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L’hécatombe
Le 9 mars, l’Institut national de veille sanitaire (INVS) signalait 13 000 nouveaux cas de Chikungunya sur l’Ile de la Réunion. Ce qui porte à 204 000, le nombre de personnes atteintes depuis le début de l’épidémie (mars 2005). Soit plus d’un Réunionnais sur quatre. Les arrêts de travail en hausse de 70 % par rapport à ceux de janvier 2005, confirment les données de l’INVS : si l’épidémie touche toutes les classes d’âge, elle est plus importante chez les adultes en activité (45-59 ans). En ce qui concerne la mortalité, 125 certificats de décès ont, d’ores et déjà, été enregistrés, mentionnant l’affection par le chikungunya chez des personnes âgées en moyenne de 78 ans. Outre l’ampleur de l’épidémie, les signes de la maladie surprennent par leur intensité : fièvre très importante, douleurs articulaires et musculaires obligeant parfois à recourir à de la morphine, et par leur nouveauté. En effet, des symptômes inhabituels sont apparus : méningo-encéphalites, hépatites, céphalées (dans 70 % des cas) et des éruptions cutanées (30 %). L’infection de 46 nouveaux-nés, due à la transmission de la maladie par la mère est également préoccupante. Tous ces éléments portent à croire que le virus du chikungunya, transmis lors de piqûres de moustique (espèce Aedes aldopictus), se trouve désormais doté d’une virulence certaine, qui ne correspond pas à ce qu’en avaient dit les parasitologues dans les années 1950. Cela fait craindre une maladie émergente (1), pour laquelle on ne dispose d’aucun médicament ni vaccin. La suppression des lieux de reproduction des larves de moustiques (en particulier la centaine de décharges à ciel ouvert de l’île), a été négligée depuis l’éradication du paludisme de la Réunion en 1979 et la disparition de la dengue (également transmise par les moustiques) il y a plus de vingt ans. Après des années de « laisser-aller », d’intenses campagnes de démoustication ont été, tout récemment, entreprises, au mépris de la santé des populations. Touchées par ces épandages massifs de pesticides (2), de nombreuses personnes se sont plaintes d’irritations cutanées, oculaires et respiratoires, de maux de tête ; deux malaises graves ont même nécessité une hospitalisation. On comprend la colère et l’inquiétude des Réunionnais !
C. B.
(1) On parle de maladie émergente quand elle apparaît pour le première fois ou qu’elle prend des allures inconnues jusqu’alors. Cette émergence est souvent imputée à une modification de l’environnement des virus. Obligés de faire face à des conditions de survie nouvelle, ils s’adaptent.
(2) Les problèmes rencontrés lors des campagnes de démoustication ont conduit les autorités à utiliser depuis le 20 février du Bacillus thurengiensis israelensis, non toxique, servant à la lutte intégrée et en agriculture biologique.
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