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« Il reste encore beaucoup à découvrir… »

 

Fondateur de l’association Médecins aux pieds nus(1), le Dr Jean-Pierre Willem considère que les huiles essentielles ont un champ d'activité médicale très étendu.



Alternative Santé : Comment en êtes-vous venu à vous intéresser au pouvoir des huiles essentielles ?

• Dr Jean-Pierre Willem : En 1965, j’étais dans les services de santé au Rwanda. Nous étions confrontés à une infection cutanée, l’ulcère phagédénique, qui ronge littéralement les tissus. Les antibiotiques étant sans effet, j’eus l’idée, comme Jean
Valnet en son temps au Vietnam, de faire appel à des huiles essentielles appliquées diluées dans une huile végétale sur les plaies surinfectées. En quelques semaines, les infections se trouvaient jugulées et les plaies se mettaient
 à cicatriser. Depuis, je n’ai cessé de m’intéresser à l’aromathérapie.

 

A. S. : Les propriétés antibiotiques et antiseptiques des HE sont fréquemment citées, pour quelle raison ?

•  Dr Jean-Pierre Willem : Parce qu’il s’agit de celles qui sont les mieux prouvées par la recherche scientifique moderne. Les Égyptiens y recouraient pour embaumer leurs morts, ils avaient remarqué qu’elles permettaient de stopper l’activité microbienne responsable du pourrissement des corps. La grande majorité des HE ont ce pouvoir antimicrobien, voire antiviral, mais certaines l’ont plus que d’autres. Ce sont celles qui contiennent des phénols (carvacrol, thymol et eugénol), les principales sont le clou de girofle, l’origan d’Espagne, le basilic à thymol, la sarriette des montagnes, le thym à thymol, certains eucalyptus, la cannelle de Ceylan, etc. Mais réduire les vertus des HE à cette seule action ne tient pas compte de la multitude de principes actifs qu’elles recèlent. L’HE de lavande (spica), par exemple, ne compte pas moins de 250 principes actifs, d’où un spectre d’activité très vaste.

 

A. S. : Pourquoi précisez-vous, par exemple, le thym à thymol ?

•   Dr Jean-Pierre Willem : Tous les thyms contiennent du thymol mais en proportion plus ou moins importante. Si nous recherchons une action antibiotique, il faut le plus de thymol possible, donc on choisira une variété qui en est riche. D’où l’importance d’un certain nombre de précisions sur l’HE : son nom de genre (ex. Lavandula), d’espèce (spica), de variété (var. fragrans) quand il y en a, l’organe de la plante qui est distillé (rhizome, fleurs, feuilles…), enfin sa spécificité biochimique (s.b.)(2), qui est fonction du sol, du climat, de l’altitude où la plante pousse. Cette notion est fondamentale, car l’action revendiquée dépend notamment de cette spécificité. Ainsi, l’essence de romarin est réputée pour son action bénéfique sur le foie et la vésicule biliaire, c’est particulièrement vrai pour la spécificité à acétate de bornyle, tandis que celle à camphre est plutôt toxique pour le foie. La confiance que l’on peut accorder aux HE trouvées dans le commerce est fonction de toutes ces précisions.  Quand on sait qu’il existe environ 800 000 espèces végétales, dont 10 % sont odoriférantes, donc susceptibles de produire une huile essentielle, on imagine le champ de possibilités qu’il reste à découvrir.

 

A. S. : Quels sont les grands domaines d’action des HE ?

•  Dr Jean-Pierre Willem : Outre le domaine des infections découlant des propriétés antibactériennes et antivirales des HE déjà signalées, les troubles articulaires inflammatoires font partie des indications. La sphère nerveuse est également concernée, certaines essences sont calmantes et facilitent le sommeil, d’autres ont des vertus antalgiques. Les appareils cardio-circulatoire, respiratoire, digestif, les affections cutanées peuvent également en tirer bénéfice.

 

A. S. : Existe-t-il des précautions d’emploi ?

•  Dr Jean-Pierre Willem : Tout à fait. N’oublions pas qu’il s’agit de produits extrêmement concentrés, à utiliser à raison de quelques gouttes seulement. Par ailleurs certains composés sont toxiques (pour la peau, le foie, les reins ou le système nerveux) ou bien allergisants, on sera donc très vigilant dans l’emploi des HE. Chez les sujets allergiques, un test simple consiste à déposer dans le pli du coude une à deux gouttes de l’HE que l’on désire utiliser et de voir s’il se développe une réaction avant de l’employer à des fins thérapeutiques. Cette toxicité explique pourquoi certaines essences qui contiennent de la thuyone (substance épileptisante à forte dose) : l’absinthe, l’armoise, le cèdre, l’hysope, la sauge officinale, la tanaisie, le thuya, sont interdites à la vente en dehors des pharmacies.



A. S. : Quelle serait votre conclusion ?

•  Dr Jean-Pierre Willem : L’utilisation des HE est finalement une science relativement récente qui offre aussi des possibilités dans les maladies graves. Je pense à une étude entreprise au Burundi sur des enfants sidéens qui répondent bien à un traitement aux HE de laurier noble, niaouli et ravintsara. Je sais que dans la mucoviscidose, nous pouvons obtenir des résultats intéressants avec les  HE mucolytiques comme l’inule, l’hélicryse, le laurier noble. Ces deux exemples montrent bien l’étendue du champ d’activité de l’aromathérapie,
et les espoirs qu’elle  suscite.

Propos recueillis par Cécile Baudet

 

(1) Créée en 1987, l’association humanitaire les Médecins aux pieds nus (MAPN) forme des volontaires qui reçoivent notamment un enseignement en phyto-aromathérapie. En vingt ans, les MAPN ont fait la preuve de l’efficacité des huiles essentielles dans un vaste champ d’action en Afrique, Amérique du Sud, Asie et Amérique centrale.
(2) La spécificité biochimique est également appelée le chémotype (CT).

 



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