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Nous ne croyons pas ce que nous voyons » ! a lancé Corinne Lepage, ancienne ministre de l'Environnement, lors des derniers Entretiens de Millançay (1). Ainsi du réchauffement climatique, manifeste ces dernières semaines, mais que l'on a pudiquement recouvert d'une image plus rassurante – « l'été indien » – comme pour nier l'évidence que cette grosse chaleur persistante était tout à fait anormale sous nos climats. Comme pour oublier qu'elle succédait à plusieurs mois de sécheresse… Cela, il est vrai, évite de se poser la lancinante question des rejets de CO2 dans l'atmosphère, dus à 85 % à l'agriculture, aux transports routiers, à l'industrie et au chauffage. Cela évite de s'interroger sur notre mode de vie occidental qui ne peut être un modèle pour les six milliards d'êtres humains de la planète.
Notre gaspillage et notre surconsommation d'énergies, d'eau, de ressources alimentaires, la croissance de nos déchets (ménagers, industriels, atomiques, etc.) multipliés à l'échelle du monde, aboutiraient en peu de temps à des catastrophes (dont la violence destructrice des derniers ouragans est un signe avant-coureur). D'ailleurs, même pour nous, « privilégiés » de la consommation tous azimuts, nous sentons bien que ce mode de vie doit évoluer vers plus de sobriété, car il met dès aujourd'hui, notre vie en péril (croissance importante des cancers,de l'asthme, des allergies, etc.). C'est dès maintenant qu'il faut mettre en œuvre d'autres formes de développement, plus respectueuses de l'homme et de la nature, plus soucieuses de répondre à ses vrais besoins qui ne sont pas seulement matériels. Des solutions existent : l'agriculture biologique, le ferroutage (pour le transport des marchandises), le co-voiturage, les énergies renouvelables. Il faut les choisir résolument.
Autre exemple de gaspillage : le déficit de la Sécurité sociale : 11,9 milliards d'euros cette année. Un record absolu depuis sa naissance il y a 60 ans ! Face à cette surconsommation médicale, les gouvernements successifs proposent des mesures qui pour l'essentiel consistent à faire payer encore plus les patients et leurs mutuelles. Ainsi des très nombreux déremboursements, de la volonté d'en découdre avec l'homéopathie (présentée comme inefficace) et des forfaits que l'on doit acquitter en nombre croissant. Ces ponctions ont-elles un effet dissuasif ? Le Conseil d'État, dans son dernier rapport, souligne l'échec de ces politiques à la petite semaine. Toutefois, il note qu'« entre 1993 et 2003, la progression annuelle du pouvoir d'achat des généralistes a été de 1,3 % en moyenne et de 1,9 % pour les spécialistes » et souligne (ironiquement ?) que « de telles évolutions tranchent fortement avec la situation de l'ensemble des salariés du secteur public et du secteur privé durant la même période »… Certains – mais ni tous les généralistes ni tous les spécialistes ! – tirent donc leur épingle du jeu de cette gabegie.
La pathétique impuissance du ministère de la Santé à colmater le trou de la Sécu et à imposer de vraies économies aux médecins et aux labos est illustrée par sa gestion de la grippe aviaire. Trop contents de cette opportunité, les fabricants du vaccin de la grippe « normale » ont fait répandre, via journalistes et médias complaisants, l'idée que se vacciner maintenant, protégerait de la grippe aviaire plus tard (information donnée au JT de 20 heures, sur France 2, le dimanche 16 octobre). Ce qui est faux. Le ministre de la Santé lui-même, Xavier Bertrand, l'avait affirmé par deux fois lors d'une précédente conférence de presse. Or, depuis, silence radio et écran noir ! Rien de sérieux n'a été entrepris par le ministère de la Santé pour faire savoir aux patients qu'il était inutile de se faire vacciner aujourd'hui pour être protégé demain. On laisse les mains libres aux laboratoires pharmaceutiques et aux médecins, ce qui va accroître encore le trou de la Sécu …
Un mot, pour terminer, sur cette grippe aviaire. Vous avez pu constater, chers lecteurs(trices), que si tout le monde en parle aujourd'hui…, vous avez été parmi les premiers à en être informés. Il y a neuf mois, dans notre numéro de mars 2005, nous lui avons consacré 6 pages d'une enquête minutieuse. Dans l'un de nos tout prochains numéros,nous vous présenterons les bonnes stratégies pour y faire face.
Mais n'oublions pas, tout de même, qu'elle peut ne pas se déclencher avant 10 ans ! Et que les pouvoirs publics semblent avoir pris la mesure du problème. Espérons donc qu'il en sera de cette grippe comme de la vache folle…, c'est-à-dire que nous réussirons à la maîtriser au mieux.
(1) Thème du colloque : « L'intelligence collective » www.intelligenceverte.org
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