|
La Suède échappe de justesse à un Tchernobyl
« L’Europe est passée à deux doigts de la catastrophe nucléaire, le 25 juillet, à cause d’un court-circuit », dénonce le Réseau pour sortir du nucléaire, après l’annonce officielle et tardive – huit jours de délais – de cette panne (6). L’affaire fait grand bruit chez nos voisins, mais en France, malgré quelques articles dans la presse écrite, les grands médias sont restés très discrets et au niveau officiel, c’est le silence. Un court-circuit dans le réseau électrique extérieur a entraîné une gigantesque panne dans l’un des réacteurs nucléaires de la centrale de Fosmark (au nord de Stockholm). Comme l’explique l’organisation antinucléaire : « Les opérateurs se sont retrouvés sans les commandes face à un réacteur incontrôlé et incontrôlable. » La seule solution pour éviter la fusion du cœur et la catastrophe, était de remettre en marche les quatre générateurs de sécurité alimentant les circuits de refroidissement. Il a fallu vingt-trois minutes aux techniciens pour en remettre deux en fonction, sans comprendre pourquoi les deux autres refusaient de démarrer. À une heure près, le processus de fusion se serait déclaré et
un nuage radioactif aurait contaminé toute l’Europe. Alors que le propriétaire de la centrale suédoise minimise « l’incident » (terme officiel), un ancien directeur de Tchernobyl a déclaré que c’était l’événement le plus dangereux depuis vingt ans et depuis Three Mile Island aux États-Unis en 1979. Il estime que seul le hasard a évité une fusion du cœur. La Suède a décidé l’arrêt et la révision de trois autres réacteurs (un cinquième étant déjà arrêté pour une révision).
L’événement survenant en pleine campagne électorale, les écologistes réclament l’accélération de la sortie du nucléaire, décidée il y a vingt-cinq ans. La Finlande va procéder à une révision de l’ensemble de ses centrales. La même mesure est adoptée par l’Allemagne. Alors que la chancelière Angela Merkel voulait profiter de la campagne électorale qui commence en septembre, pour retarder la sortie de son pays du nucléaire, programmée pour 2021, les Grünen (les Verts allemands) réclament au contraire son avancement. L’Autriche, qui a renoncé depuis longtemps au nucléaire, s’inquiète des menaces qui pourraient venir de ses voisins. En France, selon Libération (5 août 2006), « EDF assure qu'un tel incident ne peut se produire, les réacteurs étant de conception différente ». « Nous ne pourrons éviter la catastrophe que si nous acceptons de croire qu’elle est possible », nous disait le philosophe Jean-Pierre Dupuy dans notre précédent numéro (Alternative Santé, juillet/août 2006). Sera-t-il entendu ?
R. P.
|