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Article paru dans le N°47 de la revue NOUVELLES CLÉS
SURVIVRE AU XXI° Siècle Par Pierre Dhombre, Rédacteur en chef du mensuel ALTERNATIVE SANTE


Seule une approche globale de la santé comme de la maladie permettra à notre système de soins de survivre, et aux hommes et aux femmes de se maintenir dans une bonne condition physique tout au long de leur vie.

 

Arrimée à la croissance régulière de l'allongement de la vie, la médecine surfe sur l'idéologie d'un progrès constant. Elle s'attribue - à tort - l'essentiel de notre longévité : environ 30 ans de plus, par personne, depuis un siècle. Mais quelle est sa contribution réelle ?

La mise en place de conditions d'hygiène et de salubrité, - donc la décision politique de prendre en compte les connaissances scientifiques pour limiter la propagation des maladies - vient en première place. Puis l'élévation du niveau d'instruction et du niveau de vie - dépendant aussi de choix politiques - jouent un rôle important. Sans oublier, l'absence de guerre, depuis 60 ans. Vient enfin l'institution de la Sécurité sociale (maladie, vieillesse, etc) - donc une redistribution sociale des richesses vers tous - et l'accès généralisé aux soins…

En matière sanitaire, la question qui se pose est moins celle de l'augmentation des dépenses de santé ou des crédits à attribuer à ce secteur, que l'adoption de mesures favorisant tout ce qui peut y contribuer. Par exemple, en France, en ce début de XXI°siècle, cela passe notamment par plus d'équipements sociaux (le développement des crèches), l'aide aux personnes âgées pour qu'elles se maintiennent en bonne santé le plus longtemps possible, une meilleure information des ados et des jeunes sur les comportements à risques, du travail pour chacun ou la possibilité d'avoir une activité sociale rémunérée… Enfin, l'amélioration de l'environnement et notamment de la pollution de l'eau et de l'air dont les effets délétères se multiplient (asthme, allergies, etc).

Actuellement, le ministère de la santé se contente de gérer la maladie ! Prisonnier des lobbies pharmaceutiques et médicaux, surveillé par les intérêts contradictoires de l'agroalimentaire, du développement industriel, de l'agriculture, il peine à imposer des normes qui protègent, ou à tout le moins respectent, la santé des citoyens.

On ne sait pas guérir

Depuis les découvertes majeures de la pénicilline et des antibiotiques, autour du demi-siècle dernier, la recherche pharmaceutique piétine. Les molécules novatrices sont rares. D'où sans doute les échecs objectifs de la médecine. Nous sommes devant un nombre considérable de maladies que l'on ne sait pas guérir, même si on sait les accompagner ou en limiter les dégâts. Ainsi de l'obésité qui concerne notamment 16% des adolescents, du diabète, de l'asthme, de l'hypertension, du cholestérol, des problèmes cardiovasculaires, des rhumatismes, de la maladie d'Alzeimer, des cancers, etc. Face à toutes ces maladies, la médecine ne sait pas nous faire retrouver la santé. Elle nous médique à vie.

Au final, nous dépensons des milliards pour soigner des maladies qu'une pertinente éducation à la santé, la promotion d'une réelle hygiène de vie et l'application stricte de normes sanitaires, pourraient éviter. Certaines de ces normes ne sont que de bon sens : limiter l'ajout de sel, de sucre, de graisses cachées, de colorants, d'additifs, d'exhausteurs de goût, de conservateurs … dans les produits de consommation quotidienne. Limiter ou supprimer les apports d'engrais et de pesticides aux effets nocifs connus, et s'orienter vers l'agriculture bio … Mais cela bouscule bien trop d'intérêts !

On joue avec la santé des Français et le ministère ne sait qu'ergoter sur le déremboursement des spécialités pharmaceutiques (l'homéopathie, par exemple) !

Les malades de la médecine

Par ailleurs l'incurie des médecins devient patente. Nous ne sommes plus les seuls, à ALTERNATIVE SANTÉ, à la dénoncer, la caisse nationale d'assurance maladie (CNAM) s'en charge ! Trop de prescriptions d'antibiotiques! dénonce-t-elle. Trop de prescriptions de médicaments!… Autre exemple, sous l'emprise de l'industrie pharmaceutique, pendant plus de 30 ans, ils ont préconisé le THS (traitement hormonal de substitution) pour les femmes ménopausées, traitement qui s'est finalement révélé dangereux pour la santé. Dans une récente enquête sur la prescription - abusive - d'anticholestérols, la CNAM a découvert que dans plus de 50 % des cas, les médecins ne demandaient même pas à leurs patients de changer d'alimentation (1)!

Combien de praticiens ont vacciné à tour de bras (27 millions de Français !!) contre l'hépatite B et ont refusé de reconnaître et de déclarer les effets secondaires du vaccin ? Leur méconnaissance de la nocivité des médicaments, le manque de formation continue, leur dépendance des labos, l'absence d'une conception globale de la santé inclinent à s'interroger sur leurs capacités à aider les patients à bien gérer leur santé.

Le génie génétique

Que penser des progrès "constants" de la médecine, claironnés dans les médias, où "opèrent", soit dit en passant, une majorité de médecins-journalistes dont l'indépendance (tant idéologique que du côté des laboratoires) est à questionner ! Les recherches sur le génome ont fait croire que l'on découvrirait non seulement les gènes des maladies, mais ceux des comportements. N'entendait-on pas régulièrement proclamer de nouvelles découvertes, celle du gène de la timidité, celui de l'alcoolisme, etc. Il apparaît aujourd'hui que si l'on parvient à quelque progrès, cela concernera essentiellement les maladies monogénétiques (style mucoviscidose), c'est-à-dire due à un seul gène.

Ces recherches ouvrent néanmoins des perspectives en or à l'industrie pharmaceutique et aux laboratoires de recherche publics et privés. On nous annonce d'ici à sept ans l'arrivée sur le marché des médicaments de la médecine prédictive. Celle-ci, à partir du génome des nouveau-nés, pourra indiquer quelles sont leurs prédispositions génétiques à telle ou telle maladie, et leur proposera de prendre le plus vite possible, un traitement adapté. Le rêve pour cette industrie ! Fabriquer des malades du berceau au tombeau, et sous contrôle… Quand on sait qu'aujourd'hui, suite à la prédiction génétique d'un possible cancer du sein, certaines jeunes femmes préfèrent opter pour l'ablation, plutôt que d'attendre, on imagine ce qu'il en adviendra demain pour une gamme plus large de maladies.

La médecine technicienne

Cette approche relève d'une erreur de perspective sur la place de la technique en matière de santé. En clair : tout ce qui est techniquement faisable (par exemple, maintenir en vie un être en état de mort cérébrale) est-il humainement souhaitable? Les exploits techniques (sauver de grands prématurés, de grands accidentés de la route, mais en les laissant avec des handicaps insurmontables) ne font-ils pas peser sur leurs bénéficiaires, l'entourage et la société un poids insupportable ? Il faudrait définir à quelles conditions un progrès technique est réellement un progrès "humain".

Si nous disposons de matériels d'investigation sophistiqués (IRM, scanners, etc), leur utilisation généralisée est contre-productive pour la société. Les dépenses qu'ils induisent n'en finissent plus d'aggraver le déficit de la Sécurité sociale (donc ses capacités de redistribuer équitablement les fruits du travail de tous). Plus grave, pour rentabiliser des équipements de plus en plus chers, la tentation est grande de multiplier le nombre des patients qui y ont recours. Subrepticement, on passe ainsi du patient, à l'usager, puis au client.

Contrairement aux affirmations de l'ancien Secrétaire d'Etat à la santé, Monsieur Bernard Kouchner, qui voulait « mettre le patient au centre du système de soins », le système a sa propre fin en soi, et le patient n'est plus que l'un des rouages permettant au système de fonctionner… La maladie est devenue un marché porteur. Les gens tombent malades à cause du mode de vie et de l'alimentation de mauvaise qualité qui leur sont imposes. Puis on les soigne à vie, sans les guérir. Dividendes assurés à tous les échelons !

Ce système, dont on nous affirme à l'occasion, qu'il est le meilleur du monde, pourra-t-il survivre ? Déjà les assurances prennent le relais des remboursements défaillants de la Sécu , creusant un peu plus l'écart entre ceux qui pourront y souscrire et les autres. La médecine à deux vitesses s'installe à bas bruit.

Les autres défis à relever concernent la diminution progressive du nombre de médecins disponibles (d'où l'engorgement des Urgences, fréquemment souligné), leur inégale répartition sur le territoire (pléthorique dans le Sud, anémique dans certaines zones rurales), et à l'horizon 2020, leur manque.

Parallèlement, un nombre croissant de patients attend des médecins d'autres réponses à leurs problèmes de santé et une approche plus « douce » des soins, plus respectueuse des équilibres naturels du vivant et de sa capacité à s'autoguérir…

Psychosomatique : 4 patients sur 5 n'ont "rien"!

Mais, à propos, de quoi les malades se plaignent-ils? Quelle est la nature de leurs maux ? On pourrait penser que le déluge de technicité auquel on les soumet augure des maux les plus lourds. Dans 4 cas sur 5, il n'en est rien ! On le sait - et on le dit tout à fait officiellement - 4 consultations sur 5 n'ont pas de fondement objectif (les analyses les plus poussées ne relèveraient rien d'objectivement discernable : virus, lésion, etc). Alors pourquoi imposer une solution médicamenteuse ou technique (multiplier les analyses) à ce qui relève d'abord d'une autre réponse : l'écoute, la parole, l'empathie, le conseil, l'hygiène de vie?

Est-ce à dire, comme le pensent trop hâtivement certains, qu'il s'agit de maladies "imaginaires" ? Ce serait tenir pour rien et la plainte des personnes et leurs maux. Le langage du corps ne relève pas uniquement des analyses, il exprime le mal-être, l'inadaptation, la protestation, le refus, le refoulement. En traiter les maux (mots) relève de l'ordre symbolique (par la parole). Même si une aide extérieure appropriée (plantes, massages, acupuncture) concourt aussi à leur amélioration .

C'est pour la globalité et la pertinence de leur approche que les médecines alternatives sont plébiscitées. Les statistiques le prouvent, le praticien y prend son temps, tandis que chez un généraliste la consultation dure en moyenne 14 minutes, dont 5 à 7 uniquement pour parler de ce qui ne va pas ! Or l'acte thérapeutique ne peut faire l'économie de la présence et de l'attention. Trop de praticiens classiques, rivés à leurs ordinateurs, l'oublient.

Le rôle spécifique des médecines alternatives

Chacune d'elles a sa spécificité. L'homéopathie soigne le terrain en se basant sur la singularité du patient et de la façon qui lui est propre de vivre sa maladie - et non de façon standardisée comme dans la prescription d'antibiotiques ! -.

L'acupuncture stimule et rééquilibre l'énergie circulant dans le corps, en tenant compte du rapport aux saisons et à l'univers (on ne traite pas une maladie hivernale de la même façon qu'une maladie estivale).

La médecine traditionnelle chinoise, essentiellement préventive, s'appuie sur la gymnastique (Qi gong), les massages, la diététique, l'acupuncture et ne fait appel à la pharmacopée qu'en dernier recours, quand la prévention a échoué.
La phytothérapie propose une gamme étendue de ressources en faisant appel aux propriétés des plantes, et de leurs principes actifs.

Avec les Fleurs de Bach, ainsi qu'avec la médecine anthroposophique, c'est à la médecine des signes et aux dimensions symboliques des plantes qu'on s'adresse, autant qu'à leurs propriétés chimiques.

La naturopathie réintroduit l'homme dans son rapport aux éléments vitaux que sont l'air, le soleil et l'eau, manière de le replacer dans l'univers et dans une relation consciente à son environnement.

Ce qui est commun à toutes, c'est leur approche globale : elles ne soignent pas un symptôme, mais une personne malade.

L'harmonie

Comment ne pas mentionner également dans cette approche de la santé et du soin, le besoin de retrouver aussi l'unité profonde de l'être, compris comme corps-âme-esprit-psychisme (on est loin de la chimie et de la mécanique de la médecine officielle!). Le succès du yoga en est une illustration.

Comme l'a souligné le pédiatre et psychanalyste anglais, Donald Winnicott, la confrontation à la maladie pose à la personne malade une question : qu'est-ce que la maladie signifie pour moi, pour ma vie, que m'apprennent sur moi les maladies dont je souffre ? Et subsidiairement : Que dois-je réformer de mes habitudes, de mes relations, de ma vie pour éviter qu'une part de moi-même soit en souffrance ? Cette approche est quasiment aux antipodes de la médecine "réparatrice" moderne, interventionniste, souvent invasive.

Les alternatives portent un autre regard sur la vie, elles invitent à en prendre soin, plus qu'à la dominer. Et si elles soulignent la nécessité d'une prévention active, ce n'est pas par narcissisme, ou par un souci quasiment… maladif de sa santé, mais parce que la vie y est appréhendée comme un don. Les vivants n'en sont pas les possesseurs, mais les dépositaires.

En dépit de l'opposition farouche et archaïque du conseil de l'ordre face aux médecines alternatives, les patients y ont de plus en plus recours. Même en cas de maladies lourdes. Selon une étude anglaise, près de 40 % des Européens y font appel en cas de cancer (1) .

L'homme ne se réduit pas à son conditionnement physico-chimique. Il n'y a pas que la technique qui fasse des miracles ! L'avenir sera à une juste répartition des rôles entre une médecine technicienne (réservée aux problèmes lourds, et notamment chirurgicaux où, il faut le dire, elle fait souvent des merveilles) et une médecine globale ayant pour rôle de maintenir la personne en meilleur état de santé possible. Je ne vois pas d'autres solutions pour survivre au XXI° siècle.

Pierre Dhombre

(1) voir Alternative Santé, N° 323, N° 321 et le Hors -série N°31.

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Chaque numéro propose des solutions alternatives, en complément ou en remplacement de la médecine conventionnelle.

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Pierre Dhombre en est le rédacteur en chef depuis 1989.

 

 

 

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