Quel avenir préparons-nous à nos enfants et petits enfants ? Leur monde sera sans doute sans ours blanc, sans gazelle, sans hippopotame. Trois espèces menacées d’extinction parmi près de 100 000 autres, animales et végétales, qui disparaissent chaque année. La Terre va mal, très mal. Deux livres récents en témoignent. L’un rageur, désabusé, mais ô combien instructif, d’un collaborateur du commandant Cousteau, Yves Paccalet : L’humanité disparaîtra, bon débarras (1) ! L’autre qui tente, en dépit de constats identiques, de croire encore en l’homme : Après nous le déluge ? de Jean-Marie Pelt et Gilles-Eric Séralini (2).
Catastrophisme ? Nos trois millions d’asthmatiques (dont un million d’enfants), l’accroissement continu des cancers et la baisse de la fertilité – pour ne parler que de ces quelques maux –, devraient tout de même attirer l’attention de tous !
Certaines pages de l’histoire de notre Terre sont d’ores et déjà tournées. De l’avis de tous les experts, aujourd’hui unanimes, le climat se détériore. Et s’il est trop tard pour revenir en arrière, on peut à tout le moins éviter d’aggraver la situation en réduisant les rejets de gaz à effets de serre (voitures, avions, industries, combustions multiples…). Deuxième évidence : les ressources s’épuisent. Si les six milliards de Terriens consommaient comme nous, Européens, il ne faudrait pas moins de trois planètes comme la nôtre pour satisfaire leurs besoins, six avec le modèle américain.
Notre type de développement nuit à la Terre entière, alors, comment en changer ? C’est plus facile à dire qu’à réaliser, j’en conviens ! Les solutions ne peuvent être qu’éthiques et spirituelles. Mais l’homme en sera-t-il capable, même s’il y va de sa survie ?
Pour commencer, il faut renverser les idoles, c’est-à-dire tordre le cou à quelques idées reçues, parmi lesquelles celles-ci : les scientifiques trouveront toujours des solutions. C’est faux, cela fait près de cinquante ans, par exemple, qu’ils cherchent une parade contre le cancer, et aucun médicament, ni aucun vaccin n’ont été trouvés pour en venir à bout. La vraie solution est de réduire, sinon d’éliminer – à la source – les substances cancérigènes (tabac, alcool, produits chimiques, excès de sucre, de sel, de graisses, etc.).
Sans nous prendre pour l’avant-garde de l’humanité, le choix des alternatives est à l’évidence une piste de salut. En matière de santé, nous savons que la solution n’est pas de se focaliser sur la maladie, mais de la prévenir. La santé de la Terre relève de la même démarche. Prévenir ses perturbations revient à respecter les lois de son équilibre : pureté de l’air, couche d’ozone, maintien des grands massifs forestiers… La Terre est un « vivant », elle nous porte, elle nous nourrit. Elle devrait avoir droit à notre égard.
Prendre soin de la Terre, c’est donc remettre en question notre mode de vie : nos transports (individuels ou collectifs), nos actions de recyclage. Nous pouvons aussi nous interroger sur l’utilisation de notre argent, à quoi l’employons-nous ? Comment sera-t-il réinvesti ?
Il y a des achats conscients et solidaires, il y a aussi des placements éthiques.
Mais les actes individuels ne suffisent pas.
Le mal dont souffre notre société est d’ordre spirituel : qui peut encore croire que les objectifs de profits, de croissance économique, de consommation matérielle, de plaisirs éphémères répondent vraiment à l’attente des hommes ? Où sont nos valeurs, notre générosité ?
Ouvrons les yeux : quelle est cette croissance qui, pour la France seule, ne fabrique pas loin de six millions de « nouveaux pauvres ». Sans parler des jeunes que ce modèle laisse en marge. Quel futur pour les exclus de la croissance ?
Agissons ensemble. Mobilisons tous ceux qui sont autour de nous. Interrogeons nos élus, demandons-leur des engagements précis. Prenons la parole quand nous en avons la possibilité. Beaucoup d’entre vous sont des « leaders d’opinion » – nos enquêtes de lectorat nous l’ont montré – et sont engagés dans de nombreuses associations. Certains peuvent se faire entendre des médias. Mettons au service de tous notre expérience, nos convictions, nos choix. Il en va de l’avenir de nos enfants. Et de cette vie qui est, parfois, si jolie !
(1) Éd. Artaud.
(2) Éd. Flammarion/Fayard.