La réflexologie, une pratique complémentaire pour gérer le stress des patients atteints de cancer.



Elisabeth Breton, Joakim Valero  


Résumé L’accompagnement des personnes atteintes d’un cancer est devenu depuis une vingtaine d’années, un enjeu de santé publique. En attestent les différents plans cancer (2003‑2007 ; 2009‑2013 ; 2014‑2019 ; 2021‑2030) qui ont permis d’initier un changement de paradigme de l’accompagnement à travers l’instauration des soins de support. La stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021‑2030 marque une volonté forte et partagée d’améliorer l’offre de santé, sur le champ de la prévention, dans le parcours de soins et parcours de vie des personnes touchées par la maladie (Institut National du cancer, 2021). Cette approche plus globale visant à accompagner les besoins pluriels (physiques, psychiques, sociaux, relationnels etc.) des personnes a permis l’émergence de nouvelles pratiques communément dénommées « médecines complémentaires », un ensemble de pratiques hétérogènes (psychocorporelles, manuelles, à base de substances etc.) déployées pour le bien-être des personnes. C’est dans ce contexte que la réflexologie s’est intégrée aux soins de support comme pratique manuelle notamment déployée pour une meilleure gestion du stress. Cependant, comme la plupart des pratiques complémentaires, la réflexologie s’intègre principalement de façon informelle, avec peu de remontée de ses usages et de ses effets. Par ailleurs, sur le terrain, la réflexologie est souvent confondue par les professionnels de santé avec les pratiques de massages, également déployées dans les services d’oncologie. Enfin, si la réflexologie bénéficie de nombreuses études à l’international, la littérature nationale est beaucoup plus rare. Dans ce contexte, il apparaît utile d’apporter un éclairage sur la place de la réflexologie en oncologie en considérant ses dimensions conceptuelles, ses applications de terrain et sa visée spécifique pour contribuer à la réduction du stress des patients.

Contexte : les soins de support, un levier pour l’humanisation des soins Depuis les premiers États généraux du cancer lancés par la Ligue contre le cancer en 1998, beaucoup de changements sont survenus dans la prise en charge des cancers en France. Les trois premiers plans cancer successifs ont structuré ces attentes de changement portés par les soignants, les politiques, les malades et leurs proches. Le troisième plan cancer, a permis de mettre en place les conditions pour passer d’un « parcours de soins » centré sur la prise en charge  médicale du cancer, à un « parcours de santé » prenant en compte l’ensemble des besoins de la personne malade et de ses proches (Ministère de l’Éducation Nationale de la Jeunesse, 2020). Du « dispositif d’annonce » au « programme personnalisé », à l’accompagnement de « l’après-cancer », c’est un véritable changement de paradigme qui s’opère pour améliorer le parcours, les soins, et leur accessibilité auprès des patients (Serin, 2019).

Traduit de l’anglais « supportive care » , le terme « soins de support » désigne « l’ensemble des soins et soutiens nécessaires aux personnes malades, parallèlement aux traitements spécifiques, lorsqu’il y en a, tout au long des maladies graves » (Krakowski et al ., 2004). Ils concrétisent une approche globale de la personne malade.  Les soins de support ont fondamentalement modifié le paysage de l’oncologie en proposant d’autres process  de fonctionnement au sein des organisations de soin pour le bien-être, l’autonomie et la qualité de vie des patients (AFSOS, 2021). Aussi, la mise en place des soins de support dès 2005, au sein d’une centaine de Comités départementaux, renforce cette dynamique d’humanisation : dans la plupart de ces comités, les personnes malades et leurs proches peuvent bénéficier de soins dits « de supports » et y prendre part activement. Vingt ans après les États généraux, la Ligue a initié en 2018 un débat citoyen pour construire la politique de prévention des cancers, et rédiger un livre blanc dans lequel elle développe une quarantaine de propositions pour améliorer, promouvoir et accompagner la prévention des cancers (Ligue Contre le Cancer, 2018). Aujourd’hui, le patient est devenu acteur, collabore avec le médecin, pour une meilleure prise en compte de ses besoins individuels. Il est plus écouté et a une place plus centrale dans le parcours de santé (ex. émergence des patients experts ou partenaires), notamment dans le processus décisionnel de soin1 . C’est dans ce contexte qu’émergent les pratiques complémentaires et notamment la réflexologie. À ce stade, il ne s’agit plus exclusivement de guérir de la maladie mais aussi de proposer des soins non médicaux  dans le cadre d’une approche plus globale de la personne.

L’intégration de la réflexologie dans le cadre des soins de support Au-delà du nouveau modèle d’organisation, les soins de support ont contribué à l’essor des approches non médicamenteuses se traduisant notamment par le déploiement de l’activité physique adaptée, de la socio-esthétique, des ateliers divers (corporels, nutritionnels, groupes de parole, etc.), mais également par la diversification des méthodes déployées par les (psycho)thérapeutes telles que la relaxation, l’artthérapie, la sophrologie, l’hypnose (AFSOS, 2016). Au fil des années, les soins de support ont ainsi élargi le spectre des soins proposés aux patients. C’est dans ce contexte que les pratiques complémentaires, parmi lesquelles la réflexologie, se sont peu à peu intégrées aux soins de support.

En effet, on ne peut ignorer aujourd’hui toutes les pratiques auxquelles les patients recourent et qui prennent de plus en plus de place dans l’offre de soins de support. Ce constat est également soulevé par la littérature scientifique nationale qui révèle un usage important à ces pratiques, notamment en oncologie, de 40 à 50 % en fonction des études (Morandini, 2010 ; Suissa, 2017). Aussi, et depuis le début des années 2000, il existe dans la communauté scientifique un intérêt grandissant pour l’étude des pratiques complémentaires et en particulier en oncologie (Dilhuydy, 2003 ; Dilhuydy, 2004 ; Suissa, 2017). Si le Conseil de l’Ordre des Médecins (CNOM) rappelle que les médecines  complémentaires sont des pratiques non éprouvées , sur le terrain, et en particulier en oncologie, nombreuses d’entre elles font l’objet d’une acceptation grandissante de la part de la médecine contribuant à leur intégration ainsi qu’à leur évaluation en milieu de soin (Morandini, 2010 ; Bontoux et al.,  2013).

Cependant, hormis certaines pratiques telles que l’hypnose, l’acupuncture et la méditation de pleine conscience, la littérature scientifique est actuellement insuffisante dans le domaine ne permettant pas d’identifier leur efficacité et de les évaluer selon les critères scientifiques exigés pour tout traitement. Pour autant, on assiste à l’émergence d’études issues des sciences médicales, humaines et sociales qui permettent d’apporter un socle préliminaire de connaissances sur les bienfaits perçus par les patients (Suissa, 2017). C’est notamment le cas en réflexologie (Pradal-Prat, 2009 ; Bossy, 1978). En outre, ces techniques sont multiples (concepts, théories, techniques etc.) et reflètent différentes réalités et approches (manuelles, psychocorporelles, psychologiques, énergétiques etc.) plus ou moins éloignées de la médecine officielle mais de plus en plus acceptée par celle-ci. Si, elles ne sont pas spécifiques au cancer, les approches dites manuelles telles que la réflexologie, ont vocation à aider les patients en diminuant le stress, en régulant les émotions, en permettant de réinvestir le corps malade. L’objectif aussi est de les aider à mieux vivre avec  la maladie. C’est aussi parce que l’humanisation des soins est au coeur de la démarche des soins de support que de plus en plus de structures sanitaires et médico-sociales ou encore des associations de patients, proposent des séances de réflexologie. Plus largement, le déploiement des pratiques complémentaires en oncologie montre un changement de modèle et de vision du soin : « S’il est vrai que perdure, dans notre pays, une opposition culturelle entre une « médecine de faits » et une « médecine de valeurs », l’intégration de ces pratiques en centres de soins traduit une tentative d’unicité et une démarche plus globale de l’accompagnement des malades »  (Véronique Suissa, 2017).

En outre, les progrès dans la prise en charge des patients atteints de cancer ont fait émerger ces dernières années, de nouveaux besoins dépassant le cadre de la médecine conventionnelle. Pour autant, et en particulier en cancérologie, ces pratiques ne peuvent se concevoir qu’en complément du traitement médical (chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie, etc.) (AFSOS, 2021). En effet, les pratiques complémentaires ont vocation à apporter un bien-être global (physique, psychique, social) mais ne remplacent pas les traitements et ne doivent pas être en contre-indication avec eux. Dans le cas de la réflexologie, certaines contre-indications sont notamment à prendre en compte comme par exemple la phlébite, la thrombose, le pied diabétique. En ce sens, la coordination des approches est essentielle pour articuler « médecine » et  « médecines complémentaires » en oncologie. Et ce d’autant que le secteur manque de cadre réglementaire. Il implique parfois des praticiens insuffisamment qualifiés et nécessite donc de porter une attention particulière en matière de risques et de dérives : incompétence, exploitation financière, manipulation psychologique ou dérive sectaire (Suissa et Guérin, 2020).

La réflexologie : un outil pour la gestion du stress et le mieux-être des patients atteints de cancer ?  


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4 numéros par an, cette publication des Editions DUNOD, rend compte des tendances émergentes dans le domaine des pratiques complémentaires en santé. Elle favorise la diffusion des connaissances dans le domaine de la santé intégrative.
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Rédigé le 14/07/2026 à 20:12 modifié le 14/07/2026

Vice-Président de France EMDR-IMO ®, Hypnothérapeute à Paris, Chargé d'Enseignement en Hypnose… En savoir plus sur cet auteur

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