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ALTERNATIVE
SANTÉ - LImpatient : Quest-ce qui vous a amené en
tant que médecin à donner autant dimportance à lalimentation
?
Jean Seignalet
: Je me suis guéri dune grave dépression nerveuse en mimposant
un régime alimentaire excluant les céréales et les produits laitiers
et riche en produits crus. Au bout de cinq mois, jai senti
le calme revenir en moi et, quelques semaines plus tard, jai
retrouvé le sommeil et un fonctionnement cérébral normal. Jai
alors pris conscience que, depuis de nombreuses années, je souffrais
parce que je malimentais mal. Lalimentation fait partie
intégrante de la médecine et mérite mieux que le « moins de sel
pour les hypertendus et moins de sucre pour les diabétiques ».
Et, comme je suis dun naturel curieux et que la plupart
des maladies gardent leur origine mystérieuse, jai décidé
dexpérimenter avec mes patients. Jai cherché à comprendre
scientifiquement comment une nourriture inadaptée pouvait entraîner
une pathologie. Et comment mettre en place un régime performant
et praticable par tous pour se soigner. Je nai plus aucun
doute à ce sujet : lalimentation est à la fois préventive
et curative.
Dautres
que vous ont exploré cette voie ?
Depuis les
débuts de lhumanité, ce ne sont pas les régimes alimentaires
qui manquent. Mais, peu dentre eux reposent sur une théorie
scientifique fondée. Parmi tous ces régimes, jai sélectionné
celui de la Dresse Catherine Kousmine, de Guy-Claude Burger et
du Dr Jacques Fradin. Les deux premiers ont établi le lien entre
les modifications alimentaires au cours des siècles et lapparition
de certaines maladies rares autrefois. Et le Dr Jacques Fradin
démontre que, outre les prédispositions génétiques de chacun,
les facteurs environnementaux sont dominants dans 90 % des maladies.
Fort de ces constatations, chacun dentre eux a élaboré son
régime (voir, ALTERNATIVE
SANTÉ - LImpatient n° 257).
Pensez-vous
que lalimentation intervient dans lapparition du cancer
?
Deux cancers
sur trois dépendent de lalimentation. Attention ! je distingue
les cancers héréditaires des cancers acquis. Les premiers sont
liés à des anomalies génétiques, tels certains cancers du sein
ou du côlon. Par contre, les cancers acquis (près de 95 %), même
si lon y trouve des gènes de prédisposition, sont essentiellement
provoqués par certains facteurs environnementaux : lalimentation,
le tabac, lamiante ou les virus dans le cas du cancer du
col de lutérus, par exemple.
Comment
expliquez-vous le rôle de lalimentation dans lapparition
du cancer ?
Lalimentation
moderne agit sur un organe clé, lintestin grêle.
- Elle contient
des molécules que nos enzymes ne peuvent pas dégrader. De grosses
molécules dorigine alimentaires vont donc saccumuler
dans la lumière digestive (à lintérieur de lintestin,
Ndlr) ;
- Elle modifie
la flore bactérienne qui va devenir une flore de putréfaction.
Certaines bactéries, plus ou moins pathogènes, vont être détruites
par les réponses immunitaires locales, libérant de grosses molécules
dorigine bactériennes ;
- Elle agresse
la muqueuse du grêle et peut la rendre trop perméable. Dès lors,
les grosses molécules, alimentaires et bactériennes, traversent
la barrière intestinale et entrent dans le sang. Elles vont se
déposer dans divers tissus et vont encrasser lorganisme.
Cet encrassage empêche les cellules saines et la matrice extracellulaire
dexercer leurs effets régulateurs sur les cellules en cours
de cancérisation. Dautre part, le processus mis en uvre
par lorganisme pour épurer le milieu extracellulaire des
macromolécules qui lencombrent est générateur de radicaux
libres. Lencrassage intracellulaire est, à mon avis, la
raison principale de la cancérisation des cellules. Certaines
macromolécules étrangères vont progressivement gêner, voire bloquer
le fonctionnement de divers rouages et laccumulation des
déchets va rompre certains équilibres physiologiques. Je reste
persuadé que cet empoisonnement prolongé de la cellule finit par
entraîner des altérations de lADN nucléaire et par provoquer
des anomalies génétiques qui conduisent au cancer.
Pourquoi
avez-vous expérimenté avec vos patients le régime
ancestral ?
Jai
réalisé une étude sur 1 000 personnes qui ont suivi ce régime
pendant quatre ans. Elles étaient soit indemnes de cancers ou
de leucémies, soit ayant déjà eu un cancer mais considérées comme
guéries. Jai pris en compte tous les cancers (sauf ceux
de la peau, essentiellement dus au soleil), mais jai gardé
le cancer du poumon à condition que le patient ait cessé de fumer.
Jai vérifié la valeur préventive de lalimentation
en comparant sur cette population le nombre « attendu » et le
nombre « réel » de cancers apparus au cours du régime ancestral.
Le nombre attendu de cancers se situait à 18,42, le nombre réel
a été de 1. Il sagissait, en fait, de la récidive dun
cancer du sein, hormonodépendant pour lequel on avait eu le tort
de ne pas donner de traitement antistrogènes.
Que
peut-on attendre du régime ancestral dans le traitement du cancer?
Le nombre
de dossiers, je tiens à le préciser, est trop faible pour permettre
dévaluer le rôle curatif de ce régime sur le cancer. Ce
dont je suis certain, cest que la diététique va décrasser
les cellules restées saines et leur permettre de jouer leur rôle
protecteur. Mais elle naccomplira pas de miracles dans des
formes évoluées et très étendues. De plus, ces patients ont pour
la plupart continué leurs traitements classiques. Jai observé
de bons résultats sur un homme atteint dun cancer de la
prostate qui a, avec le régime ancestral, vu son taux de PSA (antigène
prostatique spécifique) passer de 15 à 5 et se maintenir à ce
niveau depuis trois ans. Et sur une femme atteinte dun cancer
du côlon avec métastase hépatique. Après un an de diététique,
la métastase nayant pas augmenté mais plutôt diminué a été
enlevée chirurgicalement. Depuis trois ans, cette personne est
en rémission complète. Mais, il faudrait beaucoup plus de dossiers
pour apprécier réellement la valeur curative du changement dalimentation.
Ce régime permet en tout cas de mieux supporter la chimiothérapie.
En lessayant, les personnes ne courent aucun risque : il
est parfaitement équilibré et nentraîne aucune carence.
Si la diététique nest pas toujours efficace, elle apparaît
bel et bien comme un outil très intéressant à utiliser.
Vous
obtenez des résultats intéressants et pourtant vos collègues médecins
ne croient toujours pas aux bienfaits de lalimentation ?
Quils
ne croient pas à cette théorie ou même y soient indifférents,
je peux le comprendre. Ce qui me surprend davantage, cest
quils ne veuillent pas lexpérimenter. Je fais mon
devoir en exposant ma théorie et je ne cherche pas de reconnaissance
particulière. Je soigne gratuitement les personnes, je fais une
douzaine de conférences par an pour transmettre mes idées aux
médecins et au grand public.
Propos
recueillis par Martine Laganier impatient@medecines-douces.com
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