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Diverses
tentatives ont été faites pour préciser ce qua
pu être lhistoire du yoga. Ainsi, ayant
découvert à Mohenjo-Daro des sceaux de terre
cuite qui portent figuration dun personnage
assis " en tailleur " et
semblant méditer, on a conclu, un peu vite peut-être,
que la civilisation de lIndus (IVe et
IIIe mill. av. J.-C.) était le berceau du yoga.
De plus, sil était prouvé que ledit personnage
était, en fait, un " proto-Siva ",
on aurait un témoignage archaïque de la solidarité,
avérée à date moderne, entre le shivaïsme et
le yoga. Malheureusement, rien nest sûr
dans ce domaine, car lécriture des sceaux
de lIndus na pu encore être déchiffrée.
Dautre part, il ne semble pas que les
peuples indo-européens les plus anciens aient
ignoré des pratiques analogues ; et le
Veda, composé par les Aryens qui entrèrent en
Inde au début du IIe millénaire, comporte dans
ses parties les plus anciennes des allusions
à des " ascètes chevelus "
pratiquant des austérités spectaculaires (isolement,
jeûne, macérations) destinées à parvenir à un
certain type de connaissance intérieure inaccessible
au commun des mortels. Les visions des rsi (" prophètes ")
sont obtenues par des moyens qui ressemblent
fort, autant quon peut sen rendre
compte, aux " pouvoirs merveilleux "
(siddhi ) développés par la pratique du
yoga. Enfin, des recherches ont été faites pour
comparer le yoga au chamanisme des sorciers
sibériens, mais il semble bien que linfluence
a joué dans lautre sens, le bouddhisme
sétant chargé de diffuser certains aspects
de lindianité vers le nord de lAsie.
On
préfère aujourdhui admettre que le yoga
hindou nest quun aspect particulier
de tout un ensemble de pratiques et de doctrines
diffusées dans le monde au début de lâge
des métaux ; visant au salut individuel
(et non plus collectif) par lapprentissage
dune vérité intime (et non plus extérieure)
acquise grâce à des prouesses corporelles et
mentales, elles ont en commun la mise en avant
de la volonté comme facteur essentiel (mais
non pas unique) de progrès spirituel. On comprend,
dès lors, pourquoi cette science devait rester
secrète et réservée à des initiés triés sur
le volet : cest quelle implique
pour ladepte le rejet des rites or dinaires
et des croyances ancestrales. Les textes indiens
sont nombreux où lon voit les dieux sinquiéter
de la puissance quaccumule tel yogin
(ou yogi , " adepte du yoga ") ;
à la limite, lorsquil est parvenu au but
suprême, ladepte transcende absolument
tous les plans dexistence, y compris celui
où vivent les dieux. Comme le dit la Yogatattva
Upanisad (I.6), " certains cherchent
leur voie dans la pratique des rites tels que
lenseigne le Veda ; ils tombent,
par ignorance, dans les pièges du ritualisme.
Ni les liturgistes ni les dieux mêmes ne peuvent
rendre compte de la Réalité indicible ;
car comment cette forme suprême que seule lâme
peut voir serait-elle connue des Écritures sacrées ? "
À
une date plus récente, lévolution se marque
mieux. Grâce à des témoignages extérieurs à
la tradition hindoue (récits de voyageurs grecs,
chinois, puis européens ; textes bouddhiques),
nous savons ce quétait le yoga au moment
où les traités qui en fondent la tradition classique
ont été composés (du IVe s. av. J.-C. au
XIe s. apr.). Y sont décrites des pratiques
héroïques ou spectaculaires (postures acrobatiques,
manifestation de pouvoirs surnaturels, pénitences
extraordinaires, suicides publics) ordonnées
cependant à la poursuite dun but spirituel
qui seul les distingue des tours accomplis par
les magiciens de foire.
Plus
tard encore, lorsque lislam et le christianisme
simplantent en Inde, le yoga, tout en
gardant sa spécificité (et notamment son caractère
spectaculaire), tend à se spiritualiser :
la recherche des pouvoirs magiques, pourtant
cautionnée par Patañjali (le chapitre III
des Yoga Sutra leur est consacré), passe
au second plan ; certains vont même jusquà
dire que ces pouvoirs sont pernicieux, car le
yogin risque de se complaire à les exercer et
doublier ainsi quils ne sont quune
étape vers la délivrance. Laccent est
mis alors sur lenseignement métaphysique
(ou religieux, selon les écoles), comme on le
voit par exemple dans luvre de maîtres
tels que Vivékânanda ou Aurobindo. On prendra
garde cependant que, même chez ces derniers,
le yoga reste profondément original, notamment
par la conception quil a de la nature
du " composé humain " et
de la méthode à suivre pour en opérer une mutation
radicale, supposée possible et souhaitable (parce
que salutaire).
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