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Redoutables portables !
Docteur en Sciences physiques, membre du Centre de recherche et d’information indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques (Criirem)(1), Paul Lannoye, ancien député Vert européen à qui on doit, par ailleurs, la résolution européenne sur les médecines non conventionnelles, demande que soient revues à la baisse les normes d’exposition aux antennes-relais de la téléphonie mobile. Il s’en explique dans cet article.

 

telephones portablesDans un texte publié récemment (2), l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) fait le point sur la problématique de l’exposition du public aux champs électromagnétiques émis par les stations de base de téléphonie mobile. En conclusion, l’OMS déclare : « Compte tenu des très faibles niveaux d’exposition et des résultats des travaux de recherche obtenus à ce jour, il n’existe aucun élément scientifique probant confirmant d’éventuels effets nocifs des stations de base et des réseaux sans fil pour la santé. »

Une lecture attentive du document éclaire la démarche qui permet une telle assertion. Selon l’OMS, le seul effet sanitaire des radiofréquences est une augmentation de la température corporelle (>1°C) lors d’une exposition à des champs de très haute intensité (que l’on ne trouve que dans l’industrie). Les niveaux d’exposition aux radiofréquences des stations de base et des réseaux sans fil sont si bas (des milliers de fois plus bas que les normes internationales) que l’augmentation de la température est insignifiante, sans conséquence, donc, pour la santé humaine.

Voilà bien un discours cohérent. Le problème est qu’il est totalement erroné car basé sur les seuls effets thermiques scientifiquement avérés. Il est exact que les rayonnements électromagnétiques exercent une action thermique sur les organismes vivants et notamment sur l’homme. Selon la quantité d’énergie reçue en un temps donné, l’échauffement des tissus est plus ou moins important. Un rayonnement provoque un échauffement d’autant plus grand que sa fréquence est élevée, selon une relation dose- réponse linéaire, c’est ce que l’on appelle un phénomène déterministe. En dessous d’une certaine valeur-seuil, l’échauffement est considéré comme négligeable. Les normes internationales établies par l’Icnirp(3) peuvent être admises comme adéquates contre ces effets thermiques.

Mais il se fait que, outre ce risque d’échauffement, les rayonnements émis provoquent aussi des effets dits athermiques, liés au caractère vivant de l’organisme récepteur. Ces effets sont aléatoires, en ce sens qu’ils se manifestent de manière spécifique selon la personne touchée et chez une même personne, selon son état physiologique du moment. Si l’intensité du rayonnement reçu reste, à cet égard, un paramètre important,  sa fréquence, la structure de l’onde reçue (modulée, pulsée ou non) et l’état de l’organisme vivant récepteur peuvent être tout aussi essentiels.

L’être humain, comme tout organisme vivant, est un émetteur-récepteur d’ondes électromagnétiques. De nombreux mécanismes biologiques mettent en œuvre un rayonnement électromagnétique caractérisé par une fréquence ou une plage de fréquences bien déterminée. Il n’est donc pas surprenant qu’un rayonnement exogène de fréquence identique perturbe, par effet de similitude oscillatoire, le fonctionnement de ces mécanismes comme le souligne Gerard Hyland(4) ; et cela à des niveaux d’intensité nettement plus faibles que ceux qui déterminent l’apparition d’effets thermiques. On le sait, dans la gamme des micro-ondes (ou hyperfréquences), des processus aussi fondamentaux que la division cellulaire et la communication intercellulaire font appel à des ondes de très faible intensité ; dans  la gamme des très basses fréquences (ELF), on trouve l’activité cérébrale (émissions dans la gamme 0-30 Hz) et le fonctionnement du système nerveux. Or, le système GSM ( Global System for Mobil Communication - première génération de téléphonie mobile) met en œuvre les fréquences de 2 Hz et de 8,3 Hz pour la pulsation du rayonnement.

Troubles de la mémoire, difficultés de concentration…
De nombreuses études effectuées in vitro et in vivo ont mis en évidence les effets non thermiques des rayonnements dus aux GSM et aux antennes-relais. Nous nous limiterons à citer ceux qui nous paraissent les plus significatifs :

• In vitro : altération de l’activité de l’enzyme ornithine décarboxylase (ODC); effets sur l’électrochimie du cerveau (flux de calcium); accroissement des aberrations chromosomiques et des micronoyaux dans les lymphocytes du sang humain.

•In vivo : perméabilité accrue de la barrière hémato-encéphalique chez le rat ; effets sur le fonctionnement du système dopamine-opiate du cerveau ; accroissement du taux de rupture de l’ADN et des aberrations chromosomiques dans le cerveau du rat.

Certes, ces différents effets biologiques n’impliquent pas nécessairement des dommages à la santé humaine mais les connaissances du fonctionnement de l’organisme humain et l’observation clinique effectuée sur de nombreux utilisateurs de GSM ou riverains d’antennes-relais permettent de penser à une corrélation plausible entre cette technologie et des troubles de santé, notamment chez les personnes les plus sensibles. Des études menées in situ sur les riverains d’antennes-relais notamment en France, en Espagne et en Autriche, font toutes état, chez les sujets exposés, de difficultés de concentration, troubles de la mémoire, vertiges, maux de tête, tendances dépressives, perturbations du sommeil, problèmes cutanés, fatigue chronique.

La validité du choix des valeurs-seuils préconisées par l’Icnirp et adoptées par l’Union européenne dans sa recommandation aux Etats membres 1999/519/CE est donc à remettre en cause totalement. Sur la base des données actuellement disponibles, l’appel lancé à Fribourg le 9 octobre 2002 par plusieurs dizaines de médecins et signé à ce jour par plus de 30 000 de leurs collègues européens réclame l’adoption de valeurs-seuils d’irradiation près de quatre mille fois plus basses que celles de l’Icnirp (0,1 µW/cm2 au lieu de 450 µ W/cm2 pour la fréquence 900 Mhz).

Perte de fécondité chez les cigognes espagnoles
Il est généralement avancé par les sceptiques que les troubles de santé précités ne sont pas spécifiques d’une exposition aux micro-ondes pulsées et qu’on pourrait les considérer comme d’origine psychosomatique. À moins d’attribuer à certains animaux des compétences en physique et en chimie des rayonnements au point que cette peur perturbe leur comportement, il faut bien reconnaître que les données s’accumulent quant aux effets mesurables d’une exposition aux rayonnements des antennes-relais sur certaines populations animales (vaches allaitantes, poulets, pigeons voyageurs, cigognes…). La récente étude sur une population de cigognes blanches en Espagne est particulièrement éclairante. Elle montre une perte de fécondité très nette et statistiquement significative (réduite de moitié) chez les cigognes dont les nids étaient les plus exposés (moins de 200 mètres des antennes) par rapport à celles dont les nids étaient situés au-delà de 300 mètres.
Les études épidémiologiques effectuées récemment sur les populations riveraines d’antennes-relais sont évidemment compliquées du fait du peu de recul disponible à l’utilisation du téléphone portable dans le monde et, pour ce qui concerne certaines pathologies (cancer), de leur long temps de latence. Cela n’empêche pas de tenir compte des indications précieuses (et inquiétantes) fournies par certains travaux réalisés notamment en Suède (5) et en Israël (6) mettant en évidence le risque accru de cancer du cerveau chez les utilisateurs de téléphones portables. Certaines enquêtes effectuées à la suite de l’observation d’un agrégat anormal de tumeurs du système nerveux central ou de cancers de l’enfant ont mis en évidence  (notamment à Saint-Cyr-l’Ecole, dans les Yvelines) un nombre de cas nettement supérieur à celui normalement attendu pour une population irradiée dans le champ d’antennes-relais de faible dimension. Conclusion officielle (Institut de veille sanitaire, 2004) : le résultat n’était pas statistiquement significatif. 

Peut-on se permettre d’attendre et de laisser se confirmer des conséquences aussi dramatiques pour la santé? La réponse est non, au nom du principe de précaution.
Que les institutions internationales et nationales en charge de la santé publique se réfugient derrière l’absence de certitude scientifique pour cautionner des normes de protection de la santé grossièrement inadéquates ne fait que confirmer les leçons de l’Histoire : c’est toujours avec beaucoup de retard et sous pression des faits que ces institutions ont reconnu l’importance des risques provoqués par certaines technologies ou certains produits.

paul lannoye

 

(1) Criirem : 11, rue Edith-Piaf, 72000 Le Mans ; contact@criirem.org ; www.criirem.org.
(2) OMS : « Champs électromagnétiques et santé publique – stations de base et technologies sans fil », aide-mémoire n° 304, mai 2006.
(3) International Commission on Non-ionising Radiation Protection.
(4) Dr Gerard Hyland : « The Physiological and Environmental Effects
of Non-Ionising Electromagnetic Radiation», Working document for the STOA Panel (Directorate General for Research), Luxembourg, March 2001 (PE 297.574/Fin. St).

 

    

 

associations

- Association nationale Priartem (Pour un règlement des implantations des antennes-relais), 5, cour de la Ferme-Saint-Lazare, 75010 Paris. Tél. : 01 42 47 81 54 ; fax : 01 42 47 01 65 ; courriel : contact@priartem.com.
- Agir pour l’environnement, 97, rue Pelleport, 75020 Paris.
Tél. : 01 40 31 02 99 ; www.agirpourlenvironnement.org.
- Association Robin des toits, 55, rue Popincourt,
75011 Paris. Tél. : 01 43 55 96 08 ; www.robindestoits.org.
À la demande réitérée de Priartem et d’Agir pour l’environnement, un rapport, réalisé par l’Inspection générale de l’environnement et l’Inspection générale des affaires sociales a été rendu public. Il invalide les conclusions d’un rapport sur les effets sanitaires de la téléphonie mobile élaboré par l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail, en raison de liens avérés entre les experts et l’industrie de la téléphonie

.C. B.

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à savoir

Du bon usage du portable

- À l’achat, regarder le débit d’absorption spécifique (DAS) inscrit sur l’emballage. Il est révélateur de l’effet thermique produit par l’appareil. Plus il est bas, mieux c’est.
- Ne téléphoner que si toutes les barrettes de réception sont affichées. Dans le cas contraire, le téléphone doit émettre davantage.
- Ne pas équiper vos enfants. Outre que leur boîte crânienne, plus petite que celle d’un adulte, reçoit davantage de rayonnements, ils se trouveront exposés pendant plus d’années à un danger potentiel.
- Utiliser un kit oreillettes, c’est bien ; éloigner l’appareil du corps, plus particulièrement des testicules pour les hommes et du ventre pour les femmes, c’est encore mieux.
- Ne pas téléphoner en voiture (perte d’attention), et de façon générale en déplacement (train, métro) car l’appareil doit constamment « chercher » une antenne relais, il augmente alors son émission.
- Le SMS, qui réduit le temps d’émission, est à préférer à la communication téléphonique.

 

 

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