Dans La Sagesse exercée
(éd. La Table Ronde), Jacques Castermane nous montre
l'importance des exercices corporels pour accéder à
la paix de l'âme
Alternative Santé
: Vous enseignez " la voie de la technique ". Qu'entendez-vous
par là ?
Jacques Castermane : Dans notre vie personnelle ou professionnelle,
nous sommes sans cesse préoccupés par ce qui n'est
plus ou ce qui n'est pas encore, par le désir de réussir
ou la crainte d'échouer. Pour trouver la paix de l'âme,
il faut être centré sur le présent. Mais
pour y arriver, la bonne volonté ne suffit pas. Il faut
s'y exercer. À la suite du philosophe allemand Graf Dürckheim,
je propose des exercices utilisés dans les écoles
zen au Japon. La philosophie en Occident est trop souvent réduite
à une activité théorique et abstraite.
Or sans un travail sur le corps, on ne peut accéder à
la sagesse qui est le but de toute philosophie. C'est pour cela
que je propose une voie trop peu explorée dans la tradition
philosophique occidentale que j'appelle " la voie de la
technique ".
Alternative Santé
: Pouvez-vous nous présenter cet enseignement ?
Jacques Castermane : La principale technique, c'est l'assise
en silence (la méditation). Pendant une demi-heure, vous
êtes confronté(e) à toutes les réactions
mentales et émotionnelles possibles. Vous allez sentir
des tressaillements dans l'épaule, un mouvement involontaire
dans les jambes. Si vous réagissez contre ces mouvements,
vous allez vous crisper. La tension peut réveiller une
douleur ou simplement vous agacer. Une scène désagréable
peut vous revenir en mémoire. Inversement, vous pouvez
vous sentir bien, vous mettre à rêver. Dans la
méditation silencieuse, il n'y a pas d'interprétation
de ces réactions, vous vous contentez de les observer.
La méditation est suivie de dix minutes de marche lente
en silence. Bien sûr tout le monde marche, mais qui observe
comment il marche ? Là encore, vous observez sans jugement
vos sensations. La lenteur de la marche vous libère de
la précipitation. Nous avons aussi des exercices très
simples qui reposent sur le geste, le toucher, la respiration,
ainsi que des ateliers d'aïkido ou de taï-chi-chuan.
Il ne s'agit pas d'une simple gymnastique ou d'un moyen de relaxation.
Cela facilite l'émergence progressive d'un sentiment
de confiance, de bonheur, de présence à l'instant.
Alternative Santé
: Comment se fait ce processus ?
Jacques Castermane : Nous avons une connaissance objective des
éléments qui composent le corps. Mais nous n'avons
pas une connaissance suffisante de notre corps subjectif, du
corps que l'on vit. Ouvrir une porte, laver une assiette ou
écouter quelqu'un, tous ces gestes entraînent une
multitude de réactions affectives et mentales. Apprendre
à les observer permet de développer ce qui manque
le plus à l'homme moderne : l'attention. La répétition
quotidienne de tels exercices opère un travail minutieux
sur l'âme. Un jour, vous n'êtes plus dans la volonté,
vous lâchez-prise et ce travail libère l'esprit,
votre nature profonde. Les artistes vous diront que lorsqu'ils
maîtrisent parfaitement leur technique, ils n'ont plus
l'impression d'agir par eux-mêmes, mais qu'ils sont portés
de l'intérieur. De même en méditation, un
jour vous ressentez une immobilité qui ne vient pas de
votre volonté, vous arrivez au lieu où règne
la paix de l'âme. Mais il faut être modeste : cela
se fait pas à pas.
en
quelques lignes Jacques Castermane
Ancien kinésithérapeute et enseignant d'aïkido, Jacques
Castermane s'est formé auprès de Karlfried Graf Dürckheim
(1896-1988), philosophe et psychothérapeute allemand, qui l'initie
aux techniques du zen. Depuis 1981, il dirige le Centre Dürckheim,
inauguré en présence de ce dernier. Il y enseigne "
la voie de la technique ". Des sessions à thème sont
animées par des intervenants extérieurs.