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Invité des 2e Rencontres d'Alternative
Santé (1) le Dr Alexander Molassiotis, professeur d'université
à Manchester (Royaume-Uni), auteur de l'étude publiée
dans Annals of Oncology (voir p. 11), a répondu, en avant-première,
à nos questions.
Alternative Santé
: Pourquoi en êtes-vous venu à vous intéresser
aux médecines complémentaires ?
Dr A. Molassiotis : Il y a quelques années, je travaillais
à Hong Kong auprès de malades cancéreux,
et je trouvais frustrant notre incapacité à les
aider, à maîtriser leurs symptômes ainsi que
les effets secondaires des traitements. Vivant dans un contexte
oriental, où la médecine traditionnelle chinoise
côtoie la médecine orthodoxe, j'eus l'occasion de
m'intéresser à d'autres façons de considérer
mon travail. Très intrigué par quelques résultats
positifs surprenants et ayant personnellement essayé l'acupuncture
pour des problèmes de santé, j'ai décidé
d'étudier soigneusement cela. J'ai appris l'acupuncture
et l'usage des plantes. À mon retour en Angleterre, j'ai
essayé d'intégrer ces connaissances dans ma pratique
auprès des malades. Ce qui m'a conduit à développer
mon propre programme de recherche (sur l'efficacité de
cette approche pour, par exemple, limiter les nausées lors
des chimiothérapies)
et à mener, avec succès,
différents essais.
A. S. : Pourquoi
prêter tant d'attention à ces thérapies ?
Dr A. Molassiotis : Comme un tiers des malades cancéreux,
voire un peu plus, y ont recours, il est important d'en tenir
compte et d'en parler aux patients, car certaines thérapies
peuvent interférer négativement avec les traitements
classiques. Par exemple, le millepertuis, utilisé dans
les états dépressifs légers [tels ceux rencontrés
parfois chez les malades cancéreux NDLR] est contre-indiqué
avec les anticoagulants et déconseillé lors des
radiothérapies car il augmente la sensibilité aux
rayonnements. Nous devons être prudents dans le maniement
de ces thérapies pour éviter de compromettre davantage
l'état des malades.
A. S. : Pour quelles
raisons les malades se tournent-ils vers les médecines
complémentaires et alternatives ?
Dr A. Molassiotis : Ils espèrent ainsi mieux lutter contre
la maladie et se donner tous les moyens de bien faire. Ils veulent
prendre part activement à leur traitement et faire face
à la survenue de troubles physiques ou psychologiques.
Notre étude montre que la plupart des patients recourant
aux MCA sont atteints de cancers de moins bon pronostic (comme
les cancers du foie ou du cerveau
). Cela donne à
penser que ces patients, pour qui la médecine classique
dispose de moins de moyens, trouvent dans les médecines
complémentaires et alternatives d'autres possibilités.
A. S. : Comment êtes-vous
entré en contact avec les autres pays ?
Dr A. Molassiotis : La collaboration s'est faite avec différentes
sociétés et associations d'infirmier(e)s de cancérologie,
toutes membres de la Société européenne d'infirmiers
en cancérologie. Vingt-deux contacts ont été
pris, notamment avec l'Association française des infirmières
de cancérologie. Seules, 14 ont répondu favorablement.
A. S. : Beaucoup
des malades qui ont répondu ont dit qu'ils ne voulaient
pas révéler à leurs thérapeutes qu'ils
utilisaient les médecines complémentaires. Pourquoi?
Dr A. Molassiotis : Les malades craignent que les soignants, particulièrement
les médecins, ne montrent leur désaccord profond
et les critiquent en les jugeant sévèrement. En
d'autres termes, les malades n'ont pas assez confiance pour en
parler. Cette défiance peut nuire à l'établissement
des bons rapports nécessaires au succès du traitement.
Ce faisant, les malades sont privés d'un autre avis sur
les thérapies entreprises, ce qui leur permettrait de choisir
en étant bien informés et sans se mettre en danger.
A. S. : Quelles conclusions
tirez-vous de votre étude ?
Dr A. Molassiotis : Le recours aux médecines alternatives
est élevé en Europe, malgré l'opposition
des professionnels de santé. Cela met en lumière
la nécessité d'augmenter nos connaissances en la
matière et de renforcer leur enseignement auprès
des équipes soignantes.
A. S. : Quel avenir
voyez-vous aux médecines complémentaires ?
Dr A. Molassiotis : En dépit de ce que pensent les professionnels
au sujet des médecines com0plémentaires, leur usage
va durer. Nous devons tous nous interroger à leur propos,
travailler à accroître les connaissances à
leur sujet, pour fournir une information pertinente aux malades
et avoir un point de vue équilibré sur ce qu'elles
peuvent apporter. Les malades doivent pouvoir en parler ouvertement.
Les professionnels doivent les écouter sans émettre
de jugement.
propos recueillis par Cécile Baudet
(1) 20 avril 2005 à Paris.
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