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Interview

Pr Henri Pujol

«On oublie que les malades sont au cœur du système de soins»

 

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vivre le cancer
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Le Pr Henri Pujol, président de la Ligue contre le cancer et cancérologue à Montpellier, se félicite du succès rencontré par les États généraux des malades du cancer.

 

 

ALTERNATIVE SANTÉ - L’Impatient : Pr Henri Pujol, que s’est-il passé durant les États généraux des malades du cancer ?

Pr Henri Pujol : Pour la première fois les malades ont pris la parole. Devant des soignants contraints (moralement) d’entendre ce qu’ils avaient à dire. Ce fut très enrichissant pour les uns et les autres. Tout le système médical, et cela est particulièrement vrai en cancérologie, a trop tendance à oublier que les malades sont au cœur du système de soins. C’est ce que ceux-ci ont tenu à rappeler, soulignant qu’ils désiraient être considérés comme des partenaires dans les décisions qui les concernent au premier chef.

Pensez-vous que le corps médical soit prêt à cette évolution ?

Je pense, d’une part, qu’on ne doit pas douter de l’intelligence de ceux qui soignent. D’autre part, une meilleure coopération entre soignants et soignés permettrait de faire progresser la recherche clinique, celle qui est directement issue de l’observation du malade. Enfin, pour bien les connaître, je sais que les soignants ne sont pas offusqués d’entendre les malades prendre la parole. Au contraire, cela réduit un peu la peur que les médecins ont en eux-mêmes face à cette maladie qui résiste encore trop souvent à leur envie de guérir.

Vous insistez beaucoup sur la nécessité de développer le soutien psychologique du malade et de sa famille. Quelle forme ce aide pourrait-elle prendre ?

Il faudrait créer des postes de psycho-oncologues dans toutes les structures de soins. Non pour suppléer à la prise en charge, qui se fait déjà naturellement par les soignants au sein de nombreuses équipes, mais pour l’étoffer, l’aider, la compléter, l’enrichir. Par ailleurs il faut créer, en dehors de l’hôpital, sous la responsabilité de psychologues rompus aux techniques de groupe, des groupes de parole à la fois pour les malades et pour leurs familles (fonctionnant spécifiquement pour les uns ou les autres).

Quelles autres initiatives proposez-vous ?

Je pense qu’il faut être très attentif à la façon dont est faite l’annonce de la maladie, ce moment crucial où la vie bascule. Nous proposons une mesure concrète : l’octroi – et donc la prise en charge par la Sécurité sociale – d’un temps particulier pour que le médecin ait la possibilité d’informer le malade dans de bonnes conditions. Enfin et surtout, la maladie cancéreuse a ceci de particulier qu’elle est souvent longue, sujette à rebondissements. Et il faut permettre une meilleure concertation entre le suivi de ville et les soins hospitaliers. La création de réseaux en cancérologie, tels qu’ils sont prévus par la circulaire du 24 mars 1998, devrait pallier le manque de communication entre le médecin de famille et le cancérologue. De même que cela devrait contribuer à réduire l’inégalité devant les soins que l’on constate aujourd’hui.

La volonté que vous affichez de voir évoluer la cancérologie pour mieux répondre aux attentes des malades n’est-elle pas une utopie ?

Il s’agit d’un engagement de la Ligue contre le cancer pour les malades, avec les malades et les soignants. Pour que les choses bougent, il faut parfois secouer les institutions. Pour l’instant, il s’agit, je pense, d’un changement de mentalité qui précède, comme c’est souvent le cas, un changement de comportement. Et les malades sont là pour nous inciter à la vigilance.

Propos recueillis par Cécile Baudet impatient@medecines-douces.com

Pour plus d’informations :
Le Livre blanc des États généraux des malades du cancer :

Les malades prennent la parole, éd. Ramsay, 95 F.

Le Livret d’information de la personne soignée pour un cancer, rédigé par des soignants et des malades. Gratuit sur simple demande à la Ligue. 1, avenue Stephen-Pichon, 75013 Paris. Tél. : 01 44 06 80 80.

 

 

 
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