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Avec
15 000 nouveaux cas par an en France, le cancer de la
prostate est la deuxième cause de mortalité par cancer chez lhomme.
À limage des frottis pour les femmes, le toucher rectal,
peu pratiqué, savère pourtant un indispensable moyen de
prévention.
Bien
quil ait eu son heure médiatique quand on a su que le président
François Mitterrand en était atteint, le cancer de la prostate
reste mal connu. Il est la deuxième cause de mortalité par cancer
chez lhomme.
La prostate
est une glande située à la base de la vessie, entourant complètement
le canal évacuateur, lurètre, qui la traverse. Sa fonction
essentielle est la sécrétion de la majeure partie du liquide spermatique.
« La prostate, comme tout autre organe, peut être le siège dun
développement tumoral, explique le Dr Georges Mathieu, de lInstitut
Curie. Après 50 ans, près de la moitié des hommes en sont atteints.
Mais ces tumeurs ne sont pas forcément malignes, la plupart sont
dailleurs bénignes : ce sont les adénomes qui nont
aucun rapport avec le cancer. Cependant, elles se traduisent toutes
par des envies de miction fréquentes. »
À partir de
50 ans, de même que lon pratique des frottis réguliers chez
la femme, le toucher rectal devrait être réalisé régulièrement
chez lhomme. Il permettrait de déceler des tumeurs bénignes
ou malignes, à des stades suffisamment précoces pour être traités
à temps. « Même si la prévention saméliore, analyse le Pr
Pierre Dufour, chef du service durologie de lhôpital
Necker, à Paris, les cancers de la prostate sont encore diagnostiqués
trop tard, ils ont déjà donné des métastases à distance. »
En France,
tous les ans, 15 000 nouveaux cas de cancers sont découverts et
9 000 décès sont attendus. Si lâge moyen de cette découverte
se situe autour de 70 ans, certains hommes sont atteints à un
âge plus précoce. Cela peut sexpliquer par une prédisposition
génétique. Il existe des familles qui présentent une incidence
du cancer de la prostate particulièrement élevée. Prédisposition
qui se retrouve dans 20 % des cas. « Le risque est multiplié par
deux si un père, un oncle ou un frère est atteint, souligne le
Pr Marc Zerbib, chirurgien et urologue à la clinique urologique
de lhôpital Cochin (La Prostate : tout ce quil faut
savoir, Pr Marc Zerbib, Dr Martine Perez, éd. Solar). Il est multiplié
par onze si trois parents proches sont concernés. Ces formes familiales
se manifestent souvent chez des hommes jeunes, parfois dès la
quarantaine, ce qui justifie un dépistage précoce pour tous les
hommes à risque. »
Cancer dune
glande, cest un adénocarcinome (de aden en grec qui signifie
glande), il naît dans la prostate, parfois en plusieurs points,
puis gagne lensemble de la glande et sétend dans la
graisse autour. Il envahit ensuite les organes voisins : la vessie
et les vésicules séminales. Les métastases, quand il y en a, sont
à 90 % osseuses.
Les
symptômes
Les symptômes
qui doivent amener à consulter sont : des envies duriner
trop fréquentes obligeant à se lever la nuit et une difficulté,
voire un véritable blocage des urines, et des douleurs osseuses.
Dans le cas dun cancer, ces symptômes sinstallent
assez rapidement, deviennent permanents et saggravent en
quelques mois. « De tels troubles ne signifient pas obligatoirement
un cancer, souligne Pierre Dufour. Ils peuvent simplement traduire
une augmentation de volume de la glande prostatique. »Un examen
urologique est nécessaire. Une prise de sang permettra de mesurer
les taux de PSA (antigène prostatique spécifique), révélateur
des maladies prostatiques, dont le cancer. Ce taux doit normalement
être inférieur à 4ng/ml (nanogramme par millilitre). « Cest
surtout la confrontation de deux dosages à quelques mois dintervalle
qui apporte des renseignements précis, souligne le Pr Dufour.
Une augmentation significative du taux (de 4 à 7 ng/ml, par exemple)
doit imposer des examens complémentaires. » Dans ce cas, une sonde
échographique introduite dans le rectum permet de visualiser la
structure de la prostate. Si lon découvre des anomalies,
une biopsie sera effectuée à laide dune aiguille (prélèvement
dun petit fragment de prostate) ; le prélèvement sera envoyé
au laboratoire pour être analysé. Si les résultats confirment
le cancer, il reste à déterminer létendue du mal : sil
est localisé au niveau de la prostate ou sil a déjà donné
des métastases dans les ganglions voisins ou au niveau des os.
La scintigraphie fournit ces renseignements. Pour le Pr Dufour
: « Lorsque le cancer paraît localisé à la prostate, lablation
donne les meilleurs résultats. Cette solution est généralement
proposée aux hommes jeunes, mais également aux seniors qui ont
par ailleurs un bon état de santé général. » Reste quelle
nest pas sans conséquences dautant plus dommageables
que la personne opérée est jeune. Ces complications sont lincontinence
urinaire (10 % des cas) et limpuissance (50 % des cas) si
les nerfs de lérection ont été touchés.
La
radiothérapie
La radiothérapie
prend de plus en plus de place dans les traitements : 25 000 personnes
ont déjà été traitées ainsi, il apparaît que ce cancer serait
très radiosensible. « De façon schématique, on distingue deux
types de radiothérapies, explique le Dr Pierre Wibault, radiothérapeute
à linstitut Gustave-Roussy de Villejuif (94), la classique,
qui reste la plus utilisée, et la nouvelle, dite conformationnelle,
qui utilise conjointement le scanner et la résonance magnétique
nucléaire (RMN) pour mieux cibler la tumeur. »Il faut compter
en moyenne de 30 à 40 séances de rayons à raison de 5 par semaine
pendant environ 5 minutes. La radiothérapie interstitielle, ou
curiethérapie, consiste à implanter de petits émetteurs radioactifs
(iridium 192, iode 125 ou palladium 103) au sein de la tumeur.
Par irradiation locale, les éléments radioactifs sattaquent
aux cellules cancéreuses. « Les inconvénients sont ceux de toute
radiothérapie, souligne le Dr Jean Belaïsch, cest-à-dire
lirradiation des tissus voisins, en loccurrence du
tube digestif. Elle peut ainsi provoquer une irritation de la
vessie ou des diarrhées et entraîner une impuissance. »Enfin,
le cancer de la prostate appartenant au groupe des tumeurs hormonodépendantes,
lhormonothérapie est efficace. Cependant, elle entraîne
une impuissance totale et irréversible et occasionne divers troubles
semblables à ceux de la ménopause chez la femme (bouffées de chaleur ).«
On sait depuis longtemps que la prostate est sous linfluence
en particulier de lhormone testostérone, souligne le Pr
Pierre Dufour. Ainsi, un traitement anti-androgène, voire la castration
totale ou partielle des testicules, stoppe ou freine lévolution
du cancer. Ces traitements sont très utilisés dans les formes
évoluées de la maladie. Ils sont aussi prescrits en cas de récidive.
» Dautres pistes sont à létude. Si la thérapie génique
reste pour linstant au stade expérimental sur les souris,
le traitement par ultrasons semble avoir plus davenir. Cinq
appareils existent en Europe, dont un à Lyon et un à Paris. Ils
permettent, par des tirs courts, dapporter au sein de la
tumeur des températures de plus de 100° C. « Ce traitement est
encore expérimental, remarque le Dr Georges Mathieu, mais il offre
déjà des résultats encourageants. »Du côté des médecines alternatives,
on pourra faire appel au Pao pereira, aux physiatrons de Solomidès
ou encore au DPG ou à la Selongenine. « Rappelons-nous que, traité
en temps voulu, le cancer de la prostate guérit dans la très grande
majorité des cas », conclut le Dr Georges Mathieu.