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Que le ministre de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durables soit le numéro 2 du gouvernement – juste derrière le Premier ministre – est un événement. Que ce ministère soit confié à Alain Juppé, ex-Premier ministre, est également un signe fort. Les questions environnementales devraient donc faire l’objet de toutes les attentions du gouvernement. Qu’en sera-t-il en fait ? Tentons d’anticiper ce qui nous attend.
Lors du débat inaugural du dernier Festival Science frontières, qui se tenait à Marseille en février dernier, nous avions découvert l’intérêt de notre nouveau « superministre » (c’est un ministre d’État !) pour l’écologie. Répondant à Nicolas Hulot et Jean-Marie Pelt, il avait fait montre d’un réel esprit d’ouverture. Ce qui ne l’empêche pas de différer bien sûr, sur un certain nombre de sujets, des positions de ses interlocuteurs d’alors. « S’il y a consensus sur l’urgence d’agir, confiait-il à L’Express en mars, et d’agir à tous les niveaux, du local au global, il y a une fracture idéologique sur la croissance. Certains sont partisans de la décroissance ; je pense au contraire que nous avons besoin de produire encore, et d’abord pour améliorer la vie quotidienne des pauvres… Il faut donc imaginer une croissance écologique, avec une décroissance des gaspillages. »
Que recouvre cet ambitieux projet, une « croissance écologique » ? François Fillon, le Premier ministre, s’est dépêché d’en fixer les contours : « Le rôle des ministres, c’est de mettre en œuvre scrupuleusement le projet politique de Nicolas Sarkozy », a-t-il déclaré sur TF1.
Scrupuleusement ? Alors, ce n’est pas très rassurant. Car dans les questions qui nous préoccupent, la culture des OGM en plein champ et la construction du réacteur nucléaire EPR à Flamanville (Cotentin), la position du Président est nette. Pour la première, Nicolas Sarkozy souhaite des discussions avec les scientifiques, les agriculteurs et les industriels, mais sans moratoire préalable (voir notre numéro Spécial élections de février 2007). Donc Monsanto et consorts, avec des agriculteurs complices, pourront répandre leurs Organismes Génétiquement… « Mortifères », sans risque d’être poursuivis… Et ce, alors même que le Pr Gilles-Eric Séralini et son équipe viennent de démontrer la nocivité pour le vivant du Roundup®, l’herbicide associé aux OGM – et amplement utilisé par les jardiniers ! – (lire p. 32).
Quant à la seconde, le décret autorisant la création de l’EPR a été pris une semaine avant la présidentielle. Alain Juppé a récemment déclaré : « Il n’y a pas de solutions (aux problèmes du réchauffement de la planète et de l’énergie, NDLR), sans le nucléaire ». Certes, le premier lundi du nouveau pouvoir – le 21 mai – a été consacré à l’environnement, mais il y a fort à craindre que le pacte de Nicolas Hulot ne se réduise – sur plusieurs points – à une peau de chagrin. Le Président s’est également engagé à « réduire la TVA sur les produits respectueux de l’environnement ». Va-t-on pour autant favoriser le développement de notre agriculture biologique dont la croissance a été volontairement torpillée par les ministères de l’Agriculture successifs ? Quand on sait que les Français importent 70 % de leur consommation de produits biologiques, il serait grand temps, pour l’emploi, pour l’économie, pour l’environnement, pour la santé, de favoriser ce secteur.
Nous en saurons certainement plus sur toutes ces questions après le « Grenelle de l’environnement » qui réunira politiques et associations de défense de l’environnement (espérons toutefois que même celles qui sont opposées au nucléaire y seront conviées, ce qui n’a pas été le cas le 21 mai). Prévu pour l’automne, son objectif sera de négocier sur les mesures concrètes à prendre dans les cinq ans à venir. On aura alors une idée précise de ce qui nous attend en matière d’environnement.
Docteur en pharmacie, Roselyne Bachelot-Narquin hérite du ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports. Associer santé et sport n’est pas une alliance contre nature. Mais ne bottons pas en touche et allons droit au but, les propositions de Nicolas Sarkozy, en matière de santé peuvent inquiéter ! Pour réduire le déficit de l’assurance-maladie, il propose d’augmenter la contribution des patients sur les examens biologiques, les médicaments, les visites médicales et l’hospitalisation. Ces mesures pénaliseraient les plus démunis…
Attendons toutefois d’en savoir plus pour juger. Nous serons vigilants à ce que les intérêts des patients soient respectés. Et nous continuerons à vous donner l’information la plus objective possible sur ce qui, à nos yeux, va dans le bon sens et ce qui, au contraire, en dévie.
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