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Nos 2emes Rencontres, une réussite

Les " Deuxièmes Rencontres " d'Alternative Santé, qui se tenaient le 20 avril à Paris, avaient comme thème celui de notre hors-série n° 31 : Cancer et médecines complémentaires. Une question difficile et néanmoins très attendue, si l'on en croit l'affluence du public venu parfois de loin : Toulouse, Lyon, Caen, Le Mans

 

 

Un grand merci à tous ceux qui nous ont rejoints. Notre merci va également aux intervenants que nous nommerons par souci d'égalité dans l'ordre alphabétique : Philippe Bataille (sociologue), Alain Dumas (médecin cancérologue spécialisé dans le domaine des médecines complémentaires), Alexander Molassiotis (auteur d'une enquête européenne sur le recours aux médecines complémentaires et venu spécialement de Manchester pour présenter son travail concernant 956 malades), Anne-Marie Tubéry-Claustres (médecin homéopathe, présidente de Miss, Mouvement d'information sur la santé du sein) et Pierre Tubéry (médecin cancérologue, qui a mis au point des extraits de plantes tirés de la pharmacopée africaine). La clarté de leur propos, la discipline des temps de parole à laquelle ils se sont sympathiquement pliés, sur le rappel souvent plein d'humour de Pierre Dhombre, l'animateur des débats, la complémentarité de leurs interventions et la maîtrise qu'ils avaient chacun de leur sujet, ont apporté à ces Rencontres une rigueur incontestable sans perdre en simplicité, humanité ni conviction.

Le Dr Molassiotis est intervenu en premier : " En moyenne, a-t-il résumé, un malade du cancer sur trois utilise les médecines complémentaires. En priorité celles à base de plantes - une centaine au total, souvent les spécialités en usage dans le pays : extraits de gui en Suisse, macérats de feuilles d'olivier dans de l'Ouzo pour la Grèce… " L'homéopathie fait également partie des cinq approches les plus utilisées. Entre avant et après le diagnostic, un bouleversement s'opère : le nombre de patients recourant aux plantes triple, celui prenant des vitamines et minéraux double… De qui émanent les conseils ? Dans les 3/4 des cas, ils viennent des amis et de la famille, seuls 1 % des malades sont guidés par un avis médical. Et cela n'est pas toujours sans risque. " Certaines plantes peuvent réagir avec les traitements classiques, affirme Alexander Molassiotis, citant l'épine noire utilisée pour combattre les bouffées de chaleur des femmes sous hormonothérapie, et susceptible d'augmenter la toxicité d'une chimio, ou le cas du ginseng qui interagit avec les anticoagulants. D'où la nécessité de bien les étudier, pour les inclure dans une approche holistique de la maladie et faciliter une meilleure prise en charge des malades. "Interrogé à son tour, Philippe Bataille confirme l'ampleur des chiffres avancés par le Dr Molassiotis concernant le recours aux médecines complémentaires par les malades atteints de cancer. " Ils me sembleraient même plus importants, estime le … …sociologue, qui a rencontré des centaines de personnes touchées par la maladie, surtout chez celles qui rechutent. À cela on peut avancer plusieurs raisons. D'une part le temps de survie augmente, mais dans des conditions parfois difficiles. Je me souviens de cette femme révoltée s'exclamant : "À quoi ça sert de me soigner aussi bien si c'est pour vivre aussi mal". La médecine classique n'a alors pas de réponse, tandis que les médecines alternatives offrent une autre manière de penser la maladie, de se prendre en charge, de se placer au cœur de soi, de mieux se connaître. Par ailleurs elles permettent, surtout quand on vous a déclaré " guéri " de se mettre en veille, de rester vigilant aux moindres défaillances, capable de se mobiliser très rapidement au cas où…". Philippe Bataille témoigne aussi du mépris des cancérologues officiels pour ces approches, de leur dédain pour les courriers que leur adressent les homéopathes qui suivent également les malades.

Un droit pour les malades
La Dre Tubéry-Claustres renchérit sur cette possibilité qu'offrent les médecines complémentaires de se reprendre en main. Mais insiste également sur le taux de confort et de soutien, le soulagement qu'elles procurent. " Pour les malades, revendique-t-elle, c'est un droit. Pour nous médecins, c'est un devoir de les utiliser. " Par exemple, pour relancer les défenses immunitaires effondrées, il existe la grande homéopathie du stress, mais aussi la teinture de Gnidia.
" Il ne faut pas croire, intervient Alain Dumas, qu'un choc psychologique déclenche le cancer. Mais si le corps de l'individu qui est soumis à un stress important contient des cellules cancéreuses prêtes à s'exprimer, le choc enlève les freins " qui maintenaient le processus sous contrôle. Cette précision donnée, il resitue sa pratique des médecines complémentaires : pour prévenir la survenue de cancers sur des terrains précancéreux comme dans le cas des polypes intestinaux ; en accompagnement des protocoles classiques pour aider le cœur, les reins et le foie à mieux supporter les effets de la chimiothérapie, pour prévenir les inflammations et les fibroses induites par la radiothérapie ; en post-cure pour traiter les déséquilibres organiques et enfin pour retarder ou empêcher les récidives. " On peut jouer sur l'environnement tumoral, explicite encore le Dr Dumas fort de son expérience quotidienne, avec des traitements enzymatiques, comme les péroxydases de Solomidès, ou prévenir la mutagénicité des médecines conventionnelles grâce aux produits de Beljanski. " Quant à l'extrait de gui , le fameux Viscum album ou Iscador®, une étude faite en Allemagne prouve qu'il assure, en complément des médecines classiques, une survie plus importante aux malades. Cette façon de travailler qu'Alain Dumas défend avec force et conviction lui ont valu douze ans de procédures avec le conseil de l'ordre, un comble pour cet ancien médecin-colonel de l'armée de l'air et chef de service à l'Hôpital du Val-de-Grâce, poursuites qu'il a toutes gagnées sans être pour autant indemnisé des préjudices subis. " Le conseil de l'ordre des médecins est le dernier tribunal d'exception existant encore en France ", tonne-t-il, dénonçant les ennuis rencontrés par de nombreux médecins contraints à l'exil ou à rentrer dans le rang.

Une réelle efficacité
De son accent chantant du sud, Pierre Tubéry évoqua les recherches qu'il a effectuées après s'être mis à l'école des guérisseurs africains. " Je défie quiconque, prévient le vieux médecin de brousse, de vivre sous des climats aussi durs s'il ne dispose pas de remèdes efficaces ", soulignant par là la richesse de la pharmacopée traditionnelle. Il a particulièrement étudié trois plantes : le Desmodium adscendens dont l'activité protectrice du foie a été évaluée chez le rat, en mesurant leur taux de transaminases (une enzyme hépatique) ; le Securidata longepedonculata utile dans le cadre des maladies auto-
immunes et les fibroses ; le Gnidia kraussiania qui a fait l'objet d'études expérimentales à Villejuif sur des souris leucémiques. Une plante méditerranéenne voisine, le Daphne gnidium, plus riche en principe actif sert désormais pour fabriquer un composé : le DPG, très intéressant dans les leucémies myéloïdes chroniques, les myélomes multiples. Mis au courant des résultats de plusieurs tests avec le DPG, " neuf hématologues étaient prêts à signer des protocoles expérimentaux, mais l'Agence du médicament a exigé d'autres essais dont le coût dépassait largement nos moyens, regrette-t-il, en ajoutant que des contacts sont en cours avec des pays émergents. Les autorisations de mise sur le marché coûtent des milliards de centimes (de francs, précise-t-il, en s'excusant de ne pas s'être encore mis aux euros), accessibles uniquement à la grosse industrie pharmaceutique, qui ne développe un produit que si c'est rentable et si cela ne fait pas concurrence à une molécule déjà brevetée "…
On eût pu croire l'assistance assommée par la masse d'informations fournies par les orateurs. Pas du tout ! Après la pause, dont Alexander Molassiotis profita pour rejoindre en toute hâte l'aéroport, les questions restaient nombreuses sur les méthodes les plus efficaces, la directive européenne concernant la vente et la diffusion de produits comme ceux de Beljanski, l'évaluation des pratiques alternatives, les moyens pour déceler les états pré-cancéreux, l'utilité des mammographies, l'impact de la chimio sur les facultés de discernement, la notion de l'urgence… et bien d'autres encore.

Répondant précisément à la dernière interrogation, Philippe Bataille souligne " que la médecine fonctionne selon un schéma de l'urgence qui se révèle désastreux pour les malades qui veulent discuter avant de décider ". Poursuivant sur cette idée de contrainte, Anne-Marie Tubéry-Claustres évoque " la dictature des doses telle qu'elle est pratiquée en médecine classique, ne permettant ni d'espacer, ni d'étaler dans le temps des chimiothérapies afin qu'elles restent tolérables ". Alain Dumas invite à refuser sans culpabiliser les 5e et 6e doses de chimiothérapie car " 85 % de ce que l'on peut espérer en termes d'efficacité a été atteint à la fin de la 4e dose ".
Une participante témoigne de la nécessité d'être entouré(e) psychologiquement pour affronter la maladie. Une autre personne, de l'importance des associations pour y évacuer ses peurs et obtenir de l'information. Une troisième, des pressions subies parce qu'elle refusait de passer une mammographie. Une quatrième enfin, des problèmes rencontrés pour trouver un professionnel acquis au principe de l'échographie ductale, aussi efficace et moins traumatisante que la mammographie …
Nous laisserons, honneur aux dames, le dernier mot à Anne-Marie Tubéry-Claustres dont la simplicité et le sourire ont proprement ravi tout le monde. " Je rêve de réunions comme celles-ci où nous pourrions débattre avec des cancérologues officiels, je rêve de moments comme en 1981 où eurent lieu les États Généraux de la Santé. " Alternative Santé d'alors, autrement dit L'Impatient, y participait ! La réflexion se poursuit au sein de la rédaction sur les suites à donner à ces Rencontres fructueuses…

cécile baudet
Photos Hugues Tavier

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