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Pasteur

 

 

 

Pasteur

 

Légende et vérité

L’héritage de Pasteur est considérable sur le plan scientifique. Mais sur le plan médical, avec les vaccinations, il reste à réévaluer.

Le 8 juillet 1885, en vaccinant contre la rage un jeune Alsacien, Joseph Meister, Pasteur, savant déjà célèbre, accède au rang de bienfaiteur de l’humanité. Une souscription internationale permet la construction de l’Institut Pasteur à Paris, où le savant travaille jusqu’à sa mort le 29 septembre 1895. Il y est enterré dans un mausolée.Pasteur apparaît comme le prototype du savant moderne, mais aussi un martyr victime des persécutions incessantes de ses détracteurs, dont il triomphera de justesse avec le vaccin contre la rage et la création de l’Institut.

Des microbes partout

Sa grande renommée eut d’abord pour origine ses travaux sur la cristallographie, puis sur la maladie des vers à soie et sur les fermentations : la pasteurisation reste aujourd’hui l’un des procédés de conservation des aliments et des boissons. Après 1870, il oriente ses recherches vers les maladies, l’époque est confrontée au développement de la notion d’insalubrité, jusque-là peu prise en considération, et voit avec effroi les microbes pulluler partout.Le centenaire de la mort de Pasteur a renouvelé la légende. Mais il a aussi permis de placer celle-ci sous les feux de l’analyse historique et sociologique.Si Pasteur était un grand savant, c’était aussi un arriviste qui construisit sa carrière en se créant un réseau d’influences, notamment auprès de Napoléon III. Bonapartiste convaincu, il se met pourtant au service de la République après la guerre de 1870. Son expérience de vaccination contre la rage, une maladie rare, n’a rencontré autant d’écho que parce qu’elle concernait un jeune Alsacien, originaire d’un département occupé par l’Allemagne. Pasteur allait souvent trop vite dans ses expériences. Très dogmatique, il n’admettait pas la remise en question. Il s’est attribué la paternité de travaux réalisés par ses proches collaborateurs ou même d’autres chercheurs. Pire, il n’a pas hésité à falsifier certains des résultats. Les opposants le disaient déjà, mais cela a contribué à les discréditer.

Les historiens et Pasteur

Aujourd’hui, les historiens ont accès aux archives personnelles de Pasteur, et il n’est plus possible de nier les faits, d’ailleurs reconnus dans deux livres récents : La Vérité médicale, de Louise Lambrichs (éd. Livre de poche) et L’Aventure de la vaccination, Anne-Marie Moulin (éd. Fayard) (Lire aussi Pour en finir avec Pasteur, Dr Eric Ancelet, éd. Marco Pietteur.). Lors de la fameuse vaccination contre la rage du petit Joseph Meister, Pasteur n’a pas dit la vérité. Pas plus que pour la vaccination, la même année, de Jupille, un berger. On sait aujourd’hui avec certitude que le chien qui avait mordu Jupille n’était pas enragé, et il n’est pas prouvé que celui qui mordit Meister l’ait été. Pasteur a présenté son procédé vaccinal contre la rage à l’Académie des Sciences en s’appuyant sur des statistiques tronquées, donnant pour des résultats acquis des cas encore en traitement.

Il a omis de parler de ses échecs, notamment avec un groupe d’une vingtaine de paysans russes venus à Paris et dont plusieurs moururent. Il a aussi été poursuivi en justice pour un cas de transmission de la rage à une jeune enfant, mais l’affaire a été étouffée. De plus, il s’est attribué la découverte du vaccin contre la rage, alors que le procédé avait déjà fait l’objet d’une communication à l’Académie des Sciences six ans plus tôt. C’est le Dr Roux, son assistant, qui a perfectionné le procédé. Ce dernier avait déjà joué un rôle déterminant dans la mise au point des vaccins qui devaient rendre Pasteur célèbre : celui du choléra des poules et celui du charbon des moutons. Pasteur n’avoua jamais que, sur les instances de Roux, il avait changé son procédé de fabrication du vaccin contre le charbon, en reprenant la formule d’un vétérinaire toulousain. Il s’est aussi attribué la découverte du traitement de la maladie du ver à soie mis au point par un autre biologiste, Antoine Béchamp. On sait aujourd’hui que les chercheurs qui s’attribuent les travaux des autres, en recourant au besoin à des falsifications, sont plus nombreux qu’on ne l’imagine. C’est ainsi que le Pr Gallo s’est attribué la découverte du virus du sida, au détriment du Pr Montagnier.

Les faiblesses de Pasteur doivent aussi être resituées dans le contexte historique du XIXe. Celui du patriotisme exacerbé après la guerre de 1870. Comme le souligne Louise Lambrichs, Pasteur a su incarner « la vérité désirée d’une époque. » Mais l’Académie des Sciences, remarque-t-elle, a agi avec beaucoup de légèreté en accueillant sans sourciller ses communications sur le vaccin contre la rage. Son vaccin a été responsable de graves accidents neurologiques et il a fallu plusieurs décennies pour en améliorer le procédé de fabrication.L’héritage de Pasteur est considérable sur le plan scientifique, avec le rayonnement de l’Institut qui porte son nom et où travaillent plus de trois mille personnes. Un réseau d’une vingtaine d’instituts y est rattaché dans le monde. Mais son héritage sur le plan médical reste à réévaluer. Contrairement à ce qu’écrivent Louise Lambrichs et Anne-Marie Moulin, les falsifications de Pasteur ne sont pas sans conséquences : partie sur des prémisses fragiles, développée sur des bases contestables, la vaccinologie pourrait être aujourd’hui remise en cause dans ses fondements par la science qui en est issue : l’immunologie.

 

 

 

 

 

 

 

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