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Et si nous commencions l’année par de bonnes nouvelles ? Car il y en a. Ainsi, la récente décision du tribunal correctionnel d’Orléans, de relaxer les 49 faucheurs volontaires d’OGM, poursuivis par la société Monsanto. Les juges ont estimé qu’ils avaient voulu répondre à
un état de « nécessité » : empêcher « la diffusion incontrôlée de gènes modifiés pouvant affecter des cultures traditionnelles ou biologiques ». Ce jugement se fonde sur la Charte de l’environnement, introduite dans notre Constitution en 2004 – autre excellente initiativeà souligner –, qui reconnaît « le droit à vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé ».
Bien sûr, la société Monsanto à laquelle appartenaient les plans de maïs transgénique fauchés durant l’été 2004 a fait appel. Le souci de la santé humaine n’est pas sa première préoccupation. Rappelons que ce fut elle qui fabriqua le trop tristement célèbre « agent orange », un herbicide déversé sur le Vietnam où il a provoqué des mutations génétiques chez les humains. Selon l’avocat des faucheurs, maître Antoine Lecomte, « c’est une victoire historique. Le mouvement social peut enfin se substituer aux carences de l’État » (1). A tout le moins, on peut espérer que ce jugement fera jurisprudence.
Des raisons d’espérer, il y en a d’autres. Par exemple, ces initiatives extraordinaires révélées dans 80 hommes pour changer le monde (2), un livre de Sylvain Darnyl et Matthieu Le Roux, deux jeunes diplômés de grandes écoles de commerce. Pendant plus d’un an, ils ont parcouru le monde pour rencontrer ceux qu’ils appellent des « alter-entrepreneurs », qu’ils définissent ainsi : « Ils ne défilent pas pour réclamer le changement, ils incarnent le changement, ils le provoquent ». Parmi quelques-unes de leurs découvertes : « Un réseau d’hôpitaux rentables qui soignent gratuitement les deux tiers des patients et utilisent des prothèses médicales cinquante fois moins chères que les prothèses habituelles » (en Inde). « Une banque qui permet au trois quarts de ses clients de se sortir d’une situation d’extrême pauvreté, tout en étant viable » (au Bangladesh). L’instauration d’une « agriculture biologique (qui) apporte un revenu plus élevé aux agriculteurs en ayant des rendements équivalents ou supérieurs à l’agriculture intensive » (au Japon). Oui, ce monde existe. Ils l’ont rencontré. C’est le nôtre, dès aujourd’hui.
Un vrai cadeau du père Noël pour commencer l’année avec enthousiasme. Un livre de chevet à mettre en pleine lumière.
Souvent, au cours de nos conférences ou lors des colloques, nous rencontrons des personnes engagées qui s’interrogent. Des médecins et des patients qui travaillent à la reconnaissance d’une autre médecine.
Des militants de la protection de l’environnement. Des hommes et des femmes actifs pour un autre monde. Responsables d’associations, parfois un peu isolés, ils s’impatientent (selon ce beau titre – L’Impatient – qui fut le nôtre pendant longtemps). Et c’est vrai que les intérêts conjugués de l’argent, des notoriétés, des lobbies, quand ce ne sont pas la lassitude et l’indifférence, érodent les volontés les mieux trempées.
Ma conviction – partagée avec d’autres ! – est qu’insensiblement le monde bouge, de proche en proche, de bouche à oreille. Le monde, comme souterrainement, est irrigué par ces bonnes volontés, cette générosité, cette détermination, nos engagements. Chaque action prépare le printemps. Les remparts du Vieux Monde – celui de l’égoïsme, de la rentabilité à n’importe quel prix, du profit – se lézardent. La faiblesse de nos moyens ne reflète pas la force de l’esprit qui est à l’œuvre. Au cours des millions, des milliards d’années, finalement, la vie a triomphé de toutes les catastrophes. Que peut-il nous arriver si nous la servons de toute notre force ?
À la suite de Pierre Rabhi, je crois que « la Terre et l’Univers sont beauté et intelligence. Et c’est à ces valeurs-là et à l’humanité que j’ai envie de me dévouer, car cela a un sens et me donne du sens » (3).
Bonne nouvelle année à tous.
(1) Libération, 10 et 11 décembre 2005.
(2) Éd. Jean-Claude Lattès, 18 €.
(3) Graines de possibles, Pierre Rabhi et Nicolas Hulot, éd. Calmann-Lévy,
18,50 €
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