'auréoles, des shampoings plus doux, des crèmes
plus pénétrantes
Mais la mariée était
trop belle : très vite, des études dénoncent
les effets négatifs de certains éthers de glycol
sur la fertilité, le développement embryonnaire
(avortement et problèmes de malformations), et les suspectent
de propriétés cancérigènes.
Août 1999, les mesures tombent pour quatre
d'entre eux, à la toxicité bien établie (EGME,
EGMEA, EGEE, EGEEA) : leur emploi est interdit en pharmacie et
en cosmétologie ; il est limité à 0,5 % en
usage domestique dans les peintures, vernis, produits ménagers
; mais reste libre en usage professionnel - plus d'1 million de
personnes y seraient exposées dans le cadre de leur travail.
Un comble, pour le Collectif Ethers de glycol (lire encadré
p. 33) qui dénonce des mesures s'arrêtant à
la porte des entreprises, " alors que par nature l'exposition
est plus forte que dans le cadre domestique ", même
si, comme le défend le législateur, les salariés
doivent être tenus informés de la toxicité
des substances manipulées (1).
Mai 2003, trois autres éthers de glycol
(EGDME, DEGDME, TEGDME) se voient à leur tour interdits
dans les médicaments et les cosmétiques, mais aucune
décision n'est prise concernant leur utilisation en milieu
professionnel.
Juin 2003, un huitième éther de
glycol, le DEGEE (pour diethylene glycol monoethyl ether, autrement
dit l'éther monoéthylique de diéthylène
glycol) défraye la chronique. Utilisé comme excipient
dans le Pilosuril® et l'Urosiphon®, des diurétiques
à base de plantes commercialisés par les laboratoires
Fabre, le DEGEE a conduit à un décès, des
lésions rénales irréversibles imposant la
mise sous dialyse de quatre personnes et au développement
d'une insuffisance rénale chronique chez un sixième
malade. Provisoirement retirés du marché, Pilosuril®
et Urosiphon® ont récemment retrouvé, après
changement de formule, leur place sur les comptoirs des officines
! Imprévisibles ces accidents ? " La toxicité
rénale du DEGEE est décrite depuis les années
40, indique André Cicolella, chercheur à l'Ineris
(2) et spécialiste du sujet, aussi a-t-on du mal à
comprendre l'assurance des experts de l'Association française
de sécurité sanitaire des produits de santé
qui écrivaient, en juin 2003, que le DEGEE pouvait être
considéré comme un excipient dépourvu de
toxicité. " Plus étrange encore, des spécialités
pharmaceutiques : Dextrarine® Phénylbutazone, Estreva®,
I.R.S®, Lysanxia® (sol. buvable), Natispray®, Nestrogyl®,
Neuriplege®, Pyreflor® et Spregal® affichent encore
du DEGEE dans leur formulation 2005.
Fin octobre 2004, face à l'incohérence
des décisions prises et des risques encourus, l'Association
des accidentés de la vie (Fnath) demande de procéder
à des études scientifiques indépendantes
permettant d'appréhender tous les effets des éthers
de glycol sur la santé. Le 16 décembre, la Commission
des affaires économiques du Sénat saisit l'Office
parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et techniques
afin d'étudier " les problèmes posés
par la fabrication industrielle des éthers de glycol, notamment
du point de vue des enjeux économiques et de la protection
des consommateurs ".
En réponse sans doute à ce tir de barrage, le 4
janvier 2005, la Fédération des industries publie
un communiqué assurant n'utiliser dans ses produits de
parfumerie, d'hygiène, de toilette, de beauté et
soins du cheveu que quatre éthers de glycol, " tous
autorisés par la Directive cosmétique européenne
et la loi française, après que l'Afssaps a procédé,
en août 2003, à la réévaluation de
leur usage dans les produits cosmétiques ". Ce sont
les DEGEE, EGBE, EGPhE et DEGBE. Si ces deux derniers ne semblent,
en l'état actuel des connaissances, être à
l'origine d'aucun effet indésirable, ce n'est pas le cas
du DEGEE dont il est question plus haut. Quant à l'EGBE,
plus connu sous le nom de butylglycol, une série d'études
pointe différents désordres qu'il produit chez l'animal
: problèmes sanguins et vasculaires, cancers du foie et
de l'estomac, et dans les conclusions de l'expertise collective
réalisée par l'Inserm en 1999, il se trouve classé
parmi les substances cancérigènes. Conformément
à la Directive européenne, il n'est pas obligatoire
que ces substances apparaissent sur les étiquetages, sauf
si elles entrent à plus de 0,5 % dans la composition du
cosmétique ou du produit ménager.
Bannir
définitivement leur usage
Comment en est-on arrivé là ? Les éthers
de glycol sont un exemple parmi d'autres (comme les pesticides
)
des centaines de milliers de molécules chimiques dispersées
dans notre environnement sans que leur toxicité ait été
évaluée. " Si le programme européen
REACH (Registration, Evaluation, Authorization of Chemicals) avait
existé au moment du développement des éthers
de glycol, estime André Cicolella, leur mise sur le marché
n'aurait pas été autorisée. "
Puis, la machine s'est emballée, au fur et à mesure
où les effets toxiques étaient prouvés pour
un éther de glycol, l'industrie se rabattait sur un autre.
" La campagne faite contre ceux qui sont toxiques pour la
reproduction : les quatre premiers cités, continue André
Cicolella, a fait reculer de 97 % leur utilisation dans l'industrie,
qui se reportait successivement sur des cousins de la famille.
"
N'aurait-il pas été plus simple de bannir définitivement
l'usage de tous les éthers de glycol ? Il en existe une
branche, la série P (pour Propylène glycol), qui
sont composés d'une dizaine de molécules, qui ne
semblent pas présenter d'inconvénients pour la santé
(3). Certains industriels (en pharmacie notamment) se sont d'ailleurs
déjà massivement tournés vers eux, (plus
de 450 spécialités en contiennent) anticipant d'éventuelles
obligations. Une sage attitude qu'on aimerait voir se généraliser,
pour le bien-être et la sécurité de chacun.
Le 3 janvier 2005 s'ouvrait le premier procès intenté
contre l'employeur d'une ouvrière de sérigraphie
: Claire Naud (interviewée dans Alternative Santé
n° 271 d'octobre 2000). Ayant manipulé professionnellement
et sans précaution durant sa grossesse des éthers
de glycol toxiques pour la reproduction, elle a donné naissance
en 1992 à Roxane, une fillette sévèrement
handicapée. Dans son jugement rendu à la mi-mars,
le tribunal nommait un collège de trois experts chargé
de déterminer s'il y a bien un lien de cause à effet
entre l'exposition aux substances et les malformations dont souffre
Roxane.
La saga des éthers de glycol, est loin d'être terminée
cécile
baudet
À SAVOIR
Collectif Éthers de glycol
Créé en janvier 1998, ce collectif regroupe l'Association
des accidentés de la vie (Fnath), l'Association des victimes
des éthers de glycol (AVEG), la confédération
CGT, la fédération Chimie-Energie CFDT, la Fédération
nationale de la mutualité française, la Fédération
des Mutuelles de France, le Syndicat national des médecins
du travail, la Ligue nationale contre le cancer. Il demande :
- l'interdiction en milieu professionnel des éthers de
glycol toxiques pour la reproduction ;
-la réalisation d'une cartographie des populations exposées
;
-le développement de recherches indépendantes sur
les EG ;
-l'évolution de la réglementation de la réparation
pour les victimes, car les victimes directes (les enfants de salariés
exposés), ne sont pas liées à l'employeur
par un contrat de travail. C. B.
Le secrétariat du Collectif est
domicilié à l'antenne nationale de la Fnath : 38,
boulevard Saint-Jacques, 75014 Paris. Tél. : 01 45 35 00
77. antenne.nationale@fnath.com
www.fnath.org.
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