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Alternative Santé : Vous proposez une formation à la pédagogie initiatique. De quoi s'agit-il ?
Pierre-Yves Albrecht : C'est une forme de développement personnel qui part du principe que s'éduquer, c'est procéder à une seconde naissance, celle de l'homme intérieur. Elle a d'abord été mise au point pour aider des personnes dépendantes. Dans les foyers que je dirige, j'ai vite compris que le problème des toxicomanes n'est pas la drogue, mais la difficulté à trouver le bonheur. Que recherchent-ils avec la drogue ? Une ivresse. Dans notre société hyper-matérialiste, obnubilée par la compétition, n'existe que ce qui peut être quantifié, mesuré, soupesé. L'ivresse, c'est la capacité d'accéder au-delà du visible à ce monde intérieur dont parlent toutes les grandes cultures et que la physique quantique a, toutes proportions gardées, redécouverte. Le toxicomane cherche à entrer dans une dimension qui donne du sens à la vie : le monde des mythes, de l'amour, des dieux et des démons. Toutes les formes de dépendance, la boulimie, l'anorexie, la consommation de tranquillisants, proviennent d'un échec dans cette recherche d'un accès au monde intérieur. On ne peut pas vivre sans ivresse. Mais la difficulté, c'est de pénétrer sans casse dans ce monde invisible et vous savez les ravages que font les drogues.
Alternative Santé : Comment y arriver ?
Pierre-Yves Albrecht : Il y a une porte d'entrée : l'initiation. Toutes les grandes traditions proposent des initiations. Dans la société occidentale, les rites de passage à l'âge adulte ont progressivement disparu depuis plusieurs siècles et nous souffrons tous d'une perte d'identité. Dans les cultures d'origine indo-européenne, comme la nôtre, l'homme intérieur était abordé sous la forme d'une triade symbolique : paysan –guerrier– magicien/prêtre, qui correspond aux fonctions du corps, du cœur et de l'esprit. La relation entre ces dimensions est vécue aujourd'hui de manière chaotique. Notre culture post-moderne a une grande capacité de rationalisation, mais pas de transformation de la personne en profondeur.
Alternative Santé : Quelles pratiques propose la pédagogie de l'initiation ?
Pierre-Yves Albrecht : Il est nécessaire de vivre des expériences où l'on est confronté à soi-même. Les personnes que nous accueillons font des séjours seules dans le désert ou en haute montagne. Toute initiation passe par une mort symbolique. Bien sûr, il faut que cela soit dosé, adapté à chacun. Nous proposons à ceux qui viennent dans nos formations des expériences de solitude, de jeûne, de confrontation aux éléments naturels (randonnées nocturnes, y compris sous un orage), car cela suscite une modification de l'état de conscience. Mais cette expérience n'est pas une initiation, si elle en reste là. Tout un travail est effectué au préalable pour étudier les grands mythes, les textes sacrés. Chacun part ainsi à la découverte de son mythe fondateur et de son identité profonde. Simultanément, des ateliers de sons (chant), de couleurs (vitrail, enluminure), d'arts martiaux, permettent de faire croître nos « sens » spirituels, source de guérison et d'harmonie.
Propos recueillis par Régis pluchet
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