
Un grand merci à tous ceux qui nous
ont rejoints. Notre merci va également aux intervenants
que nous nommerons par souci d'égalité dans l'ordre
alphabétique : Philippe Bataille (sociologue), Alain
Dumas (médecin cancérologue spécialisé
dans le domaine des médecines complémentaires),
Alexander Molassiotis (auteur d'une enquête européenne
sur le recours aux médecines complémentaires et
venu spécialement de Manchester pour présenter
son travail concernant 956 malades), Anne-Marie Tubéry-Claustres
(médecin homéopathe, présidente de Miss,
Mouvement d'information sur la santé du sein) et Pierre
Tubéry (médecin cancérologue, qui a mis
au point des extraits de plantes tirés de la pharmacopée
africaine). La clarté de leur propos, la discipline des
temps de parole à laquelle ils se sont sympathiquement
pliés, sur le rappel souvent plein d'humour de Pierre
Dhombre, l'animateur des débats, la complémentarité
de leurs interventions et la maîtrise qu'ils avaient chacun
de leur sujet, ont apporté à ces Rencontres une
rigueur incontestable sans perdre en simplicité, humanité
ni conviction.
Le Dr Molassiotis est intervenu en premier
: " En moyenne, a-t-il résumé, un malade
du cancer sur trois utilise les médecines complémentaires.
En priorité celles à base de plantes - une centaine
au total, souvent les spécialités en usage dans
le pays : extraits de gui en Suisse, macérats de feuilles
d'olivier dans de l'Ouzo pour la Grèce
" L'homéopathie
fait également partie des cinq approches les plus utilisées.
Entre avant et après le diagnostic, un bouleversement
s'opère : le nombre de patients recourant aux plantes
triple, celui prenant des vitamines et minéraux double
De qui émanent les conseils ? Dans les 3/4 des cas, ils
viennent des amis et de la famille, seuls 1 % des malades sont
guidés par un avis médical. Et cela n'est pas
toujours sans risque. " Certaines plantes peuvent réagir
avec les traitements classiques, affirme Alexander Molassiotis,
citant l'épine noire utilisée pour combattre les
bouffées de chaleur des femmes sous hormonothérapie,
et susceptible d'augmenter la toxicité d'une chimio,
ou le cas du ginseng qui interagit avec les anticoagulants.
D'où la nécessité de bien les étudier,
pour les inclure dans une approche holistique de la maladie
et faciliter une meilleure prise en charge des malades. "Interrogé
à son tour, Philippe Bataille confirme l'ampleur des
chiffres avancés par le Dr Molassiotis concernant le
recours aux médecines complémentaires par les
malades atteints de cancer. " Ils me sembleraient même
plus importants, estime le
sociologue, qui a rencontré
des centaines de personnes touchées par la maladie, surtout
chez celles qui rechutent. À cela on peut avancer plusieurs
raisons. D'une part le temps de survie augmente, mais dans des
conditions parfois difficiles. Je me souviens de cette femme
révoltée s'exclamant : "À quoi ça
sert de me soigner aussi bien si c'est pour vivre aussi mal".
La médecine classique n'a alors pas de réponse,
tandis que les médecines alternatives offrent une autre
manière de penser la maladie, de se prendre en charge,
de se placer au cur de soi, de mieux se connaître.
Par ailleurs elles permettent, surtout quand on vous a déclaré
" guéri " de se mettre en veille, de rester
vigilant aux moindres défaillances, capable de se mobiliser
très rapidement au cas où
". Philippe
Bataille témoigne aussi du mépris des cancérologues
officiels pour ces approches, de leur dédain pour les
courriers que leur adressent les homéopathes qui suivent
également les malades.
Un droit pour les
malades
La Dre Tubéry-Claustres renchérit sur cette possibilité
qu'offrent les médecines complémentaires de se
reprendre en main. Mais insiste également sur le taux
de confort et de soutien, le soulagement qu'elles procurent.
" Pour les malades, revendique-t-elle, c'est un droit.
Pour nous médecins, c'est un devoir de les utiliser.
" Par exemple, pour relancer les défenses immunitaires
effondrées, il existe la grande homéopathie du
stress, mais aussi la teinture de Gnidia.
" Il ne faut pas croire, intervient Alain Dumas, qu'un
choc psychologique déclenche le cancer. Mais si le corps
de l'individu qui est soumis à un stress important contient
des cellules cancéreuses prêtes à s'exprimer,
le choc enlève les freins " qui maintenaient le
processus sous contrôle. Cette précision donnée,
il resitue sa pratique des médecines complémentaires
: pour prévenir la survenue de cancers sur des terrains
précancéreux comme dans le cas des polypes intestinaux
; en accompagnement des protocoles classiques pour aider le
cur, les reins et le foie à mieux supporter les
effets de la chimiothérapie, pour prévenir les
inflammations et les fibroses induites par la radiothérapie
; en post-cure pour traiter les déséquilibres
organiques et enfin pour retarder ou empêcher les récidives.
" On peut jouer sur l'environnement tumoral, explicite
encore le Dr Dumas fort de son expérience quotidienne,
avec des traitements enzymatiques, comme les péroxydases
de Solomidès, ou prévenir la mutagénicité
des médecines conventionnelles grâce aux produits
de Beljanski. " Quant à l'extrait de gui , le fameux
Viscum album ou Iscador®, une étude faite en Allemagne
prouve qu'il assure, en complément des médecines
classiques, une survie plus importante aux malades. Cette façon
de travailler qu'Alain Dumas défend avec force et conviction
lui ont valu douze ans de procédures avec le conseil
de l'ordre, un comble pour cet ancien médecin-colonel
de l'armée de l'air et chef de service à l'Hôpital
du Val-de-Grâce, poursuites qu'il a toutes gagnées
sans être pour autant indemnisé des préjudices
subis. " Le conseil de l'ordre des médecins est
le dernier tribunal d'exception existant encore en France ",
tonne-t-il, dénonçant les ennuis rencontrés
par de nombreux médecins contraints à l'exil ou
à rentrer dans le rang.
Une réelle efficacité
De son accent chantant du sud, Pierre Tubéry évoqua
les recherches qu'il a effectuées après s'être
mis à l'école des guérisseurs africains.
" Je défie quiconque, prévient le vieux médecin
de brousse, de vivre sous des climats aussi durs s'il ne dispose
pas de remèdes efficaces ", soulignant par là
la richesse de la pharmacopée traditionnelle. Il a particulièrement
étudié trois plantes : le Desmodium adscendens
dont l'activité protectrice du foie a été
évaluée chez le rat, en mesurant leur taux de
transaminases (une enzyme hépatique) ; le Securidata
longepedonculata utile dans le cadre des maladies auto-
immunes et les fibroses ; le Gnidia kraussiania qui a fait l'objet
d'études expérimentales à Villejuif sur
des souris leucémiques. Une plante méditerranéenne
voisine, le Daphne gnidium, plus riche en principe actif sert
désormais pour fabriquer un composé : le DPG,
très intéressant dans les leucémies myéloïdes
chroniques, les myélomes multiples. Mis au courant des
résultats de plusieurs tests avec le DPG, " neuf
hématologues étaient prêts à signer
des protocoles expérimentaux, mais l'Agence du médicament
a exigé d'autres essais dont le coût dépassait
largement nos moyens, regrette-t-il, en ajoutant que des contacts
sont en cours avec des pays émergents. Les autorisations
de mise sur le marché coûtent des milliards de
centimes (de francs, précise-t-il, en s'excusant de ne
pas s'être encore mis aux euros), accessibles uniquement
à la grosse industrie pharmaceutique, qui ne développe
un produit que si c'est rentable et si cela ne fait pas concurrence
à une molécule déjà brevetée
"
On eût pu croire l'assistance assommée par la masse
d'informations fournies par les orateurs. Pas du tout ! Après
la pause, dont Alexander Molassiotis profita pour rejoindre
en toute hâte l'aéroport, les questions restaient
nombreuses sur les méthodes les plus efficaces, la directive
européenne concernant la vente et la diffusion de produits
comme ceux de Beljanski, l'évaluation des pratiques alternatives,
les moyens pour déceler les états pré-cancéreux,
l'utilité des mammographies, l'impact de la chimio sur
les facultés de discernement, la notion de l'urgence
et bien d'autres encore.
Répondant précisément
à la dernière interrogation, Philippe Bataille
souligne " que la médecine fonctionne selon un schéma
de l'urgence qui se révèle désastreux pour
les malades qui veulent discuter avant de décider ".
Poursuivant sur cette idée de contrainte, Anne-Marie
Tubéry-Claustres évoque " la dictature des
doses telle qu'elle est pratiquée en médecine
classique, ne permettant ni d'espacer, ni d'étaler dans
le temps des chimiothérapies afin qu'elles restent tolérables
". Alain Dumas invite à refuser sans culpabiliser
les 5e et 6e doses de chimiothérapie car " 85 %
de ce que l'on peut espérer en termes d'efficacité
a été atteint à la fin de la 4e dose ".
Une participante témoigne de la nécessité
d'être entouré(e) psychologiquement pour affronter
la maladie. Une autre personne, de l'importance des associations
pour y évacuer ses peurs et obtenir de l'information.
Une troisième, des pressions subies parce qu'elle refusait
de passer une mammographie. Une quatrième enfin, des
problèmes rencontrés pour trouver un professionnel
acquis au principe de l'échographie ductale, aussi efficace
et moins traumatisante que la mammographie
Nous laisserons, honneur aux dames, le dernier mot à
Anne-Marie Tubéry-Claustres dont la simplicité
et le sourire ont proprement ravi tout le monde. " Je rêve
de réunions comme celles-ci où nous pourrions
débattre avec des cancérologues officiels, je
rêve de moments comme en 1981 où eurent lieu les
États Généraux de la Santé. "
Alternative Santé d'alors, autrement dit L'Impatient,
y participait ! La réflexion se poursuit au sein de la
rédaction sur les suites à donner à ces
Rencontres fructueuses
cécile baudet
Photos Hugues Tavier