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BMC®: dialogue du corps et de l’esprit
Né aux Etats-Unis, le Body-mind centering (BMC) ou « centrage corps-esprit» est une pratique corporelle qui s’inspire à la fois des connaissances scientifiques occidentales et orientales. Cette approche novatrice du mouvement permet de se connaître en profondeur et stimule la capacité d’autoguérison.

 

«L’esprit est comme le vent et le corps comme le sable ; si vous voulez savoir comment souffle le vent, vous pouvez regarder le sable. » C’est par cette image bmcpoétique que Bonnie Brainbridge Cohen exprime l’idée maîtresse du Body-Mind Centering, l’approche de rééducation et d’analyse du mouvement qu’elle a mise au point. Fondée sur des principes anatomiques, physiologiques, psychologiques et de développement moteur, cette étude empirique cherche à comprendre comment l’esprit s’exprime à travers le corps en mouvement. Selon sa créatrice, la qualité d’un mouvement, c’est-à-dire la manière de l’effectuer, varie selon l’endroit du corps sur lequel l’attention est portée. Autrement dit, on ne s’assoie pas sur une chaise de la même manière si l’on est concentré sur son bassin ou sur ses genoux…

Diplômée en ergothérapie, analyse du mouvement et thérapeute en neurodéveloppement, Bonnie Brainbridge Cohen a également suivi des formations en danse, yoga et ostéopathie. En 1973, après avoir travaillé pendant dix ans en milieu hospitalier, elle met au point sa méthode et fonde son école. Le BMC® enthousiasme d’abord les danseurs-improvisateurs, puis se propage dans les milieux du sport, de la santé ou de l’éducation.
 
En France, le BMC® a fait son entrée au début des années 1990, grâce à Patricia Brouilly, directrice de l’association Canal Danse, qui invita Vera Orlock, professeure américaine, à enseigner à Paris. La France compte désormais une dizaine de praticiens et professeurs certifiés. Leurs stages sont presque toujours proposés par des organismes liés au milieu de la danse car il n’existe pas de statut pour le métier d’éducateur somatique. Cependant, de plus en plus de psychomotriciens, instituteurs, étudiants, professeurs de yoga et autres ostéopathes s’intéressent à cette pratique. « La demande augmente, cela sort du confidentiel » constate Patricia Brouilly. Un succès croissant qui n’est pas sans lien avec la venue de Bonnie Brainbridge Cohen pour … … la première fois en France au printemps dernier et la récente ouverture d’une école européenne à Munich. 

De la conscience à l’action
Comme d’autres pratiques d’éducation somatique, le BMC® considère le mouvement comme un moyen d’effectuer des changements sur soi. Mais là où les autres techniques limitent l’étude au squelette et aux muscles, le BMC® propose d’habiter également les organes, les ligaments, les liquides, la peau, la graisse, le système nerveux, les glandes et les fascias (tissus conjonctifs). Concrètement, il s’agit «d’identifier et d’intégrer les différents tissus qui composent le corps, de découvrir leur contribution à la qualité de nos mouvements, la manière dont ils ont évolué au cours de notre processus de développement et le rôle qu’ils jouent dans l’expression de l’esprit », écrit Bonnie Brainbridge Cohen en introduction de Sentir, ressentir et agir (éd. Contredanse). Aux rôles biologiques des différents tissus correspondent ainsi des fonctions psychologiques. Par exemple, les ligaments, qui déterminent les limites du mouvement entre les os, sont associés à la clarté d’intention. Les glandes endocrines sont la base de l’intuition, les organes portent nos émotions et nos aspirations. 

Le BMC® s’intéresse également au développement du mouvement chez l’enfant de 0 à 1 an, dont les étapes coïncident avec les différents modes de déplacement dans l’évolution animale : le ramper, la marche à quatre pattes, etc. Bonnie Brainbridge Cohen a défini seize « schèmes de développement », qui sont autant de repères dans le parcours réalisé depuis la naissance jusqu’à la marche sur ses deux pieds. Pour la Lyonnaise, Laurence Luminet, ce travail est la preuve que rien n’est perdu avec le temps. Née à la faveur d’un accouchement trop rapide, c’est à l’âge adulte, lors d’une séance de BMC®, qu’elle a fait l’expérience de la pression exercée sur le bébé lors de sa naissance. « Ce fut un véritable choc, j’ai vécu de l’intérieur cette poussée dont j’avais été privée. » Si le BMC® élargit considérablement la conscience de soi, « il ne   s’agit pas d’introspection. La perception de l’environnement extérieur est très importante », signale la chorégraphe grenobloise Anne Garrigues. Quel que soit son âge ou son niveau de compétence, chacun est donc invité à un voyage profond, dialogue continu entre conscience et action. Collectif ou individuel, l’apprentissage privilégie l'expérience personnelle plutôt que la théorie. Les enseignants utilisent le mouvement, le toucher, la visualisation,  la vocalisation ou encore la manipulation.

Révélateur de pouvoir
Pour Susan Aposhyan, professeure aux États-Unis, le BMC® « amène à une augmentation de la conscience et de l’efficacité avec lesquelles une personne aborde le monde. Il peut s’appliquer à toute occupation ou situation où l’évolution est possible ». Il s’inscrit donc dans une démarche de développement personnel. « Le travail sur l’enracinement, par exemple, aide à tenir debout, sur le sol comme dans la vie ! » souligne Lulla Chourlin, praticienne installée en Isère. « En terme de relation aux autres, le BMC® m’apporte énormément car il m’a appris à connaître ma peau, mes membranes, donc mes ouvertures et mes fermetures », témoigne Anne Garrigues. Pour autant, le BMC® n’est pas une thérapie. « Je me perçois plutôt comme une éducatrice car on s’adresse à un éducateur pour apprendre sur soi-même alors qu’on demande à un thérapeute de nous soigner», rappelle Bonnie Brainbridge Cohen, qui travaille avec des personnes de tout âge, y compris des bébés avec de lourds handicaps. Agissant comme un révélateur du pouvoir propre à chacun, le BMC® insiste sur la capacité d’autoguérison. Il permet de résoudre certains problèmes comme une mauvaise courbure de la colonne vertébrale ou des ligaments trop étirés. Il se révèle également très utile dans l’intégration d’un membre accidenté. « Au lieu de forcer là où se situe le problème, par exemple dans le système musculaire, on va chercher des supports dans un autre système », explique Sarita Beraha, professeur à Paris. Certains résultats sont spectaculaires. Souffrant d’une malformation congénitale de la hanche, Laurence Luminet avait des difficultés à marcher et son pied tournait en dedans. La kinésithérapie ne lui apportait qu’un soutien éphémère. « À la fin d’une séance de BMC® consacrée à la partie pied-hanche, j’ai marché comme je n’avais jamais marché. Grâce aux chemins proposés, je peux facilement retrouver une posture plus naturelle », raconte la jeune femme. Le BMC® considère la faiblesse comme un don, dans le sens où elle est une entrée vers l’acquisition de nouvelles connaissances. C’est peut-être là, dans cette vision résolument positive, que se trouve la clef de son succès.

emmanuelle mayer

 

Pratique
Où s’adresser ?
• La liste des praticiens et professeurs qui enseignent en France est disponible sur le site Internet : bodymindcentering.com. À Paris, Canal Danse propose des stages dispensés par Sarita Beraha ou Vera Orlock, à partir de 80 e pour le week-end. Tél. : 01 40 13 14 82.

• Les écoles d’Amherst aux États-Unis et Munich en Allemagne, sont les seules habilitées à délivrer les diplômes d’enseignants. En 2006, la France accueillera aussi une école. D’une durée minimum d’environ trois mois, la formation pour devenir praticien est très onéreuse (100 e par jour).

À LIRE
Sentir, ressentir et agir, Bonnie Brainbridge Cohen, paru en 2002 dans la revue Nouvelles de Danse, éd. Contredanse. 25 €.

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