Le
mot yoga apparaît dans les documents littéraires
les plus anciens que nous possédons sur la culture
indienne : les hymnes védique
s
(début du IIe millénaire av. lère chrétienne).
Il exprime, toujours en contexte guerrier, laction
datteler des chevaux fougueux au char
de bataille dun prince ou dun dieu
avec toute une série dimplications :
difficulté de lentreprise (à une époque
où le collier dépaule nexistait
pas), admiration suscitée par le résultat lorsque
les coursiers " bien attelés "
(su-yukta ) sont au meilleur de leur efficacité,
etc. Technique aristocratique, donc savante
et prestigieuse, le yoga sera toujours tenu
pour tel en Inde et, de ce fait, réservé à une
élite dinitiés : " La vérité
du yoga est secrète, on ne doit pas la divulguer ;
Siva la réserve à ladepte parfait que
le yoga transforme en un écrin digne des joyaux
les plus beaux " (Hamsa Upanisad ,
I.3).
Dans
les textes en prose du Veda, le sens du terme
sélargit : un yoga devient
une méthode, une recette, quel que soit le champ
de son application. Telle est la signification
que le mot conservera en sanskrit classique,
où il peut désigner nimporte quelle discipline.
Néanmoins, ce sont surtout les conduites psychologiques,
morales, spirituelles, religieuses qui, de préférence,
se voient qualifiées de yoga et,
bien entendu, en tout premier lieu, un ensemble
dexercices psychiques et corporels orientés
vers lobtention dun bien spirituel
et qui constituent le yoga par excellence ou,
comme on dit souvent, le raja-yoga, équivalent
indien de lart royal (rajan veut
dire " roi ") des alchimistes
occidentaux. La comparaison est dautant
plus valable que le yoga est aussi une alchimie,
puisquil se propose de transmuer lindividu
afin de lui permettre de sortir du monde phénoménal,
de quitter la multiplicité existentielle pour
atteindre lUnité essentielle et se fondre
en elle.
Avec
cette signification spécifique, le mot yoga
apparaît pour la première fois dans les Upanisad
et dans la Bhagavad Gita , textes qui datent
de la seconde moitié du Ier millénaire avant
lère chrétienne. Mais il va sans dire
que la chose était certainement plus ancienne,
au témoignage des documents eux-mêmes. De plus,
ce que nous savons de la voie suivie par le
Mahavira (fondateur du jaïnisme, VIIIe s.
av. J.-C.) et par le Buddha (fondateur du bouddhisme,
VIIe s. av. J.-C.) montre que ces personnages,
pareils à coup sûr à tant dautres dont
les noms ne nous sont pas parvenus, pratiquaient
un yoga très semblable à celui de la tradition
classique.